jeudi 14 février 2019

Annotations Credo # 38


Nous confessons


L'histoire est ainsi faite que, depuis le XVIe siècle, les fidèles évangéliques sont communément appelés " protestants ". Ce mot, (du latin pro/testari : témoigner pour) vient de ce que nos pères ont protesté leur foi et leur intention d'y persévérer, spécialement au sujet de cet article que nous confessons dans le Symbole, à savoir : l'article de la rémission des péchés, ou de la justification.
Eglise " protestante " ou " confessante "  sont ainsi largement synonymes, puisque confesser a ici le sens de "déclarer publiquement" notre croyance.

A proprement parler, il est vrai que " confesser " est autre chose que "croire". Pourtant, on ne doit pas se tromper ici en imaginant (par exemple) que puisqu'il n'est pas dit " nous croyons ", cet article doit être de moindre importance. Au contraire ! Si notre Symbole " confesse " l'article de la rémission des péchés, c'est d'autant qu'il est préalablement cru (on ne confesse que ce que l'on croit). Cela se vérifie par ce que dit la même Église chrétienne, dans le Symbole, local, des Apôtres: " Je crois la rémission des péchés ".
L'emploi du verbe " confesser " ne sert donc qu'à mettre en exergue cette vérité, que ce que les chrétiens croient dans le fond de leur cœur, ils l'expriment, le partagent et en témoignent publiquement, par les lèvres (Romains 10. 10) et même - parce qu'ils ne sont pas des cagots et des hypocrites - jusque dans leurs actes (Jacques 2. 18).

La vraie foi se confesse, donc, en soutenant pour exclusivement vrai l’Évangile sur lequel elle s'appuie. Luther résumait cela en écrivant (Traité du Serf Arbitre) que " Rien n'est plus connu et plus fréquent chez les chrétiens que l'assertion. Supprime les assertions, et tu as supprimé le christianisme ". Une Église chrétienne ne peut pas subsister là où le christianisme est supprimé ; aussi l’Église doit être confessante, ou ne pas être.
Néanmoins, une fois cette assertion posée, reste à savoir de quelle confession il doit être question, afin de n'imposer aux fidèles ni trop, ni trop peu de dogmes et pour ne pas risquer (ce qui serait pire que tout) de les enfermer dans l'hétérodoxie et/ou une forme de sectarisme.

Trois exemples de cela:

1) Dans des milieux libéraux et/ou piétistes, on peut se contenter, pour toute confession, de quelques mots, comme : " Jésus est Seigneur " - tout en gardant la liberté de mettre le sens que l'on veut à ces mots. C'est par exemple le cas dans l’Église Protestante Unie de France.
     Contre cette première démarche : s'il est vrai qu'un fidèle peut dire sa foi de façon aussi brève que spontanée, l’Église - avec le soucis pédagogique qu'elle a pour ses enfants, et l'expérience qu'elle a de la ruse des faux-frères - se doit de résumer plus largement l'ensemble des vérités bibliques.

2) Dans des Églises autrement plus confessionnelles, on professe des monuments tenant sur des dizaines de pages, comme le Confession de Westminster. C'est par exemple le cas dans l’Église Réformée du Québec (ERQ).
     Contre cette deuxième démarche : un monument comme la Confession de Westminster dit des choses vraies et édifiantes. Elle dit également des choses controversées et que l'on aurait en tout cas du mal à déclarer nécessaires pour être chrétien (exemple: le dimanche sabbatique).
C'est au point que l’Église mentionnée (ERQ) a joint un préambule à ladite confession, pour préciser ce qu'elle retient dans toute sa rigueur, et ce qu'elle relativise. Une telle situation (à mon sens inévitable) ne peut que jeter finalement le discrédit sur l'autorité de la confession de foi.

3) Dans d'autres dénominations, on se réfère à des documents anhistoriques, qui imposent au passage, comme étendards de la foi commune, des doctrines pour le moins particulières (millenium, etc.). C'est par exemple le cas avec cette déclaration de foi baptiste.
     Contre cette troisième démarche :  que chaque dénomination, voire congrégation, prenne la liberté de composer un autre texte, surtout pour y introduire des opinions qui sont au moins douteuses, cela pose un problème pour la reconnaissance de l'équivalence du contenu de chaque confession (donc, un problème à la catholicité). C'est aussi multiplier le risque d'hétérodoxie, voire d'hérésie, et c'est risquer de tyranniser des âmes en leur imposant des croyances pour le moins discutables avant d'être regardé comme un vrai membre de l’Église. Bref, c'est risquer d'endosser la responsabilité gravissime de créer un schisme et une secte (Galates 5. 19-21).

Ces observations nous confortent dans la pensée qu'un inventaire s'impose dans les collections symboliques, en faveur du seul texte ayant historiquement reçu une unanime réception de la part de tout ce qui peut se revendiquer comme moindrement chrétien: le Symbole de Nicée-Constantinople.
Tous les dogmes qui y sont exposés sont nécessaires et suffisants pour délimiter la vraie Église (là où la Parole est prêcher fidèlement) de ses contrefaçons. 

Nécessaires et suffisants: quelques-uns rétorqueront sans doute à cela que notre Symbole est aussi bien professé par nous que par les nestoriens, les monophysites, les papistes et les disciples de Pierre Moghila. Pourtant, nous ne nous entendons avec aucune de ces (plus ou moins) vieilles branches.
C'est le lieu de préciser que ces mouvements, s'ils ont eu l'astuce de conserver formellement le Symbole, ne peuvent en assumer loyalement le propos ; et que des cours ecclésiastiques (Éphèse et Constantinople II, contre les nestoriens; Chalcédoine et Constantinople III contre les divers monophysites; Augsbourg, face aux erreurs des papistes et de leurs émules orientaux) en ont fait la démonstration.
C'est la raison pour laquelle, avec ce Credo, on reçoit les précisions, ou réaffirmations données par ces assemblées, comme autant de commentaires officiels. Ce faisant, le Symbole (ou Credo) n'est ni remplacé, ni augmenté; pourtant, aucun œcuménisme de mauvais aloi n'est possible avec ceux qui s'obstinent à ajouter (que ce soit la papolâtrie ou la xylolâtrie...) ou à dénaturer et renier (comme sur l'article de la Justification dont il sera question par la suite) les termes de cet auguste Symbole.

