mardi 18 février 2020

Prosélytisme vs témoignage passif : l'alternative faussée du pape François

J'ai dénoncé, dans de récents articles, l'ambition papale de créer un monde de paix et de sécurité au moyen du dialogue entre les religions. Je n'ignore pas que d'autres avant moi ont soulevé la question de l'incompatibilité entre cette entreprise et celle de l'évangélisation, source de tensions; et que le pape François a alors eu l'occasion de développer son propos à ce sujet...
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Plusieurs choses doivent être objectées à cette vision des choses:

1) François oppose astucieusement l'évangélisation, qu'il assimile à la notion de "témoignage", au prosélytisme. Or le terme de "témoignage" est très riche: on peut en effet témoigner de bien des façons, notamment par son comportement (une vie pieuse et confiante, paisible et charitable). La Bible nous dit d'être des témoins du Christ, donc il faut l'être aussi dans nos vies, par les fruits que nous portons. Mais la Bible emploie aussi des termes moins ambigus pour nous parler de l'évangélisation: tout comme Jean le Baptiste, Jésus prêchait (κηρύσσειν) la repentance et la rémission des péchés par son Nom (Matthieu 4. 17); après sa résurrection, le Christ a envoyé ses disciples proclamer (κηρύξατε) la bonne nouvelle à toute la création (Marc 16. 15). Clairement, il ne s'agit pas simplement ici de vivre pieusement dans son coin en attendant qu'un païen prenne l'initiative de la parole pour demander quel est le fondement d'une vie si pieuse; le Christ envoie au contraire son peuple déclarer un message au monde, de lui dire de croire et se repentir. Dans le livre des Actes, évoqué par le pape François, la première chose qui se produit lorsque l'Esprit descend sur les disciples, c'est qu'ils parlent pour annoncer les merveilles de Dieu dans toutes les langues (Actes des Apôtres, chapitre 2)!
François ou tout autre homme peut considérer ce mandat et cette activité avec dédain, les dénigrer comme n'étant que du "prosélytisme", et imaginer pouvoir nous prodiguer une plus haute sagesse: celle du dialogue interreligieux. Mais le fait restera le même: nulle part Jésus n'a envoyé son Église établir un "village mondial" fondé sur le dialogue et la coopération entre les religions. Au contraire, il envoie son Église pour faire disciples les nations (Matthieu 28. 19), et cela par la Parole qui doit être prêchée ou parlée autant que vécue (Romains 10. 14).
Cela implique aussi de dire aux païens qu'ils ont des dieux dont les yeux ne voient point, dont les bouches ne parlent point, dont les oreilles n'entendent point et qui sont incapables de sauver ou de délivrer de la mort, car il n'y a pas d'autre nom qui ait été donné sous le ciel par lequel nous devions être sauvés, que celui de Jésus-Christ (cf. Psaume 115 / Actes 4. 11). 
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2) Comme il le reconnaît dans sa conférence, le fondement doctrinal du pape François ne consiste pas en la Parole du Christ mais en celle de François d'Assises: "Prêchez l'Évangile et, si nécessaire, utilisez des mots". Je ne suis pas un grand connaisseur de François d'Assises; je dois avouer que j'ignore donc si cette phrase est une hyperbole injustement tirée de son contexte, s'il s'agit d'une sottise impie dite dans un moment d'égarement ou s'il s'agit véritablement du centre de sa pensée - ce qui en ferait une véritable racine de l'idéologie de l'actuel pape de Rome.
C'est sans doute le lieu de rappeler que les chrétiens que nous sommes ont autorité bien différente de celle du pape; il s'agit de l'autorité de la Parole de Dieu, l'Écriture canonique, seule règle infaillible de notre foi. Nous voyons, en de telles circonstances, l'utilité du principe protestant de la sola Scriptura, de l'Écriture seule!
J'imagine néanmoins que certains verront dans la parole de François d'Assise une similitude avec ce que dit l'apôtre Pierre, dans sa première lettre, au début de son troisième chapitre:
Femmes, soyez de mêmes soumises à vos maris, afin que, si quelques-uns n'obéissent point à la parole, ils soient gagnés sans parole par la conduite de leurs femmes. 
Or il convient de noter ici que Pierre parle de maris qui sont rebelles à la Parole; ce sont des désobéissants (ἀπειθοῦσιν): ce terme ne désigne pas tant des gens qui ignorent l'existence de l'Évangile et qui ne peuvent donc pas y croire, que ceux qui, connaissant l’Évangile, y restent incrédules. Pierre nous dit qu'ils désobéissent, ou qu'ils restent incrédules à la Parole
Or, pour refuser de croire en la Parole, encore faut-il l'avoir entendue, n'est-ce pas?
Loin d'établir la règle d'évangéliser sans dire un mot, ce passage des Écritures canoniques confirme donc que la Parole est d'abord annoncée à tous, mais que certains rebelles n'y seront finalement gagnés que par le moyen (entre autres, car il reste la prière, etc.) du comportement (ici, celui des épouses) venant les convaincre du caractère de cette Parole. Ils seront gagnés à la Parole sans davantage de paroles, et non pas: ils ne seront gagnés à aucune Parole.


Conclusion:

François tente d'amalgamer "proclamation de l'Évangile" et "prosélytisme" (au sens péjoratif du terme). Pourtant, si cette dernière démarche est réprouvée par le Seigneur (Matthieu 23) la première est ordonnée par Lui (Matthieu 28)! A tel point que même lorsque certains annonçaient la Parole avec de mauvais motifs, l'apôtre s'en réjouissait finalement malgré tout: en définitive, la Parole n'était-elle pas prêchée (Philippiens 1. 14-18)? Nous sommes loin ici de la mentalité de ceux qui stigmatisent la proclamation de l’Évangile, quand bien même elle aurait les motivations les plus pures...


Bucerian

dimanche 16 février 2020

Loin dans les pensées, loin du coeur


L'égarement de l'homme se mesure à la distance qu'il met entre le Seigneur et le Salut.

De Sauveur (orthodoxie) le Seigneur devient, dans l'hérésie, la cause (finale), voire: la cause de la cause (finale) du Salut.

Après avoir concrètement dépouillé le Seigneur, l'hérétique l'appelle "sauveur" à titre honorifique. Il le met sous vitrine, à l'extrémité de son discours (un discours lui-même vide du Seigneur), c'est-à-dire qu'il le met loin de lui, loin de son cœur, loin de sa vie.

Exemples:

1) L'arminien dit:
Dieu est mon Sauveur par sa grâce, au sens où il m'a gracieusement donné le libre arbitre... par lequel j'ai choisi de me sauver.

2) Le pélagien dit:
Jésus-Christ me sauve par son mérite infini, au sens où il me permet ainsi d'acquérir mon propre mérite pour me sauver moi-même.

3) Le papiste dit:
Dieu est mon Sauveur par son unique Sacrifice sur la croix, au sens où il me permet ainsi de réitérer tous les jours, dans mes propres sacrifices (messes), ce Sacrifice non-réitérable (sic), pour me sauver.

