Concorde de Wittenberg, 490 ans [2/2]

 



  Nous avons toujours souligné l'importance de la Concorde de Wittenberg, de mai 1536, au moyen de laquelle la Confession d'Augsbourg fut reçut par l'ensemble du protestantisme (*). L'ingratitude des hommes ayant étouffé cet héritage, d'autres recours furent tentés pour rétablir la communion des évangéliques. Ainsi, en 1570, les Églises protestantes de la République des Deux-Nations signèrent un Consensus à Sandomir. 
En France, le synode national de Charenton de 1631 décréta l’hospitalité eucharistique des Églises Réformées envers les Luthériens

  La Concorde de 1536 avait une structure confessionnelle "fédérale" - toute les Églises partageaient la même Confession (d'Augsbourg). Le Consensus avait un modèle plutôt "confédéral" - chaque Église signataire conservant sa propre confession: celle d'Augsbourg pour la partie Luthérienne, Helvétique Postérieure pour la partie Réformée, et la Confession des frères de 1535 pour la partie Hussite. Bien sûr, un socle commun aux trois confessions rendait possible la cohabitation des trois dénominations, à savoir les articles principaux tels que la Trinité, l'Incarnation et la Justification par la foi.
Quant au synode de Charenton, dont le décret mérite d’être rapporté ici, il disposait que :

  « La Province de Bourgogne ayant demandé s’il pourroit être permis aux Fidèles de la Confession d’Augsbourg de contracter leurs Mariages dans nos Eglises, & d’y présenter leurs Enfants au Baptême, sans avoir fait Abjuration auparavant des Opinions qu’ils tiennent, lesquelles font contraires à la Créance de nos Eglises? Ce Synode déclara, que parce que les Eglises de la Confession d’Augsbourg convenaient avec les autres Eglises Réformées, dans les Points Fondamentaux de la Véritable Religion, & qu’il n’y avoit ni Superstition, ni Idolâtrie dans leur Culte; les Fidèles de ladite Confession, qui par un Esprit d’Amitié & de Paix se joindraient à la Communion de nos Eglises dans ce Royaume, pourroient sans faire aucune Abjuration, être reçus avec nous à la Table du Seigneur; & qu’en qualité de Parains, ils pourroient présenter les Enfants au Baptême, pourvu qu’ils promettent au Consistoire de ne les solliciter jamais, ni directement, ni indirectement, de transgresser la Doctrine reçue & professée dans nos Eglises; mais qu’ils les instruiraient & élèveraient dans les Points & Articles qui leur sont Communs avec nous & touchant lesquels les Lutheriens & nous sommes d’accord. » (Synode de Charenton, XXII, 1).

  Sans prétendre organiser un espace commun aux Églises, le synode fondait donc son accueil eucharistique sur la communauté de foi dans les articles fondamentaux et l'absence de superstitions criantes dans le culte. Il est important de le noter car, contrairement à celui de Sandormir, le synode de Charenton se tint après l'adoption, par les Luthériens, du Livre de Concorde. Cela nous conforte bien sûr dans l'idée que rien, depuis 1536, n'est de nature à rendre impossible le partage de la Communion.

  Mais quels peuvent être ces "articles fondamentaux" dont parlent aussi bien le Consensus de 1570 que le synode de 1631 ? De toute évidence, il s'agit de la foi du Symbole de Nicée, dont l'assemblée polonaise n'a malheureusement pas formellement réaffirmé la place centrale. Mais, même si elle l'avait fait, cela n'aurait pas empêché l'utilité d'une précision tout aussi commune de ce Symbole, donc d'un usage commun de la Confession d'Augsbourg.
A ce titre, la Concorde de 1536 reste à tous égards le seul lieu de l'unité à laquelle chacun est tenu.

Bucerian 

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(*) Longtemps réfractaire, l'Église de Zurich elle-même approuva finalement la Confession d'Augsbourg inaltérée. Car l'antistès Rudoplh Gwalter cautionna l'inclusion de ladite Confession dans la compilation des confessions de foi orthodoxes que fit François Salnard, en 1581.

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