Conclusion:

Il faut que l’Église soit confessante. Or, de l'aveu de tous, le Symbole de Nicée-Constantinople dit la foi chrétienne, l'enseignement biblique. Employé dans la liturgie, il est le Credo vivant des assemblées fidèles.
Son unanime réception historique a pour conséquence que nul ne reniera les éléments essentiels de sa foi (ni ne perdra la face!), en rendant à ce Symbole sa place et son statut d'unique confession de foi des Églises chrétiennes. Ce faisant, les assemblées orthodoxes et iréniques clarifieront beaucoup une scène ecclésiastique autrement confuse et, il faut le dire, déplorable.

Quant aux annexes de ce Credo, quoique certains en contesteront les parties (notamment la Confession d'Augsbourg), nous espérons en montrer le bienfondé et la nécessité pour défendre, d'une façon conforme aux Écritures, la doctrine essentielle de la Justification par la foi seule.

Bucerian

mercredi 13 février 2019

Parent n°1, parent n°2: de qui vient le délire?


Il y a quelques années, en plein débat sur le prétendu " mariage pour tous ", les opposants à cette dénaturation de l'institution censée unir un homme et une femme faisaient valoir les effets d'un tel changement, notamment sur le statut parental: bientôt, père et mère laisseraient fatalement place à " parent numéro 1, parent numéro 2 ".

INTOX!!!, rétorquait alors le journal Libération, qui faisait valoir que c’est l’argument médiatique favori des opposants au mariage pour tous. A les croire, le texte de loi entraînerait la disparition des termes « père » et « mère » du code civil et des documents administratifs. 

Heureusement, le bien éclairé journal-qui-dit-la-vérité se proposait de nous désintoxiquer par sa science: Ce qui n’empêche pas, là encore, l’argument de s’étaler, se tordre, jusqu’à devenir l’objet d’un fantasme total. Car contrairement à ce que laisse entendre Marine Le Pen, la loi ne prévoit pas que sur les documents scolaires, les parents 1 et 2 remplacent « le nom du père et le nom de la mère ».

Alors: " Fantasme total ", ou simple bon sens?

La réponse: le bon sens.

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PS: capture d'écran de l'article de  " Libération " au cas où une subite " mise à jour " viendrait parachever la dimension orwellienne de notre triste réalité...




Bucerian

vendredi 8 février 2019

Annotations Credo #37


 Le caractère fantasmagorique: " Romaine ".



Toujours aussi soucieuse de dominer les âmes et de se flatter, la cour papale parle souvent d'une sorte de cinquième attribut censé caractériser la véritable Église : la romanité. Car, disent-ils, les quatre caractères de l’unité, de la sainteté, de la catholicité et de l’apostolicité ne se rencontrent que dans l’Eglise qui reconnaît pour chef l’Evêque de Rome, successeur de saint Pierre (Catéchisme de Pie X, chapitre 10; 9e article, § 2).
C'est sans doute pour cela que le pape Boniface VIII a affirmé qu'il est absolument nécessaire au salut que toute créature humaine soit soumise au Pontife Romain (Bulle Unam Sanctam).
Évidemment, à moins de vouloir prendre ouvertement le risque de soumettre l’Église aux forces de l'erreur et de la perdition, une telle prétention suppose que le siège de Rome ne puisse jamais errer. C'est là l'assertion que fit en dernier lieu le concile de Vatican I, en 1870, dans la constitution Pastor Aeternus, à savoir que lorsqu'il se prononce EX CATHEDRA, le pape de Rome est infaillible.
Mais on verra que tout cet ensemble de croyances est en réalité une superstition ridicule et dangereuse, en plus d'être blasphématoire.



1) Une superstition ridicule

Supposons que Pierre ait été investi par le Christ des pouvoirs particuliers que prétend le Vatican; resterait à prouver que ces pouvoirs sont transmissibles et qu'ils devaient être transmis à l'évêque de Rome. Mais qui donc aura organisé cette succession? Jésus parle du martyr de Pierre (Jean 21. 18-19); Pierre l'évoque également (2 Pierre 1: 14-15). Aucun des deux n'en profite pour expliciter que le lieu du martyr (ou plutôt, l'évêque du lieu) héritera de l'hypothétique autorité spécifique de cet apôtre. Ce faisant, on comprend qu'un Calvin n'ait eu aucun mal à débouter les prétentions romaines (Institution chrétienne, IV, vi. 11, 12).
Dans le même ordre d'idées: s'il était si important que l’Église soit romaine, ne serait-on pas en droit d'accuser les rédacteurs du Credo d'avoir été négligents? eux qui, réputés avoir formulé le Symbole avec la plus grande précision, auraient passé sous silence l'article qui en dit l'essentiel!
Après le Christ et l'apôtre Pierre, c'est donc le concile œcuménique qui aurait ignoré un si haut article... A moins, bien sûr, qu'il n'y avait rien à en dire!

Mais encore: pauvres anciens, tels Athanase d'Alexandrie ou Hilaire de Poitiers! Eux qui, pour s'opposer aux progrès de l'hérésie, auront composé quantité de livres, noirci des centaines de pages avec des méditations, des argumentations et des démonstrations tirées des Écritures saintes, alors qu'il leur aurait suffit, pour démontrer la fausseté des thèses adverses, de demander un simple rescrit papal!
Se prononçant EX CATHEDRA, celui-ci aurait définitivement clos les débats et l'arrêt aurait pu tenir en quelques mots seulement, puisque son altesse n'aurait pas eu besoin de motiver sa position: demande-t-on à quelqu'un d'infaillible de justifier sa croyance?...
Seulement voilà: les pères n'ont jamais sollicité un tel rescrit, et c'est la preuve, ou bien qu'ils étaient totalement idiots, ou bien que personne en leur temps ne croyait aux super-pouvoirs que la papauté prétend détenir aujourd'hui.