Bref, les systèmes hérétiques sont des tentatives embarrassées de nier que l'on a concrètement renié le Sauveur. Ainsi, toutes les fois où elle fait face à de tels montages, l'âme fidèle doit savoir qu'elle est en présence de l'hérésie, et que ses inventeurs tentent confusément de concilier deux maîtres parce qu'ils auraient honte d'avouer franchement qu'ils ont renié le seul légitime.


Bucerian

mercredi 12 février 2020

Du papisme et de la rémission des péchés (3)

Certes, le pape François œuvre à ensevelir l'Evangile, pour établir à sa place des pactes politiques. Il n'est plus question d'aller faire toutes les nations des disciples (Matthieu 28. 19): à quoi cela servirait-il aux partenaires politiques du pape, qui sont réputés enfants de Dieu sans (et contre) le Christ (cf. Jean 1. 12)? A quoi leur servirait la Grâce, puisqu'ils ont le libre arbitre et les œuvres surérogatoires, ou hassanats, pour s'ouvrir les portes du ciel?...

C'est pourquoi les sectateurs de Rome veillent au grain, mais sur un tout autre sujet. Ensemble avec le plus-pape Benoît et le pas-encore-pape Sarah, ils ne veulent s'assurer que d'une chose: c'est que l'actuel pape François ne perde pas la foi sur l'article capital de toute leur religion réprouvée: le célibat des prêtres.

Puisque les apôtres demandent que le ministre soit marié à une seule femme, et puisque les mauvais doivent lutter contre le mariage comme s'il s'agissait d'un état indigne des hommes de Dieu (1Timothée 4. 3), il faut bien que le Nimrod qui hante la ville aux sept collines montre de qui il est le fils et le vicaire, en conservant infailliblement ce dogme impie.

Bucerian

Du papisme et de la rémission des péchés (2)

J'ai répondu, dans mon précédent billet, aux sornettes véhiculées dans un livre dont le Salon Beige a cru utile de faire la promotion. Je dois ajouter que ce livre a au moins eu l'utilité (pour ne pas dire le mérite) d'inspirer une pensée correcte à l'auteur du blog mentionné; c'est que:
(...) ce dont notre monde a le plus besoin, ce n’est pas tant de réformes économiques ou politiques, mais d’une cure spirituelle.
Et de fait, seul l'Antichrist de Soloviev serait d'un avis contraire. J'ajoute qu'il faudrait être un véritable Nimrod pour répondre à la misère spirituelle par un pacte mondial pour l'éducation co-signé avec un imam, fut-il celui d'Al-Azar...





Fort heureusement, les protestants que nous sommes ont un chef vraiment infaillible: le Christ. Il faudrait être fou pour le quitter et perdre son âme dans le "village universel" d'un autre chef si bien inspiré que même ses disciples semblent (par moments) plus clairvoyants que lui sur les réels besoins du monde...


Bucerian

Du papisme et de la rémission des péchés


Car qui est-ce qui te distingue? Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu? (1Corinthiens 4. 7).


Nos amis papistes semblent souffrir d'un grave trouble obsessionnel compulsif, consistant à essayer de rattacher le protestantisme à toutes les philosophies et religions non-chrétiennes, à n'importe quel prix. Le dernier à s'être prêté à l'exercice semble être le site du Salon Beige, qui cite, pour le recommander, l'extrait d'un ouvrage de propagande:

La plupart des théologiens protestants étaient, et demeurent encore aujourd’hui, fermement convaincus que la conception catholique de la nature humaine repose sur une interprétation des Saintes Ecritures radicalement faussée par les philosophies païennes. A leur avis, même après avoir été baptisé, l’homme séparé de Dieu est pieds et poings liés au péché et ne peut absolument rien pour son salut. Sans le savoir, ces réformateurs protestants – que l’on ne confondra pas avec les anglicans – ont ouvert la voie au matérialisme scientifique, qui affirme que l’homme fait intégralement partie du monde naturel et ne peut donc s’affranchir du déterminisme “universel” régissant le monde de la nature. Admettre l’existence du libre-arbitre équivaut, dans cette optique, à nier l’universalité du principe de causalité, et donc des lois scientifiques. Il convient de signaler, en passant, que la négation de l’existence du libre arbitre fait partie intégrante de la foi musulmane qui affirme que Dieu est la cause exclusive de tout ce qui arrive. Les conceptions de la nature humaine de l’islam, du matérialisme et du protestantisme semblent donc plus étroitement apparentées qu’on ne le croit généralement. Et, en regard du libre arbitre, ces conceptions semblent toutes également éloignées de la conception classique et catholique.


On voit que les papistes ne renoncent à aucune astuce pour parvenir aux conclusions qui les intéressent: il faut que les protestants soient de bons matérialistes musulmans (!) donc, une analyse aussi fumeuse que partiale les fera tels.
Or, que reproche-t-on ici aux protestants?
En substance, on leur reproche de croire que tout bien salutaire (y compris celui de la persévérance finale) leur vient de Dieu, gratuitement, en Christ (cf. Canons de Dordrecht, V. 1,3,8).
Par quel moyen fonde-t-on ce reproche plein de puanteur pélagienne?
Par le sophisme selon lequel, si l'homme n'est pas un dieu trouvant dans son propre fond (éternel?) les trésors de bonté pouvant le mener à la félicité éternelle, bref, si le salut de l'homme est causé par la grâce de Dieu, alors, il n'y a plus de place pour la dimension spirituelle. Tout doit être réduit au monde matériel. C'est là un argument bien singulier, et les auteurs de telles insanités sentent sans doute la misère de leurs arguties; c'est pourquoi ils se sentent obligés de saupoudrer ces imbécilités par une observation encore plus boiteuse: c'est que, puisque les mahométanistes nient le libre arbitre, la doctrine du serf arbitre doit donc être une forme de mahométanisme.
C'est sans doute le lieu de faire remarquer à nos illustrissimes théologiens que le caractère chrétien d'une doctrine doit être jugé par rapport à ce qu'elle dit du Christ (Matthieu 16. 16) et non d'après le simple son qui résonne des mots.
Or, à l'inverse du mahométanisme et du papisme, le protestantisme affirme l'incapacité de l'homme à se sauver parce qu'il réserve cet honneur au seul Christ, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous
Et le fruit de cette vérité n'est pas, comme dans le mahométanisme et le papisme, que les fidèles sont laissés à l'incertitude et au désarroi quant à leur salut, mais qu'ils sont nourris et abreuvés dans la foi en ce Dieu fidèle et tout-puissant, des mains duquel aucun vrai croyant ne sera jamais arraché (Jean 6. 39).

Tel est l'enseignement des Églises protestantes, notamment dans sa branche anglicane, ainsi qu'en témoignent les XXXIX Articles de cette Église.