2) Une superstition dangereuse


Une chose serait d'être juridiquement soumis au siège de Rome (en vertu d'une hiérarchie disciplinaire humaine), et/ou de se référer historiquement à Rome sous condition de sa fidélité à la foi qu'elle a reçu des apôtres; autre chose est d'être tenu de croire systématiquement le siège de Rome en vertu d'une prétendue infaillibilité de sa part.
En effet, la soumission juridictionnelle sous condition de fidélité romaine a été envisagée favorablement même par Philippe Melanchthon, dans sa souscription aux Articles de Smalkalde (concession qui est depuis définitivement inenvisageable, pour des raisons évidentes).
Quant à la référence historique, toujours sous condition de fidélité de Rome, elle a été employée dans l'édit de Thessalonique, par Théodose, lorsqu'il fit du christianisme la religion officielle de son empire.
En revanche, être tenu de croire tout ce que dira Rome (au moins lorsque Rome parle EX CATHEDRA), c'est une démission contraire aux assertions apostoliques (Galates 1. 8-9), démission qui ouvre un boulevard aux forces de l'enfer.
Il est en effet notoire (on le voit par exemple avec la crise sédévacantiste) que Rome ne se contente pas de conserver la foi que - selon une tradition - Pierre y a témoigné par son sang; mais qu'elle crée de nouveaux dogmes (ex : l'immaculée conception) qui abrogent, souvent, de facto, les anciens (ex : concile Vatican II).
Les sédévacantistes constatent avec raison que la religion de François n'est plus celle de Pie X. Et nous avons constaté, à plus forte raison, que celle de Pie X n'était plus celle de Pierre ou de Lin.
Or une foi qui varie d'une génération à l'autre n'est plus catholique; loin s'en faut qu'elle soit apostolique. Nous devons donc laisser pareille forme d'innovation, voire de révélation continue, aux sectes telles que celle des Mormons et du Vatican, si nous ne voulons pas croire en vain (cf. 1Corinthiens 15. 1-2).


3) Une superstition blasphématoire

Le plus grave est qu'en réclamant soumission et foi, et en faisant de cela une condition de salut (Bulle Unam sanctam) la papauté de Rome se dresse comme une idole niant Jésus-Christ et le fait que quiconque croira en lui sera sauvé (Jean 3. 16).
C'est ce qu'a dénoncé et condamné Luther, dans ses Articles de Smalkalde (II. 4) où il écrit que:

Ces faits montrent, de toute évidence, que le pape est le véritable Antéchrist ou Anti-Christ, qui s'est placé au-dessus du Christ et s'est élevé contre lui, puisqu'il ne veut pas laisser les chrétiens parvenir au salut s'ils ne reconnaissent pas sa puissance et qui, pourtant, est néant, n'étant ni ordonnée ni commandée par Dieu. C'est bien là " se placer au-dessus de Dieu et contre Dieu " comme le dit saint Paul (2 Thessaloniciens 2. 4).
(...) Or le pape ne veut pas laisser croire, mais dit qu'on doit lui obéir pour être sauvé. Cela, nous le ne ferons pas! Plutôt mourir! A la grâce de Dieu!
Que le Seigneur, dans sa miséricorde, nous garde de la romanolâtrie papale, et nous donne de continuer à protester la foi chrétienne, dans le giron de l’Église une, sainte, catholique et apostolique, dont Jésus-Christ est le seul chef.

Amen!


Bucerian




mardi 5 février 2019

Annotations Credo # 36


"Apostolique"




De nombreuses dénominations semblent considérer que l'apostolicité de l’Église requiert deux éléments cumulatifs:

1) La succession historique des évêques.
2) La continuité spirituelle de la foi.

Or il est vrai que l’Église est un fait qui s'est développé (et continue de se développer) organiquement dans l'Histoire. Nous affirmons volontiers que les fidèles du XXIe siècle tiennent la Bible et leur Credo des fidèles qui les ont précédés dans cette même et unique Église dont ils sont membres -et qui remonte aux apôtres.

Néanmoins, on doit garder à l'esprit, d'une part, que cet organisme (l’Église) est composé de fidèles qui sont tous rois, prêtres et prophètes (sacerdoce universel); d'autre part, que si l'on trouve bien dans cet organisme des ministres élus pour assurer la discipline et pour enseigner, la structure épiscopale telle qu'on la connaît (c'est-à-dire: comme une hiérarchie chapeautant des "prêtres") n'est qu'un aménagement humain. Saint Jérôme l'écrivait, dans son commentaire de l'épître à Tite (chapitre 1):

"Ici donc le mot prêtre est pris dans le même sens que celui d'évêque, et avant qu'à l'instigation du démon, des dissensions et des partis se fussent produits et qu'on eût entendu dire aux fidèles: "Moi je suis à Paul, moi je suis à Appolos, et moi à Cephas" (1Co 1 . 12), les Églises étaient gouvernées par le conseil des prêtres réunis en commun. Mais après (...) il fut décrété comme une règle générale dans tout l'univers qu'un des prêtres serait choisi pour être placé à la tête des autres, pour avoir la sollicitude de toute l’Église et faire disparaître toutes les semences du schisme."

La structure épiscopale dont s'est dotée l’Église antique étant ainsi accessoire, sa pérennité ne saurait être regardée comme un élément essentiel au caractère apostolique (au sens de légitimité historique) de l’Église contemporaine.

Autrement dit: dans une communion orthodoxe, la structure épiscopale a sans doute été un outil relativement efficace contre les schismes. Dans certains endroits, on a d'ailleurs souvent gardé cette organisation, et quelques-uns ont suggéré de la rétablir là où elle était tombée en désuétude (cf: Auguste Lecerf, Études calvinistes, éditions Kérygma, 1999, pages 72-73).

 MAIS si l'épiscopat appartient aux fidèles, le contraire n'est pas vrai. Et l'on se tromperait gravement en se laissant éblouir par l'aura d'une telle institution au point d'y fonder sa foi ou de croire que cet outil anti-schismatique est aussi l'arme ultime contre l'hérésie et l'apostasie. L'histoire, en effet, prouve la possibilité de chutes, tant individuelles (Nestorius) que collectives (la Pentarchie, au temps d'Honorius Ier); or, une fois l'épiscopat devenu opiniâtrement hérétique, ses prétentions à être le seul giron légitime de la vie chrétienne ne sont pas autre chose que de la prévarication (Galates 1. 8-9).
               