Bucerian



dimanche 9 février 2020

Affaire Mila



L'affaire Mila aura démontré, si besoin était, que l'ardent militantisme laïcard ne fut jamais autre chose qu'une supercherie antichrétienne.
Ceux qui exigeaient (et exigent encore), au nom de leur idéologie moisie et faussement lumineuse, que l'on puisse vomir contre le Christ toutes les paroles, tous les écrits, tous les dessins et toutes les chansons les plus obscènes sont les mêmes qui s'émeuvent aujourd'hui des paroles jugées trop grossières qu'une jeune fille de 16 ans a osé émettre contre la religion de... Mahomet.
Déjà sur la tombe de Charb, un certain zélateur des lumières, unanimement considéré comme un amoureux des mots et de l'éloquence, s'était emporté contre les assassins du journaliste, en rappelant qu'ils étaient les plus anciens et plus irréductibles ennemis de la cause droit-de-l'hommiste; à savoir: des fanatiques religieux, qu'il qualifia finalement de "crétins".
Étrange, quand on sait l'étymologie de ce dernier mot. 
Moins étrange quand on sait contre qui se portera toujours, in fine, la haine de ce monde. 

Eh bien! ils auront vaillamment rejeté le joug du crucifié pour promettre à leur monde une liberté dont ils n'ont jamais eu les moyens (2Pierre 2. 19).
Ils se seront illustrés par leur zèle à rendre au Seigneur de la haine pour son amour; la nature ayant horreur du vide, ne convenait-il pas qu'ils croulent sous la puissance d'un nouveau maître (Psaume 109.6.)?...

En leur souhaitant bien du plaisir dans cette liberté chérie.

Bucerian

mercredi 22 janvier 2020

Explication de l'oraison dominicale (5)


TROISIÈME DEMANDE.
Ta volonté soit faite en la terre comme au ciel. 
Cette demande, comme la précédente, a pour effet de nous humilier et de nous relever en même temps, de nous déclarer pécheurs et de nous rendre justes. Car toute parole de Dieu a pour but à la fois de proclamer ses jugements, et de nous procurer la justice qui lui est agréable; ainsi qu'il est écrit : Heureux ceux qui s'appliquent en tout temps au jugement et à la justice. S'appliquer au jugement, c'est se connaître, juger et condamner soi-même, et en cela consiste la vraie humilité et contrition. S'appliquer à la justice, c'est, dans le sentiment de sa culpabilité, chercher le secours et invoquer la grâce de Dieu, laquelle élève ceux qui se sont ainsi abaissés. Or, la troisième demande opère en nous ce double effet, comme je vais le montrer.


Et d'abord, par cette prière, nous nous jugeons nous-mêmes, et nous nous accusons d'être désobéissants envers Dieu et de ne pas faire sa sainte volonté. Corps et âme! En demandant que la volonté de Dieu soit faite, nous déclarons qu'elle ne se fait pas habituellement; et que pourrait-il y avoir de plus affreux que de ne pas faire la volonté de Dieu, et de mépriser ses commandements? Notre aveu est clair, positif, et il doit être sincère ; car devant Dieu il ne s'agit pas de feindre, ni de prononcer des paroles dont on désavouerait le sens. Comme donc, jusqu'à la fin de notre vie, nous sommes tenus de réciter cette prière, il s'en suit que jusqu'à la fin de notre vie nous sommes coupables de désobéissance envers Dieu. Il y a là de quoi abattre l'orgueil et dissiper toute folle sécurité. Nous-mêmes avons mis entre ses mains le droit de nous frapper. Nous ne pouvons plus espérer qu'en sa merci. Ainsi cette prière nous terrasse et nous humilie, nous alarme et nous effraie. Elle nous apprend à craindre Dieu, à redouter ses jugements, à fuir son tribunal, à en appeler avec angoisse à sa miséricorde, à crier grâce, rien que grâce, seulement grâce. C'est là se juger soi-même, s'appliquer à soi-même les jugements du Très-Haut, reconnaître et déplorer sa misère. Voilà pour le jugement. Mais comment cette prière peut-elle en même temps opérer en nous la justice de Dieu? Après nous avoir contraints de nous accuser et condamner nous-mêmes, comment peut-elle nous rassurer contre la colère du juge que nous déclarons avoir offensé par notre désobéissance? C'est tout simplement en nous pressant de recourir à la grâce de Dieu, de nous confier fermement en sa miséricorde, et de le supplier de nous sauver de notre désobéissance et de l'incapacité où nous sommes de faire sa volonté. Car celui-là est juste devant Dieu, qui confesse humblement ses transgressions, se reconnaît digne de châtiment, demande en grâce que pardon lui soit fait, et ne doute pas d'obtenir ce qu'il demande. Telle est la doctrine constante de l'apôtre (Rom. I, 17; Gal. III, 11). Il enseigne que le juste ne peut subsister devant l’Éternel que par la foi et par la confiance qu'il met dans sa parole, fondant tout son espoir sur la miséricorde de Dieu seul, et non pas sur ses œuvres. Quelle, flétrissure imprimée sur notre pauvre et misérable vie! En termes clairs et précis, Dieu nous apprend qu'elle n'est tout d'une pièce que désobéissance à sa volonté, qu'elle nous a rendus dignes d'une damnation éternelle, et que, pour nous soustraire à l'arrêt porté contre nous, nous ne pouvons rien faire que gémir, confesser et prier. Vous qui vous éprenez d'un fol amour pour cette vie terrestre, lisez et relisez la troisième demande, ainsi que toutes les autres. Et si cela ne suffit pas pour vous désenchanter, vous n'entendez pas ce que vous avez lu, vous ne comprenez pas le Notre Père, vous n'avez nulle idée des dangers qui vous environnent.
Comment la volonté de Dieu se fait-elle ?




Faire la volonté de Dieu, n'est autre chose qu'observer ses commandements. Personne ne le contestera. Car c'est par ses commandements que Dieu nous manifeste sa volonté.
Nous devons donc connaître ces commandements, et les comprendre. Ceci n'est pas une petite affaire. Toutefois, pour en parler brièvement, on peut dire qu'ils tendent tous à faire mourir en nous le vieil homme, comme l'enseigne l'apôtre saint Paul en beaucoup d'endroits de ses épîtres (Rom. VI, 4 et suivants). Mais qu'est-ce que le vieil homme? Ce sont les mauvais penchants que nous rencontrons en nous, la colère, l'impureté, l'avarice, l'ambition et l'orgueil. Car toutes ces dispositions au mal, nous les avons héritées du premier homme, elles sont nées avec nous dès le ventre de notre mère, et ce sont elles qui nous portent au meurtre, à l'adultère, au vol, à toutes les transgressions enfin par où nous enfreignons la volonté de Dieu. Or le vieil homme est crucifié en nous de deux manières: Il l'est d'abord par nous-mêmes, lorsque nous combattons et repoussons nos mauvais penchants, domptant l'impureté par le jeûne, les veilles, l'oraison, le travail; comprimant la colère et la haine par nos aumônes, par notre bienfaisance, par de bons offices rendus à nos ennemis; bref, brisant notre volonté en toutes choses. Cet exercice utile à chacun est surtout salutaire aux individus qui ne sont pas sous le commandement d'un maître, ou sous les ordres de quelques supérieurs. L'indépendance ne nous vaut rien. Tout homme qui en jouit a besoin d'exercer sur son âme une vigilance doublement active. Après avoir examiné où le portent ses penchants, il doit s'interdire ce qu'il désire le plus, et faire ce dont il a le moins envie, afin d'agir sans cesse au rebours de sa volonté, dévouée au mal lors même qu'elle semble vertueuse, et qu'on ne peut rendre bonne, qu'à condition de lui forcer la main et de la contraindre aux choses auxquelles elle répugne naturellement. Car, comme je l'ai remarqué, si nous étions capables de vouloir le bien par nous-mêmes, nous n'aurions que faire de la troisième demande. Que chaque homme donc place sa volonté naturelle sous le contrôle d'une seconde volonté, ayant mission de briser la première, de la contrarier, de la harceler sans relâche. Qu'il tremble lorsqu'au lieu de deux hommes acharnés à se faire la guerre, il ne découvre en lui qu'une personne unique plongée dans un profond repos. Et enfin, qu'en dépit des inclinations contraires de son cœur, il exécute avec une obéissance aveugle les ordres de la volonté supérieure. Quiconque a une volonté à soi et s'y soumet, doit être assuré qu'il ne fait pas la volonté de Dieu. Mais l'homme se résout difficilement à admettre cette vérité, parce que sa volonté lui est plus chère que tout le reste, et qu'aucun sacrifice ne lui paraît plus dur que celui de son libre arbitre.