Ce qui caractérise donc essentiellement l'apostolicité est le fait d'être établi sur la doctrine et le témoignage des apôtres, c'est-à-dire sur Jésus-Christ, qui est le roc sur lequel est bâtie l’Église (Éphésiens 2: 20, ss/ Matthieu 16: 16, ss/ 1Corinthiens 3. 11, etc.)
Cette prédication apostolique, dont Christ est le cœur, retentit encore aujourd'hui à nos oreilles, par le moyen des Écritures inspirées de Dieu, ainsi que le notait Jean Chrysostome:

« Cette Ecriture, étant inspirée de Dieu, est utile. Qui peut en douter? « Elle est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger, afin que, l'homme de Dieu soit parfait et parfaitement disposé à  toutes sortes de bonnes œuvres ». — « Utile pour instruire ». L'Écriture nous apprendra ce que nous devons savoir, et nous laissera ignorer ce que nous devons ignorer. Si nous avons des erreurs à réfuter, des désordres à redresser, l'Ecriture nous fournira les principes nécessaires. Elle sera bonne aussi pour consoler et pour encourager. « Pour corriger », c'est-à-dire que nous y trouvons de quoi suppléer à ce qui nous manque. — « Afin que l'homme de Dieu soit parfait ». Ainsi les Ecritures sont un encouragement au bien, destiné à conduire l'homme à la perfection. Sans elles, on n'est point parfait. Au lieu de moi, dit saint Paul, vous aurez la sainte Ecriture qui vous apprendra ce que vous voudrez savoir. S'il écrivait ces choses à Timothée qui était cependant rempli du Saint-Esprit, combien plus les écrivait-il pour nous! — « Parfaitement disposé à toutes sortes de bonnes œuvres »: Il ne doit pas se contenter d'y prendre part, il doit s'y exercer à la perfection. »

(St Jean Chrysostome, sur 2Timothée, Homélie IX. 1)


Bucerian

Le pape de Rome et son bataillon sacré...

Dernièrement, le pape de Rome s'est exprimé sur la question du mariage des prêtres dans son empire:

Le pape François a rejeté lundi toute remise en cause générale du célibat des prêtres, en vigueur dans le catholicisme romain, qualifié de "don pour l'Eglise" qui ne peut pas devenir "optionnel". Il a néanmoins envisagé "quelques possibilités" pour les îles du Pacifique ou l'Amazonie (la suite, ici).

Cette prise de position est pour nous l'occasion de rappeler les termes de la position biblique, et donc apostolique, sur le sujet (Confession d'Augsbourg, article 23):


Il y avait une plainte générale sur les mauvais exemples que les prêtres ont donnés par leur incontinence. Voilà pourquoi le pape Pie II a dit souvent: Il y a eu quelques raisons d'ôter les femmes aux prêtres, mais il y en a de plus fortes pour les leur rendre. C'est ce que rapporte Platina. Nos pasteurs, voulant bannir de nos Eglises les anciens scandales, ont cru devoir se marier, et rétablir la doctrine qui permet le mariage aux prêtres. Premièrement, parce que S. Paul dit: Pour éviter la fornication, que chaque homme ait sa femme, et ailleurs: Il vaut mieux se marier que brûler. Secondement, parce que Jésus-Christ en disant: Tous ne sont pas capables de cette Parole, fait voir que tous les hommes ne sont pas propres à garder le célibat, parce que Dieu a créé l'homme pour la procréation (Genèse 1: 28).

Il n'est pas dans la puissance de l'homme de changer l'ordre de la création de Dieu, sans un don et une grâce particulière de Dieu. C'est pourquoi ceux qui ne sont pas propres au célibat, doivent se marier, car aucune loi humaine, aucun vœu, ne peut anéantir le commandement de Dieu et l'ordre par lui établi. C'est par ces raisons que nous enseignons qu'il est permis aux ministres de se marier.

En outre, il est certain que dans l'ancienne Eglise les prêtres étaient mariés; aussi S. Paul dit: Il faut qu'un évêque soit irrépréhensible, qu'il n'ait épousé qu'une femme. Il n'y a d'ailleurs que quatre cents ans qu'en Allemagne on contraignit, pour la première fois, les prêtres de vivre dans le célibat. Ils s'y opposèrent alors si vivement, que l'archevêque de Mayence, voulant publier la bulle du pape, faillit être tué dans le tumulte qu'excitèrent les prêtres irrités. Cette bulle était si inconsidérée qu'elle défendait non seulement de se marier à l'avenir, mais qu'elle déclarait nuls les mariages déjà contractés, ce qui est non seulement contre toutes les lois divines et humaines, mais aussi contre les canons décrétés non par les papes seuls, mais par les conciles les plus vénérés. Mais la nature humaine s'affaiblissant tous les jours, à mesure que le monde vieillit, ils est sage de préserver l'Allemagne des vices qui menacent de s'y introduire. De plus, Dieu a institué le mariage pour remédier à l'infirmité de l'homme. Les canons mêmes ont jugé à propos, dans les temps postérieurs, de relâcher quelque chose de leur rigueur à cause de la faiblesse humaine; et il est à souhaiter qu'ils se relâchent encore sur le mariage des prêtres. Il est même à craindre que les églises ne manquent un jour de pasteurs si l'on continue de les empêcher de se marier.

Puis donc qu'il existe un commandement exprès de Dieu, que la coutume de l'ancienne Eglise est connue, et que le célibat entraîne beaucoup de scandales, des adultères et d'autres impiétés punissables par les lois, il est étrange qu'on s'attache si opiniâtrement et avec tant de dureté à défendre le mariage aux prêtres. Dieu lui-même commande d'honorer le mariage. Dans toutes les républiques bien établies et parmi les païens mêmes, les lois l'ont relevé par les plus honorables privilèges. Aujourd'hui, contre la disposition des canons, on punit du dernier supplice les ecclésiastiques qui se marient. S. Paul (1 Tim. 4: 1) appelle la doctrine qui défend le mariage, une doctrine de démons. Ce passage peut s'entendre aisément en ce temps, où l'on défend le mariage sous des peines si rigoureuses.

Cependant, tout comme il n'y a point de loi humaine qui puisse abolir le commandement de Dieu, de même il n'y a point de voeu qui puisse le changer. S. Cyprien conseille aussi aux femmes de se marier, lorsqu'elles ne peuvent garder la chasteté dont elles ont fait voeu. Voici ses propres paroles (onzième épître du premier livre): Si elles ne veulent point, ou ne peuvent garder la chasteté, il vaut mieux qu'elles se marient, que si elles venaient à brûler du feu de leurs désirs; car elles ne doivent pas donner de scandale ni aux frères ni aux soeurs. Aussi les canons usent-ils de quelque condescendance envers ceux qui ont fait les voeux avant l'âge de discernement, comme il est arrivé jusqu'ici.
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 Bucerian

mercredi 30 janvier 2019

Annotations Credo # 35


Catholique



Dans l'inconscient collectif, le terme "catholique" sert à distinguer, voire à opposer le dévot romain et le protestant. Certaines personnes seront donc sans doute surprises par le fait que nous, fidèles protestants, assumons les termes d'un Credo qui affirme la catholicité de l'Eglise.
C'est ici le lieu de rappeler que les protestants ont toujours entendu être de plus fidèles catholiques que leurs adversaires romains; ainsi, en 1616, le pasteur André Rivet intitulait l'un de ses ouvrages: Le catholique orthodoxe (c'est-à-dire: le protestant) opposé au catholique papiste.
De nos jours encore, aucun protestant sérieux ne sera d'avis à abandonner le titre de "catholique" aux communautés vassales de Rome, précisément parce que, comme le notait le puritain John Owen: "romain ne signifie pas catholique". Ce terme signifie au contraire "universel", et est un attribut de l'Eglise qui implique (comme on le verra) de grandes conséquences.

Le terme "catholique", ou "universel",  a un double sens:

1) On désigne par là le fait historique, spirituel et rémanent qu'est "la grande Eglise", celle qui regroupe l'universalité des saints et qui est attachée à la totalité, ou universalité des vérités bibliques - par opposition aux sectes qui opèrent un choix (en grec: hérésie = action de prendre; choix) parmi ces vérités et qui concoctent ainsi de faux évangiles.
Par exemple: là où l'Eglise catholique confesse un seul Christ, vrai Dieu et vrai homme, les hérétiques, choisissant parmi les données bibliques, confesseront:
- ou bien deux Jésus (nestoriens)
- ou bien un Christ vrai Dieu faussement homme (docètes)
- ou bien encore un Christ vrai homme mais pas Dieu (ariens), etc. 

Or, qui pourra être certain de croire comme les apôtres, et être ainsi en communion avec la catholicité des fidèles, s'il ne trouve pas sous la plume de ces mêmes apôtres le fondement de ce qu'il croit? Ou comment dire qu'un article a été cru toujours, partout et par tous, si l'on ne peut pas trouver dans les Ecritures une preuve (directe ou indirecte) que l'article en question a été cru et enseigné par les envoyés du Seigneur, dans les Ecritures qui servent de règle à chacun?...
Ainsi, cette première acceptation de la catholicité démontre avec force le principe de l'Ecriture seule, ou sola scriptura.

2) Par l'attribut de la catholicité, on souligne également le fait que, depuis l'apparition du Christ, centre des Ecritures, les frontières de l'Eglise ne sauraient se limiter à celles d'une nation ou d'un Etat particulier, de sorte que, pour être membre à part entière du peuple de Dieu, nul n'est appelé à s'assimiler à un autre peuple établi sur terre, à se soumettre à ses us et coutumes, à ses lois, ou à ses intérêts nationaux particuliers.
L'Eglise étant répandue dans tout le monde, et parmi toutes les nations, l'universalité du genre humain est sauvée dans la personne des élus de Dieu, ainsi que l'enseigne la Parole de Dieu en divers lieux. Ainsi, en Esaïe (49. 6), au sujet du Christ:

C'est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob et pour ramener les restes d'Israël: Je t'établis pour être la lumière des nations, Pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre.

De même, le Psaume 117 consiste en cette belle et brève exhortation:

Louez l'Éternel, vous toutes les nations, Célébrez-le, vous tous les peuples!
Car sa bonté pour nous est grande, Et sa fidélité dure à toujours. Louez l'Éternel!

Les conséquences de ce deuxième aspect de la catholicité sont:

a) Le rejet du racisme, de la misogynie/misandrie ainsi que du mépris social (toute forme et/ou source d'hostilité et de barrière entre les hommes).
Par exemple: alors que le Talmud enseigne à ses disciples de prier chaque matin en disant:
"Merci mon Dieu de ne m'avoir pas fait esclave, de ne m'avoir pas fait goy, et de ne m'avoir pas fait femme (et plus sobrement pour ces dernières: de m'avoir faite telle que je suis)" [Bénédictions du lever], la Parole de Dieu clame avec force:
" Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus Christ" (Galates 3. 28).
Christ a en effet brisé les murs de séparation entre les hommes, les sources de haine et de guerre, son Eglise étant le havre de paix et de réconciliation universelles.

b) Les fidèles sont les héritiers d'Abraham (Galates 3. 29), par la foi en Jésus-Christ, véritable postérité d'Abraham et vrai Israël.
Les doctrines actuelles, qui tentent d'identifier l'Etat moderne d'Israël avec le royaume de l'Ancien Testament, et qui font presque du soutien à cet Etat un article de foi et/ou de morale chrétiennes sont donc des fausses doctrines, liant injustement les consciences en fabriquant des craintes superstitieuses, injurieuses pour le Christ et son peuple: l'Eglise.
NB: Il ne s'agit pas ici d'encourager, a contrario, à la haine ou à l'hostilité envers ledit Etat, ou à se complaire pour les discours haineux proférés à son encontre ou à l'encontre de ses ressortissants.

c) La Parole de Dieu a retenti dans toutes les langues, à l'adresse de tous les peuples (Actes 2), afin de faire de toutes les nations des disciples du Roi, Prêtre et Prophète suprême de l'Humanité: Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu (Matthieu 28. 19).
Doivent donc être démasquées, dénoncées et condamnées les astuces par lesquelles certains ennemis de Dieu se sont élevés contre l'Evangile du Salut.
De leur nombre fut Mahomet, qui prétendit que la Nation Arabe était restée, seule entre toutes, sans prophète et sans révélation; que cela justifiait son prétendu ministère et faisait de lui le dernier des prophètes, et aussi leur sceau - son nom devant rester associé à celui d'Allah dans une seule et même "confession de foi", quotidiennement professée par des millions d'âmes.