Aussi voyons-nous des gens capables d'œuvres merveilleusement saintes, qui pourtant, en toutes choses, ne suivent que leurs propres penchants, ne consultent que leurs propres goûts. Cela ne les empêche pas de se croire en état de grâce et exempts de péché, car ils se persuadent que leur volonté est droite, juste et parfaite. Ce n'est pas pour eux que la troisième demande a été insérée dans l'Oraison dominicale. Aussi, de crainte de Dieu, nulle trace dans leur cœur. En second lieu, le vieil homme est crucifié en nous par d'autres hommes, lesquels nous sont contraires, nous harcèlent, nous inquiètent, s'opposent à notre volonté en toutes choses, nous contrariant non seulement dans la recherche des biens temporels, mais même dans les bonnes œuvres auxquelles nous nous appliquons, méprisant nos prières, se moquant de nos jeûnes, insultant à notre piété; bref, ne nous accordant ni trêve, ni repos. Personnes précieuses, dont nous devrions acheter au besoin les services à prix d'or. Car c'est par elles que Dieu nous exauce, brisant notre volonté pour que la sienne se fasse.
C'est pour cela aussi que le Seigneur nous commande de nous mettre d'accord avec notre partie adverse, tandis que nous sommes en chemin avec elle (Matth. V, 25), c'est-à-dire de renoncer à notre volonté et de donner droit à notre adversaire; car, en agissant ainsi, nous brisons notre volonté. Or c'est précisément par là que se fait la volonté de Dieu, puisque son bon plaisir est que nos inclinations soient contrariées et que tout propre vouloir soit anéanti. Si donc quelqu'un vous méprise et se joue de vous, ne lui résistez pas; au contraire soyez contents de ce qui vous arrive, et persuadez-vous que cela est bien ainsi, comme effectivement cela est bien aux yeux de Dieu.
Si votre prochain vous enlève ce qui est à vous, ou cherche à vous causer quelque dommage, laissez faire et ne doutez pas que cela ne doive être ainsi, attendu que si cela ne devait pas être, Dieu bien certainement aurait su l'empêcher. L'autre commet une injustice, je le veux bien, mais ce que vous souffrez n'est pas une injustice. Car toutes choses sont à Dieu, et ce qu'il vous a donné il peut vous le reprendre, soit par la main des bons, soit par celle des méchants, ceci importe peu. Ne résistez donc pas, mais dites : Ta volonté soit faite !" Et de même en toutes choses, tant spirituelles que temporelles. Si quelqu'un veut t'ôter ta robe, dit Jésus, laisse lui encore le manteau (Matth. v, 40). Mais j'entends votre objection : Si c'est ainsi qu'il faut que la volonté de Dieu s'accomplisse, qui donc sera sauvé? Quel est l'homme capable d'observer un tel commandement, de laisser toutes choses et de n'avoir plus aucune volonté? A cela je réponds : Que cela nous apprenne combien est grande et nécessaire cette prière et avec quelle ferveur il faut qu'on la récite ! Non certes, ce n'est pas une petite chose que nous demandons, lorsque nous désirons que notre volonté soit anéantie et que celle de Dieu seule soit faite. Nous confessons par là que nous sommes pécheurs, nous nous disons incapables de faire cette volonté de Dieu, et implorons grâce et secours afin que nos manquements passés nous soient pardonnés et que dorénavant nous ne retombions pas dans les mêmes fautes. A cette fin il faut que notre volonté soit anéantie, car elle ne peut subsister en même temps que celle de Dieu, ces deux volontés étant de leur nature opposées l'une à l'autre. C'est ce que vous pouvez voir par la prière que fit notre Seigneur Jésus-Christ dans le jardin de Gethsémané lorsqu'il demanda à son Père céleste de transporter loin de lui la coupe : Toutefois, ajouta-t-il, que ma volonté ne soit point faite, mais la tienne (Luc XXII, 42). S'il a fallu que la volonté de Christ même, laquelle certainement était bonne et a toujours été parfaite, se rangeât pour que la volonté de Dieu se fit : sera-ce donc à nous, pauvres vermisseaux, de faire grand bruit de notre volonté, laquelle pourtant, n'est jamais entièrement nette de toute malice, et mérite toujours d'être empêchée? Pour bien comprendre cela, il faut que vous sachiez que votre volonté peut être mauvaise et opposée à celle de Dieu en deux manières différentes.
En combien de manières notre volonté est opposée à celle de Dieu.
Elle l'est d'abord ouvertement, sans aucun masque ni voile, lorsqu'elle nous pousse à faire ce qui, de l'aveu de tout le monde, est mal; comme par exemple, nous mettre en colère, mentir, tromper, nuire au prochain, nous livrer aux passions de la chair. Il n'y a pas d'hommes en qui il ne s'élève parfois de ces mouvements désordonnés, surtout quand il est excité par quelque tentation extérieure. Mais il doit les combattre en priant que la volonté de Dieu soit faite, la volonté de Dieu étant que nous soyons amis de la paix, de la vérité, de la pureté et de la douceur. En second lieu, notre volonté est mauvaise d'une manière cachée, lorsqu'elle est revêtue des apparences d'un zèle louable. C'est ainsi que les fils de Zébédée, voyant que les Samaritains ne voulaient point recevoir Jésus, s'écrièrent : Seigneur, veux-tu que nous disions que le feu du ciel descende du ciel et les consume? A quoi le Seigneur répondit : Vous ne savez de quel esprit vous êtes animés. Car le Fils de l'homme n'est pas venu pour faire périr les âmes des hommes, mais pour les sauver (Luc IX, 52, 56). Tels sont aussi les gens qui, sous enseigne de venger les injustices et de corriger les sottises dont on s'est rendu coupable envers eux-mêmes ou envers d'autres, prétendent faire à leur tête, veulent tout emporter à haute lutte, et puis, s'ils ne réussissent pas, jettent de grands cris et se plaignent : « Voici, mon projet était excellent, on n'avait qu'à suivre mes conseils, mais le diable traverse tous mes projets. » Bizarres personnages, qui se croient en droit de s'emporter et de se livrer à toutes sortes d'extravagances chaque fois que leurs idées ne prévalent pas. Ils iront tapager, gronder, exciter autour d'eux le trouble et le désordre pour la seule