Tout ceci, le monde l'écoute avec respect et considération. Tout ceci, les fausses Eglises, les dénominations mondaines, tentent de l'intégrer à leurs discours. Mais tout ceci, la véritable Eglise catholique le rejette, par amour de la vérité et pour la gloire du Dieu vivant: Père, Fils et Saint Esprit.

Bucerian


dimanche 20 janvier 2019

Le baptisme, débouté





La pratique du baptême des nourrissons fait l'objet de grandes controverses, depuis plusieurs siècles. Lorsqu'on considère le degré de complexité que ces débats peuvent atteindre, certains risquent de conclure que seuls des érudits peuvent parvenir à une opinion certaine. Et, lorsqu'on considère combien chaque camp regroupe de savants, on peut même être tenté de conclure qu'en réalité, personne ne connaît le fin mot de cette affaire... ce qui serait bien dommage!
Aussi, je sais qu'en définitive, beaucoup de personnes se laissent persuader par la méthode hypercritique du baptisme, rejetant le baptême des enfants au prétexte que le Nouveau Testament ne contient pas une phrase telle que: "baptisez aussi les bébés".

Une fois de plus, je tiens à mettre en garde contre la méthode hallucinante et biaisée du baptisme, en rappelant que la condamnation du baptême des enfants (soit l'idée que le baptême des enfants serait diabolique, anti-biblique, une invention des hommes, sans valeur, etc. comme l'enseigne la "Confession de Schleitheim", en son premier article), cette condamnation, dis-je, remonte (à quelques exceptions près) au XVIe siècle. Le fardeau de la preuve incombe donc, non pas à la chrétienté qui a baptisé les enfants "depuis toujours" mais à ceux qui accusent cette pratique et prétendent y avoir découvert un vice.

Autrement dit, nous n'avons pas à prouver que Jésus a commandé de baptiser spécialement les nourrissons (pourquoi l'aurait-il fait?), ni à prouver que les apôtres en ont baptisé (pourquoi le préciser?).
C'est au contraire aux baptistes qu'il incombe de prouver, hors de tout doute raisonnable, que:

1) L'institution du baptême (Matthieu 28: 19) exclut les nourrissons.

2) Que les apôtres (dans les Actes) ont refusé de baptiser des bébés et/ou ont réprouvé l'hypothèse de leur baptême.

3) Voire, que l'on peut dater et localiser l'apparition du baptême des enfants bien loin des apôtres (à travers notamment les ardentes polémiques qu'une telle "trahison" n'aurait pas manqué de susciter à l'époque, à moins bien sûr que les chrétiens endurant les persécutions de Rome n'étaient pas aussi zélés pour la vérité que les baptistes actuels...).

Or, de telles preuves irréfutables, les baptistes les chercheront longtemps. 

1) Ils font généralement valoir qu'un texte aussi crucial que Matthieu 28: 19 exclut le baptême des enfants:
Allez donc et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit... (Matthieu 28:19).

Il est notoire que les baptistes prétendent cela, parce qu'ils lisent généralement ce texte (cf. Confession de Schleitheim, article 1) comme s'il disait:
Allez donc et instruisez toutes les nations, puis, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit...
Pourtant, il est incontestable que le grec ne porte aucun "puis" ni aucun "ensuite", car le texte porte simplement un participe présent (les baptisant), même si certaines traductions (comme la Bible à la Colombe) l'édulcorent un peu en rendant par: faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les, etc. (ce qui pourrait suggérer un ordre chronologique).
Faire des disciples, les baptisant et instruisant: en quoi un tel texte prouverait-il, hors de tout doute raisonnable, qu'on a fauté en baptisant des enfants pour aussi les instruire et faire ainsi d'eux des disciples?...
De même pour Marc 16: 16, qui dit simplement: Celui qui aura cru et qui aura été baptisé sera sauvé, et non pas, avec une insistance qu'il aurait pourtant été facile de porter: Celui qui aura été baptisé après avoir cru, etc.
Les baptistes échouent donc dans leur première preuve.



2) Les baptistes font valoir que les apôtres n'ont jamais baptisé de bébés.
Il est facile de voir la faiblesse d'un tel argument, car: ou bien ils n'en ont pas baptisé parce qu'ils n'en ont simplement jamais croisé (dans ce cas, cela ne prouve rien contre ce baptême); ou bien ils n'en ont pas baptisé parce qu'ils en ont croisé, mais qu'ils ont spécialement refusé de les baptiser.
Mais où se trouve une telle scène, dans le Nouveau Testament? Nulle part.
Les baptistes échouent donc dans leur deuxième preuve.

3) Les baptistes diffèrent souvent dans leur datation des origines du baptême des enfants.
C'est pourtant important, parce qu'on aimerait savoir où et quand une telle innovation est apparue. Où étaient alors ces fidèles baptistes, pour en dénoncer l'apparition et y résister, ne serais-ce qu'un temps?...
Beaucoup imaginent que saint Augustin, au Ve siècle, a théorisé, sinon inventé cette pratique (!)
C'est ignorer que la pratique du baptême des enfants était si incontestée dans l'Eglise du Ve siècle, si universellement considérée comme apostolique, que saint Augustin l'a simplement utilisée pour prouver une autre doctrine (celle du péché originel). Loin s'en faut qu'il ait  dépensé son énergie à instaurer le baptême des enfants, qui, de père en père (Cypriens, Irénée, etc.) remonte sereinement à une époque "immémoriale", pour ne pas dire simplement... biblique.
Les baptistes échouent donc aussi dans leur troisième preuve.

Les accusations sans preuve étant irrecevables, le baptisme, qui constitue une telle manœuvre, mérite d'être rejeté.


Bucerian







samedi 19 janvier 2019

Annotations sur le Credo # 34

"Sainte"

Participant à Jésus-Christ dont elle est le corps mystique, l'Eglise est le temple du Dieu vivant. Être ainsi mis à part, ou consacré pour le Dieu-Trinité, c'est être saint.

Séparée du profane, l'Eglise l'est plus encore de l'impur; il convient donc que cela se reflète dans la vie de ses membres, malgré toute leur imperfection! Ainsi, les chrétiens étant citoyens de la Cité divine, la caractéristique de leur gentilité  ne réside pas (comme c'est le cas de certaines sectes ou religions charnelles) dans des accoutrements grotesques et/ou des signes ostentatoires extérieurs, mais dans la sainteté de la vie.