raison qu'on a résisté à leurs bonnes intentions. Mais s'ils examinaient ces bonnes intentions au grand jour, ils découvriraient qu'elles ne le sont qu'en apparence, et qu'en réalité ils ne cherchent que leur propre avantage, ou tout au moins une satisfaction d'amour-propre et le plaisir d'avoir fait triompher leur volonté. Car si leurs intentions étaient véritablement et foncièrement bonnes, d'où leur viendrait l'humeur colérique et turbulente qu'ils déploient du moment qu'on les contrarie ? L'homme qui ne peut souffrir qu'on s'oppose à ses vues, prouve par là même que sa volonté est mauvaise; c'est ici la marque certaine à laquelle vous pouvez reconnaître qu'il n'y a que fausseté, trompeuses apparences et malice sous l'enveloppe de sa prétendue bonne volonté. En effet, voici le langage que tient une volonté vraiment bonne, lorsqu'on traverse ses desseins : "Mon Dieu, je croyais qu'il serait utile que la chose fût ainsi. Toutefois, que ta volonté soit faite !" Car où éclatent l'impatience et le trouble, il doit y avoir nécessairement quelque vice caché, n'importe les honnêtes dehors dont on a su se revêtir. A côté de ces deux volontés mauvaises, il y a encore une volonté (sincèrement) droite et honnête, laquelle non plus ne doit pas être faite. Telle était la volonté de David lorsqu'il projeta de bâtir un temple à l’Éternel, et que Dieu, tout en approuvant ses intentions, ne voulut point lui permettre de les accomplir (2 Sam. VII). Telle était encore la volonté de Jésus-Christ, lorsque, dans le jardin de Gethsémané, il désirait que la coupe fût transportée loin de lui, sans que toutefois son désir fût satisfait. Vous, de même, quand vous souhaiteriez de convertir le monde entier, de ressusciter des morts, d'amener au ciel tous les hommes avec vous et d'opérer toutes sortes de miracles, avant de vouloir ces choses, il faudrait consulter la volonté de Dieu, préférer la sienne à la vôtre, soumettre la vôtre à la sienne, et vous écrier : « Mon Dieu, telle ou telle chose me semble bonne, puisse-t-elle se faire, si c'est ton bon plaisir; si non qu'il n'en soit rien ! » Vous verrez souvent Dieu briser dans ses saints cette volonté quoique bonne en elle-même. Il veut empêcher par là que sous le couvert de louables intentions ne vienne se glisser cette bonne volonté fausse, maligne et trompeuse dont j'ai parlé plus haut. Il veut aussi nous apprendre que notre volonté, toute bonne qu'elle soit, est beaucoup inférieure à la sienne, et qu'il est juste par conséquent que la première se range à la seconde, que nos désirs s'anéantissent devant ses vues infiniment plus excellentes et seules parfaitement saintes. Enfin, Dieu contrarie notre bonne volonté pour la rendre meilleure, en la contraignant de s'assujettir et conformer à la sienne, jusqu'à ce que nous soyons entièrement libres, dépouillés de toute propre volonté, et résignés parfaitement à tout ce que Dieu jugera à propos de faire, d'ordonner et de nous dispenser.
Cette abnégation complète de toute propre volonté est ce qui constitue la vraie obéissance à Dieu. Toutefois on ne la connaît guère parmi les hommes de notre époque. Écoutez les insipides rhéteurs qui de leur bavardage étourdissent la chrétienté et séduisent par leurs doctrines le pauvre peuple : 
« Ayez de bons principes, proposez-vous fermement le bien, formez de vertueuses résolutions et tout ira à merveille, vous n'aurez point à craindre de faillir
». Voilà les maximes qu'avec emphase ils débitent du haut de leurs chaires. Ils ne voient pas que de pareils discours ne peuvent qu'engendrer dans les auditeurs une fausse sécurité, les rendre altiers, opiniâtres, entichés de leur propre volonté, guerroyant sans cesse contre Dieu; car ils les induisent à penser que leurs intentions sont naturellement bonnes, qu'ils n'ont qu'à en suivre la pente, qu'il leur est permis d'en forcer l'accomplissement, et que toute résistance qu'elles trouvent vient du diable et non pas de Dieu. De là les loups en habits de brebis, de là ces saints tout pétris d'arrogance, hommes des plus dangereux sur terre. De là aussi tant de querelles, tant de disputes, tant de guerres entre évêque et évêque, entre église et église, entre prêtre et prêtre. Tous parlent de la droiture de leur volonté, de la pureté de leurs intentions, de leurs divines inspirations, et c'est en prétextant la gloire de Dieu qu'ils font les œuvres du diable. C'est un langage tout autre qu'il faut tenir aux hommes. Il faut les exhorter à mettre leur volonté, sous le joug de la crainte de Dieu, à se défier de leurs intentions, à renoncer à cette maudite présomption qui fait qu'ils se persuadent de pouvoir par eux-mêmes former de bonnes résolutions. Nul homme n'est capable de tirer du fond de son cœur des pensées pures, des désirs pieux, de saints projets. Notre volonté n'est bonne qu'autant que nous ne nous permettons pas d'avoir même une bonne volonté; car, comme je l'ai dit plus haut, où il n'y a pas de volonté, là seulement celle de Dieu peut s'accomplir parfaitement. Mais c'est ce que ne comprennent pas ces grands déclamateurs, et par leurs discours tout bouffis d'orgueil ils nous amènent à dire des lèvres : Ta volonté soit faite, tandis que dans nos cœurs nous disons : Ma volonté soit faite, nous riant ainsi de Dieu , et de nous-mêmes. Mais, me répliquera-t-on, Dieu ne nous a-t-il pas donné une volonté libre? Je réponds : Oui sans doute, Dieu t'a donné une volonté libre. Pourquoi donc la veux-tu condamner à l'esclavage, en en faisant ta propre volonté? Si tu t'en sers pour faire ce qui te plaît, elle n'est plus libre, elle est asservie, elle est à toi. Or Dieu n'a donné de volonté propre ni à toi, ni à nul autre. La propre volonté vient du diable et d'Adam, qui se sont emparés pour leur propre compte de la volonté qu'ils avaient reçue libre des mains de Dieu. Car qu'est-ce qu'une volonté libre? C'est celle qui ne reçoit que les ordres de Dieu et non les nôtres; et qui de cette manière maintient la liberté, ne s'attachant et ne se livrant à aucune créature.

Conclusion

Vous voyez donc que dans cette prière Dieu nous ordonne d'invoquer son secours contre nous-mêmes, nous enseignant par là que nous n'avons pas de plus ennemi que nous. Car notre volonté est ce qui forme l'essence de notre être; et c'est contre cette volonté que nous sommes forcés de prier : « O mon Père, ne permets pas que ma volonté s'accomplisse. Brise ma volonté. Résiste à ma volonté. Advienne ce qui voudra, pourvu que rien ne se fasse selon ma volonté, mais que tout se fasse uniquement selon la tienne, afin qu'il en soit sur la terre comme au ciel, où il n'y a pas de propre volonté ! » Cette prière, et plus encore l'exaucement de cette prière, est extrêmement douloureux à la nature humaine, attendu que la propre volonté est ce que nous avons de plus cher et de plus profondément enraciné dans notre âme.
C'est une prière par laquelle nous ne demandons autre chose que croix, tortures, contrariétés et toute espèce de souffrances propres à détruire notre volonté. Les hommes volontaires ne la comprennent pas, sans quoi ils la prendraient en haine, ou ils auraient peur de la prononcer.

Examinons maintenant quelle est la connexion des trois premières demandes? Dans la première, nous désirons que le nom de Dieu soit honoré et que sa louange soit en nous. Ceci ne peut avoir lieu qu'autant que nous nous appliquons à la piété et que nous rentrons dans le royaume de Dieu. Car les morts, ni les pécheurs ne peuvent célébrer l’Éternel, selon qu'il est écrit au psaume sixième : Il n'est point fait mention de toi en la mort; et qui est-ce qui te célébrera dans le sépulcre ? C'est pour cette raison que nous ajoutons : Ton règne vienne. Mais pour être admis dans le royaume de Dieu, il faut être affranchi du péché, et pour être affranchi du péché, il faut que la propre volonté de l'homme soit extirpée et qu'elle fasse place à la volonté de Dieu. Tel est l'objet de la troisième demande. Car la volonté étant le chef et le roi de tous les membres, il suffit qu'elle soit émancipée de l'empire du mal et de nous-mêmes, pour que ses sujets le soient pareillement. C'est pourquoi cette prière attaque notre malice, non par la main ou par le pied, mais par la tête, s'en prenant à la volonté qui est la tête de notre malice et le vrai coupable.

A suivre...

lundi 20 janvier 2020

De la peine capitale

En France, la peine de mort a été abolie pour les criminels. Récemment, le pape de Rome a aussi modifié le catéchisme de sa dénomination : non pas pour y renier le purgatoire ou d'autres choses contraires à la doctrine orthodoxe de la justification par la foi (que Rome a prétendument accepté en 1999), mais pour proscrire à son tour... la peine de mort.
Mon but ici n'est pas de militer pour le rétablissement de cette peine, ni de proposer un argumentaire en ce sens, mais de partager quelques considérations sur le fondement sur lequel on a rejeté cette sanction - et qui est, je le pense, un très mauvais fondement.

Je mets de côté les arguments "pratiques" (risque d'erreur judiciaire irréparable, risque d'application arbitraire, etc.) parce que ces arguments sont manifestement des arguments auxiliaires et qu'ils n'appellent de réponse que dans le cadre d'un débat auquel j'ai renoncé ici. Reste que l'abolition de la peine de mort semble reposer fondamentalement sur l'idée qu'il n'existe aucun crime assez grand, ni assez grave, pour justifier une peine irrévocable. Il existerait ainsi un "droit à la vie" qu'une ONG comme Amnesty International rappelle d'emblée, dans son argumentaire. Un droit à la vie pour chacun : non pas certes pour un petit enfant innocent dans le ventre de sa mère (quoi qu'en disent la Déclaration des Droits de l'enfant de 1959, principe 4, ou la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, de 1989, article 6) mais pour le criminel, oui.

On peut se demander si cette opinion humaniste n'est pas plus ou moins consciemment dirigée contre le Ciel et son assertion que : le salaire du péché, c'est la mort (Romains 6. 23) et que tous ceux qui pratiquent de telles choses sont dignes de mort (1. 32). Cette réprobation absolue de l'exécution des coupables  mène en effet à un relativisme aveugle entre  l'action de la personne privée et celle de la force publique (toujours selon Amnesty International : Un Etat ne peut à la fois interdire le fait de tuer tout en le pratiquant lui-même *); il ne serait donc pas étonnant qu'en définitive, le même relativisme concerne Dieu lui-même, dont le prince n'est jamais que le ministre (cf. Romains 13), coupable de transgresser les droits du coupable...

Sans être assoiffé de sang, et sans nécessairement chercher à revenir sur l'abolition, on peut déplorer que celle-ci se fonde sur l'idée (fausse) selon laquelle la peine de mort serait, par définition, une injustice des juges et une faute des bourreaux contre le condamné - qui serait alors presque en droit de sermonner ceux qui le condamnent (!)
C'est une chose en effet de surmonter la condamnation, dure mais légitime, par la miséricorde - et, dans le cas présent, de tempérer la rigueur de la condamnation par la miséricorde, en commuant la peine (en l’occurrence, à une perpétuité réelle). 
C'en est une tout autre de nier la légitimité de la condamnation et de prétendre que la miséricorde est la justice.
Dans le premier cas, on dit la gravité du crime et le châtiment terriblement juste qu'il appelle. On fait, aussi, sentir la puissante saveur et l'extrême valeur de la miséricorde.
Dans le second cas, on prêche l'impunité et l'on accorde tant de valeur à la dignité du sang humain qu'un tueur d'enfant peut finir par réclamer la liberté qui lui est (soi-disant) due, pour s'en aller dealer de la drogue, entre la parution de ses mémoires (histoire malheureusement vraie).


Bucerian


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* Peut-il alors nous interdire de séquestrer un voisin dans notre cave, tout en enfermant des gens en prison?...


mercredi 15 janvier 2020

Index mondial de la persécution des chrétiens 2020

L’index Mondial de persécution des chrétiens 2020 fait ce constat alarmant: plus de 260 millions de chrétiens sont fortement persécutés dans le monde aujourd’hui, soit un chrétien sur 8! La violence contre les croyants et leurs églises a augmenté de manière spectaculaire avec 9 500 attaques contre des lieux de culte et des institutions religieuses (contre 1 850 l'année précédente). 