Au IIe siècle de notre ère, un texte apologétique chrétien, l'épître à Diognète, résumait ainsi:


5. Les Chrétiens ne sont distingués du reste des hommes ni par leurs pays, ni par leur langage, ni par leur manière de vivre ; ils n'ont pas d'autres villes que les vôtres, d'autre langage que celui que vous parlez ; rien de singulier dans leurs habitudes ; seulement ils ne se livrent pas à l'étude de vains systèmes, fruit de la curiosité des hommes, et ne s'attachent pas, comme plusieurs, à défendre des doctrines humaines. Répandus, selon qu'il a plu à la Providence, dans des villes grecques ou barbares, ils se conforment, pour le vêtement, pour la nourriture, pour la manière de vivre, aux usages qu'ils trouvent établis ; mais ils placent sous les yeux de tous l'étonnant spectacle de leur vie toute angélique et à peine croyable.
 Ils habitent leur cités comme étrangers, ils prennent part à tout comme citoyens, ils souffrent tout comme voyageurs. Pour eux, toute région étrangère est une patrie, et toute patrie ici-bas est une région étrangère. Comme les autres, ils se marient, comme les autres, ils ont des enfants, seulement ils ne les abandonnent pas. Ils ont tous une même table, mais pas le même lit. Ils vivent dans la chair et non selon la chair. Ils habitent la terre et leur conversations est dans le ciel. Soumis aux lois établies, ils sont par leurs vies, supérieurs à ces lois. Ils aiment tous les hommes et tous les hommes les persécutent. Sans les connaître, on les condamne. Mis à mort, ils naissent à la vie. Pauvres, ils font des riches. Manquant de tout, ils surabondent. L'opprobre dont on les couvre devient pour eux une source de gloire ; la calomnie qui les déchire dévoile leur innocence. La bouche qui les outrage se voit forcée de les bénir, les injures appellent ensuite les éloges. Irréprochables, ils sont punis comme criminels et au milieu des tourments ils sont dans la joie comme des hommes qui vont à la vie. Les Juifs les regardent comme des étrangers et leur font la guerre. Les Grecs les persécutent, mais ces ennemis si acharnés ne pourraient dire la cause de leur haine.
6. Pour tout dire, en un mot, les chrétiens sont dans le monde ce que l'âme est dans le corps : l'âme est répandue dans toutes les parties du corps ; les chrétiens sont dans toutes les parties de la Terre ; l'âme habite le corps sans être du corps, les chrétiens sont dans le monde sans être du monde. L'âme, invisible par nature, est placée dans un corps visible qui est sa demeure. Vois les chrétiens pendant leur séjour sur la Terre, mais leur culte qui est tout divin, ne tombe pas sous les yeux. La chair, sans avoir reçue aucun outrage de l'esprit, le déteste et lui fait la guerre, parce qu'il est ennemi des voluptés. Ainsi le monde persécute les chrétiens, dont il n'a pas à se plaindre, parce qu'ils fuient les plaisirs. L'âme aime la chair qui la combat et les membres toujours soulevés contre elle. Ainsi les chrétiens n'ont que de l'amour pour ceux qui ne leur montrent que de la haine. L'âme, enfermée dans le corps, le conserve ; les chrétiens enfermés dans ce monde comme dans une prison, empêchent qu'il ne périsse. L'âme immortelle habite un tabernacle périssable ; les chrétiens, qui attendent la vie incorruptible des cieux, habitent comme des étrangers les demeures corruptibles d'ici-bas. L'âme se fortifie par les jeûnes, les chrétiens se multiplient par les persécutions : le poste que Dieu leur a confié est si glorieux, qu'ils regardent comme un crime de l'abandonner.


Le respect de la sainteté, constituant le cadre et la limite de toute saine fraternité (Hébreux 12: 14), l'Eglise se doit d'observer une discipline, par laquelle elle écarte de son sein les mauvais (1Corinthiens 5: 9-13).

C'est la raison pour laquelle nous ne pouvons approuver, ni nous associer aux communautés qui non seulement dispensent leurs membres de la sanctification, mais encore, célèbrent la volonté ouvertement exprimée par ceux-ci de vivre contrairement à la volonté toute bonne et sainte de Dieu.
Loin d'attester la seigneurie du Christ pour être l'âme et le sel du monde, de telles communautés n'en sont que la remorque, pour ne pas dire: le pot de chambre.

Bucerian

vendredi 18 janvier 2019

Semaine de l'unité des chrétiens

Alors que s'ouvre la "semaine de l'unité des chrétiens", à l'occasion de laquelle le pape de Rome s'enhardit de présenter l’œcuménisme (soit le sacrifice de la vérité sur l'autel d'une unité ordonnée à des projets politiques) quasiment comme un article de foi, voici le rappel de la toute douce, mais ô combien puissante et majestueuse vérité sur laquelle nous nous appuyons, qui est notre seule consolation et que n'hésiteront pas à souscrire d'un "amen" les chrétiens qui, partout, sont unis par et en Christ Notre Seigneur:
Jésus-Christ, notre Dieu et notre Seigneur a été crucifié pour nous sous Ponce-Pilate. Il a souffert et est "mort pour nos péchés et ressuscité" le troisième jour, "pour notre justification" (Romains 4) et lui seul "il est l'Agneau de Dieu qui porte les péchés du monde" (Jean 1), et "Dieu a mis sur lui les péchés de nous tous" (Esaïe 53). De même: "Tous les hommes sont pécheurs et sont justifiés sans nul mérite, par sa grâce, au moyen de la rédemption opérée par Jésus-Christ, en son sang" etc. (Romains 3).

Puisque, à présent, cela doit être cru et ne peut être obtenu ou saisi au moyen d'une œuvre, d'une loi ou d'un mérite quelconque, il est clair et certain que seule une telle foi nous justifie, comme saint Paul le dit dans Romains 3: "Nous estimons que l'homme est justifié par la foi, sans les œuvres de la Loi". De même: afin que l'on reconnaisse que "Dieu seul est juste et justifie celui qui a la foi en Jésus".
Sur cet article aussi, aucun écart ou concession n'est possible; le ciel et la terre ou tout ce qui est périssable dussent-ils crouler. "Car il n'y a pas d'autre nom qui ait été donné aux hommes par lequel nous puissions être sauvés", dit saint Pierre (Actes 4). "Et par ses meurtrissures nous avons la guérison" (Esaïe 53).