Les dix pays dans lesquels il est le plus difficile d'être chrétien aujourd'hui:
 

1. Corée du Nord

2. Afghanistan

3. Somalie

4. Libye

5. Pakistan

6. Érythrée

7. Soudan

8. Yémen

9. Iran 

10. Inde




Bucerian

vendredi 10 janvier 2020

Explication de l'oraison dominicale (4)


SECONDE DEMANDE.
Ton règne vienne. 
Cette seconde demande, de même que toutes les autres, nous humilie à la fois et nous relève. Elle nous humilie en nous forçant de confesser notre misère, de faire nous-mêmes l'aveu de notre indigence. Elle nous relève en nous montrant ce qu'il faut que nous fassions pour en sortir. C'est là le propre de toutes les paroles de Dieu. Elles consolent en même temps qu'elles effraient, elles frappent et guérissent, brisent et édifient, arrachent et replantent, humilient et relèvent.
J'ai dit que cette demande nous humilie. Elle nous oblige de confesser hautement que le règne de Dieu n'est point encore venu à nous. Quel sujet de poignante douleur et de profonde angoisse pour tout cœur pieux qui y réfléchit sérieusement! Si le règne de Dieu n'est point venu à nous, nous sommes dans une terre d'exil, loin de notre chère patrie, au milieu de cruels ennemis, et le trône de Dieu est renversé parmi nous. En effet, lorsque nous disons : Ton règne vienne ! nous proclamons deux vérités également foudroyantes. Nous déclarons, en premier lieu, que Dieu le Père est destitué en nous du pouvoir qui lui appartient; que, par le fait de notre rébellion, ses titres lui sont contestés, ses droits mis en question, sa souveraine majesté livrée aux doutes de l'incrédule et aux moqueries de l'impie, et que, pour tout dire en un mot, nous avons donné lieu de croire que le Dieu que nous adorons est un roi sans royaume, un monarque sans sujets, un prince sans gouvernement. Outrage odieux, qui doit navrer le cœur de tous ceux qui aiment Dieu et qui s'intéressent à sa gloire ! Forfait inouï, qui doit faire trembler toutes les consciences! Et c'est nous qui sommes les coupables; et c'est par nous que le bras de l'Eternel est enchaîné, que son règne est paralysé; c'est nous qui portons la bannière de la révolte; c'est nous qui avons appelé sur nos têtes les rigoureux châtiments que la justice suprême réserve aux traîtres et aux félons ! Nous reconnaissons, en second lieu, que nous vivons misérables dans une terre d'exil, au milieu de nos plus grands ennemis. Combien ne plaindrait-on pas le sort d'un fils de roi, ou la destinée des habitants de tout un pays, emmenés captifs loin de leur patrie, abreuvés de douleur et de honte, et finalement livrés à un infâme supplice? Qu'on plaigne donc, à plus forte raison, notre destinée à nous, pauvres habitants de cette terre de larmes, harcelés sans cesse par les mauvais esprits, continuellement exposés, quant au corps et à l'âme, à d'innombrables dangers, et, par dessus tout cela, en proie aux angoisses d'une mort éternelle! Certes, si nous y pensions bien, mille morts nous devraient paraître moins affreuses qu'une si triste et lamentable vie. Ainsi cette prière nous humilie; mais après nous avoir humiliés, elle nous relève. Elle nous console après nous avoir révélé notre misère; notre doux Maître et Seigneur Jésus-Christ nous y engage à ne pas désespérer, mais à crier vers Dieu pour qu'il nous aide et nous délivre. Car, à ceux qui confessent leur rébellion et qui soupirent ardemment après la venue du règne de Dieu, Dieu pardonne, en faveur de leur deuil et de leurs prières, les offenses qu'autrement il n'eût pas laissé impunies. Mais quant à ces esprits forts qui ne s'inquiètent pas de savoir pourquoi le règne de Dieu tarde à venir, et ne prient pas diligemment pour qu'il vienne, Dieu les confondra avec les usurpateurs de son trône, avec les ravisseurs de sa couronne, pour leur appliquer la loi dans toute sa rigueur. Le Seigneur ayant prescrit cette même prière à tous les hommes, a par là fait entendre clairement que chacun, sans exception, pèche en quelque manière contre le royaume de Dieu. Pour bien comprendre ce que nous disons, il faut qu'on sache qu'il y a deux royaumes, le royaume du diable et le royaume de Dieu.
 

Royaume du diable
Il y a d'abord le royaume du diable, le royaume de celui que le Seigneur, dans l'Évangile, appelle le prince ou le roi de ce monde (Jean XVI, 11), le règne du péché et de la désobéissance. C'est un pays de misère et de servitude, une terre qui consume ses habitants, une Égypte spirituelle. La condition de ceux qui y demeurent est préfigurée par la Bible dans le tableau qu'elle trace des souffrances qu'eurent à endurer les enfants d'Israël sous le sceptre des Pharaons. Car de même que les enfants d'Israël étaient accablés des travaux les plus rudes, sans autre perspective de salaire que celle d'accomplir par leur propre ruine les homicides desseins de leurs oppresseurs (Exode 1, 10), de même, quiconque, par le péché, est devenu sujet du diable, après l'avoir servi au détriment de son corps et de son âme, n'en obtient pour merci que la mort éternelle.

Tous, nous sommes dans ce royaume jusqu'à ce que vienne le règne de Dieu. Mais nous n'y sommes pas tous dans la même condition. Il y a à cet égard une extrême différence entre les justes et les injustes. En effet, les justes y sont dans un état de lutte. Ils se défendent contre les assauts du péché, ils font la guerre aux convoitises de la chair; ils tiennent ferme contre les attraits du monde, ils résistent aux suggestions du diable. C'est un mal sans doute que de mauvais désirs surgissent en nous. Mais quelque avancés que nous soyons dans le bien, c'est un mal que nous ne pouvons empêcher. Ils sont là toujours prêts à nous disputer l'empire, avides de régner seuls et despotiquement sur notre âme. Il y a guerre entre le royaume de Dieu et le royaume du diable, guerre incessante, guerre acharnée, guerre à mort. Mais les hommes pieux, ceux qui, dans cette guerre, se rangent sous la bannière de Dieu, seront préservés et sauvés. Ce sont eux qui disent et répètent : Ton règne vienne ; et leur cœur prononce cette prière, leurs discours en attestent la sincérité, et toutes leurs œuvres en forment le commentaire. C'est à cette lutte que nous excite saint Paul, quand il s'écrie : Que le péché ne règne point en votre corps mortel, pour lui obéir en ses convoitises !(Rom. VI, 12.)
Les mauvaises convoitises, veut-il dire, viendront souvent vous assaillir et vous pousser à la colère, à l'avarice, à la débauche. Ce sont les émissaires de Satan, portant la livrée du péché et cherchant à vous attirer dans le royaume du péché. Ne les écoutez pas. Résistez-leur. Efforcez-vous de vaincre et de dompter ces enfants perdus du diable et ces traînards de sa vieille armée. Combattez-les impitoyablement, exécutant à leur égard les ordres que l’Éternel avait donnés aux enfants d'Israël à l'égard des Jébusiens et des Amorrhéens. Ainsi s'établira en vous le règne de Dieu, la véritable terre promise. Quant aux méchants, ils se plaisent au mal et ne se défendent pas contre lui; de leur plein et entier assentiment, ils demeurent dans le royaume du diable. Ils se livrent de gaîté de cœur aux convoitises de la chair, du monde et du prince de ce monde et ils ont en haine tout ce qui menace de briser le sceptre sous lequel ils ploient. Toutes les portes de leurs forteresses sont ouvertes à Satan, et s'ils prennent les armes, c'est pour combattre Dieu. Voulez-vous connaître ces gens? Ce sont ceux qui ne vivent que pour s'amasser de grands biens, qui se construisent de magnifiques maisons, qui s'entourent des délices du monde, qui se noient dans des plaisirs insensés, qui semblent compter sur l'éternité dans le soin qu'ils prennent de leur bien-être, et qui ne songent pas que nous n'avons point ici de cité permanente (Hébreux XII, 14). Leur bouche murmure : Ton règne vienne ! et leur cœur désire : Que ton règne périsse.
Royaume de Dieu.
L'autre royaume est le royaume de Dieu, le royaume de justice et de vérité, à l'égard duquel Jésus-Christ nous dit : Cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice (Matth. VI, 55). Or, qu'est-ce que la justice de Dieu, ou la justice de son royaume? C'est l'état dans lequel nous sommes, lorsque, affranchis du pouvoir du péché, tous nos membres, toutes nos forces, toutes nos facultés sont assujetties à Dieu et consacrées à son service, de telle manière que nous puissions nous écrier avec saint Paul : Je vis non pas maintenant moi, mais Christ vit en moi (Gal. II, 20). Car, dit le même apôtre, vous n'êtes point à vous-mêmes; vous avez été achetés par prix; glorifiez donc Dieu en votre corps et en votre esprit (1 Cor. VI, 19, 20). En d'autres termes : Christ nous a rachetés par lui-même; c'est donc à lui que vous devez appartenir; c'est lui qui doit posséder votre cœur, y vivre et y régner. Mais pour que Christ règne en nous, il faut que l'empire du péché soit détruit, et que la grâce divine s'empare de tout notre être. D'où il suit que le royaume de Dieu implique l'absence de toute colère, de toute haine, de toute amertume, de toute impureté, en général de tout vice ; et qu'il porte avec lui la paix, la modestie, la subordination, l'humilité, la chasteté, la charité, en un mot, toutes les vertus qui nous rendent agréables à Dieu.
Conclusion. 



Si quelqu'un donc désire savoir à quel royaume il appartient, qu'il examine où le portent les penchants de son cœur. Mais tous les membres du royaume de Dieu trouvent néanmoins en eux des traces et des indices du règne du démon. Aussi doivent-ils tous dire : Ton règne vienne ! Car le règne de Dieu qui commence et se développe ici-bas, ne s'accomplira que dans la vie future. Qu'est-ce donc que nous demandons quand nous disons : Ton règne vienne ? Le voici : Notre bon Père, ne nous laisse pas longtemps vivre ici-bas, afin que ton règne s'accomplisse en nous, et que nous soyons complètement délivrés de l'empire du démon. Ou, si tu juges à propos de nous faire demeurer plus longtemps en cette terre, accorde-nous ta grâce, que ton règne commence et augmente continuellement en nous, et que nous diminuions et détruisions celui du diable.
Deux erreurs à éviter.
Il est nécessaire de signaler, à l'occasion de cette prière, deux écueils qu'on ne peut éviter trop soigneusement.
1° Il y a une quantité de gens qui, pour entrer dans le royaume de Dieu, s'agitent, se trémoussent, s'échauffent à courir çà et là, et qui, malgré tous leurs efforts, demeurent éternellement éloignés du port vers lequel ils soupirent. Quelle est la cause de leur mécompte? C'est qu'ils veulent arriver au ciel par une voie autre que celle qui est tracée par l’Évangile. C'est intérieurement, dans le cœur, que vient le règne de Dieu, et ce que Dieu veut, c'est que nous nous donnions nous-mêmes tout entiers à lui. Mais eux n'entendent pas la chose ainsi, c'est par leurs œuvres extérieures qu'ils comptent gagner le paradis. Ils sont pieux au dehors, tandis que au dedans ils sont encore pleins de méchanceté, de colère, d'orgueil, de haine, d'impatience et d'impureté. A eux s'applique la réponse qu'un jour le Seigneur fit aux pharisiens : Le règne de Dieu ne vient point avec apparence. Voici, le règne de Dieu est au dedans de vous (Luc XVII, 20-21). On ne dira point, dit-il ailleurs, voici, il est ici; ou voilà, il est là. Et si quelqu'un vous dit : Voici, il est ici, ou il est là; ne le croyez point; car ce sont de faux prophètes (Luc XVII, 21 ; Matth. XXIV, 25-24); ce qui veut dire, en d'autres termes : Si vous aspirez au royaume de Dieu, n'allez pas le chercher au loin. Il n'est ni par delà les mers, ni hors des limites de votre pays. Il se trouve tout près de vous; et, plus que cela, dès que vous le voudrez, il sera en vous. Car c'est au sein de notre propre âme qu'il faut que naissent, croissent et se développent l'obéissance, l'humilité, la douceur, la chasteté, toutes les vertus enfin qui constituent l'essence du royaume de Dieu. Vous trotteriez par monts et par vaux, vous parcourriez toute la terre habitable, votre navire fendrait les flots de toutes les mers, que vous n'en seriez pas plus avancés. Aussi nous prions : Ton règne vienne à nous ! et non : Que nous venions dans ton royaume! comme s'il s'agissait pour cela de nos propres efforts. Pauvres pécheurs que nous sommes, nous n'y pouvons atteindre. Il faut que ce royaume vienne nous chercher avec toutes ses grâces, avec toutes ses vertus. Comme aussi ce n'est pas nous qui sommes montés vers Christ, c'est Christ, dans son amour, qui est descendu vers nous.
2° D'autres, en très grand nombre, lorsqu'ils demandent que le règne de Dieu vienne, ne songent qu'à la béatitude du ciel, au bonheur des élus; leur sens charnel les égare, et c'est la crainte de l'enfer qui les excite à désirer le règne de Dieu. Ce qu'ils cherchent dans le ciel, ce n'est qu'eux-mêmes, leur propre gloire et leur propre avantage. Ils ne savent pas que le règne de Dieu, c'est ce qui nous rend bons, chastes, purs, doux, humbles, miséricordieux, ce qui nous fait abonder en vertus et en grâces, ce qui nous transforme à tel point qu'il n'y ait plus en nous que ce que Dieu y a mis, et que lui seul demeure en nous, vive en nous, règne en nous. Tel doit être le premier et l'unique objet de nos vœux. Car la béatitude est là où Dieu gouverne, et où ses lois sont en vigueur. Prions que Dieu se rende le maître de notre âme, et toutes les joies que nous pouvons désirer nous seront données par dessus; le bonheur entrera de lui-même dans notre cœur, en même temps que le règne de Dieu. Mais l'œil cupide ne verra pas la gloire du ciel, et celui qui ne soupire après le royaume des cieux que pour les avantages qu'il en espère, sera frustré dans son attente. C'est là le cas des personnes dont je parle. Intervertissant l'ordre du salut, elles veulent commencer par la fin, pour finir ensuite par le commencement ; cueillir les fruits, puis planter l'arbre; occuper la maison, puis en poser les fondements; boire à la fontaine vivifiante, avant que d'y avoir amené les eaux de la source. C'est-à-dire qu'elles n'estiment point le règne de Dieu pour lui-même, mais seulement pour les délices qu'elles y comptent goûter. Elles veulent être heureuses, et non point saintes. Vaine est leur espérance. Elles n'auront ni le royaume des cieux, ni la béatitude qu'il confère; ni l'arbre, ni les fruits; ni la source, ni les eaux jaillissant dans la vie éternelle.


A suivre...