C'est sur cet article que repose tout ce qui fait notre vie, tout ce que nous enseignons, aussi devons-nous en avoir une certitude entière et n'en point douter; sinon, tout cela est perdu, et tous nos adversaires gardent contre nous la victoire et leurs droits.
- Martin Luther, Articles de Smalkalde, 2.1.

Cette foi, l'Eglise chrétienne l'a solennellement affirmée, précisée et défendue dans ses textes symboliques, dont nous avons maintes fois rappelé l'inventaire, contre tous ceux qui prétendent leur substituer leurs propres productions.

Quiconque aime l'unité en tirera les conclusions.

Bucerian



jeudi 17 janvier 2019

Annotations Credo #33


De l'unité du peuple de Dieu



Au delà de l'unité de l'Eglise néo-testamentaire, se pose la question de l'unité de l'ensemble du peuple croyant, c'est-à-dire des personnes ayant vécu tant à l'époque de l'Ancien Testament qu'à celle du Nouveau.
Et la question se pose avec un intérêt d'autant plus grand que, de nos jours, différentes doctrines, comme le dispensationalisme - qui séparent, ou qui tendent à dédoubler le peuple de Dieu - imprègnent fortement différentes communautés ecclésiales.

Or il est vrai que la Pentecôte n'a pas été un évènement anodin. La Pentecôte ne saurait être réduite, par exemple, à une sorte de simple "réveil" spirituel.
L'envoi de l'Esprit saint par le Christ glorifié, réalisation des Promesses divines, a été un évènement inédit, faisant entrer l'Histoire dans sa dernière étape (Actes 2: 14-39).
Alors que l'Esprit du Christ était jusque là spécialement présent aux oints (rois, prêtres, prophètes), le voilà qui est descendu oindre tous les croyants, faisant de chacun d'eux des rois, des prêtres et des prophètes.
Le peuple était mineur; le voilà devenu majeur!
L'accomplissement des Ecritures par Jésus-Christ, l'envoi du Saint Esprit à la Pentecôte: voilà donc bien quelque chose d'immense et qui ne doit jamais être sous-évalué, ni relativisé, dans l'Histoire de la Révélation!

Depuis ce temps, les fidèles ne connaissent plus le Royaume de Dieu et son Messie sous des ombres et des figures, mais en vérité; au lieu d'un tableau de ces choses, ils contemplent ces choses mêmes! Mais il est évident que, dans le tableau (sous des ombres) ou dans la réalité, l'objet de cette contemplation demeure identique.
Ainsi, la différence dans les modes d'administration de l'Alliance et dans le degré de la Révélation ne changent rien à l'unité essentielle entre les différentes dispensations de l'Alliance, dont les termes sont et restent: Je serai ton Dieu.

Dans cette perspective, contre ceux qui imaginent faussement que l'ancien peuple ne regardait qu'à des choses terrestres et charnelles, on soulignera qu'Israël était l'ancienne Eglise, tout comme l'Eglise est le Nouvel Israël, soit une seule et même entité spirituelle en un même Christ (Hébreux 11: 14-26; Actes 7: 30; Philippiens 3: 3, etc.)
 
Contre ceux qui esquissent deux voies de Salut (selon que l'on appartienne à l'Eglise ou que l'on rejette l'Evangile), on répètera qu'il n'a jamais existé d'autre moyen de salut (et qu'il n'en existera jamais d'autre!) que par la foi dans le Messie: Jésus de Nazareth. Dans l'attente de sa venue, celui-ci était connu sous des ombres et des figures qui sont devenue caduques par sa manifestation.

Il ressort de tout cela que ce qui a été écrit aux membres du peuple, sous l'Ancien Testament, nous concerne et nous sert d'exemple aujourd'hui (quoi qu'il convienne d'en faire une lecture renouvelée dans la Lumière du Nouveau Testament), selon 1Corinthiens 10:11 ou Romains 15:4, etc.

Enfin, que l'usage des sacrements, notamment la question de la légitimité du baptême des enfants, peut être évalué au moyen des prescriptions vétérotestamentaires à ce sujet (Colossiens 2: 11-12/ Genèse 17: 7/ Romains 4: 11, etc.), ainsi que le fit st Cyprien, au milieu du concile de Carthage (au IIIe siècle).
Confronté à la question de savoir s'il convenait de baptiser les enfants avant huit jours (puisque les nourrissons n'étaient pas circoncis avant ce temps), le concile ne fit pas pour réponse que, depuis le passage au Nouveau Testament, les jeunes enfants n'étaient plus concernés par la grâce et ses moyens, mais, au contraire, qu'ils pouvaient même être baptisés avant ce temps (du fait de la surabondance de grâce).
Etait ainsi conservé l'esprit de la doctrine vétérotestamentaire ( = introduction sacramentelle des enfants dans la  relation de l'Alliance), sans inféodation légaliste aux préceptes pédagogiques ( = le 8e jour).
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Tout cela, la seconde confession helvétique (19.5) l'a résumé en disant que:

Pour ce qui est du contenu essentiel et de la réalité profonde des sacrements, ils sont, pour les peuples des deux alliances, identiques. Car le Christ, l’unique Médiateur et Sauveur des croyants, est, dans les deux cas, le contenu principal et la vraie substance des sacrements. Un seul et même Dieu est l’auteur des uns et des autres. Ils ont été donnés aux deux peuples comme signes et sceaux de la grâce et des promesses de Dieu, afin de rappeler au souvenir et de remettre en mémoire les grands bienfaits de Dieu, et de séparer les fidèles de toutes les autres religions du monde. Enfin, ils ont été institués, les uns et les autres, pour être reçus spirituellement par la foi et lier à l’Eglise ceux qui les reçoivent, leur rappelant leur responsabilité envers Dieu. Dans ces domaines et d’autres encore, les sacrements des deux peuples ne sont pas différents les uns des autres, bien qu’ils soient différents dans leur façon de signifier les mêmes réalités.


Bucerian