vendredi 25 juin 2021

491 ans de la Confession d'Augsbourg



On a pris l'habitude de célébrer la "Réforme" le dernier dimanche du mois d'octobre, en souvenir de l'affichage, par Martin Luther, de ses 95 thèses. Ce faisant, on célèbre un acte individuel et relativement contestataire, plus idoine à glorifier le zèle de la foi (subjective) que son contenu objectif.

Le jour anniversaire de la Confession d'Augsbourg (25 juin 1530) nous donne donc l'occasion d'appréhender la démarche évangélique sous un angle non moins héroïque (il a fallu une grande foi et beaucoup de courage, à nos pères, pour présenter ce témoignage à un empire hostile !) mais autrement plus sourcilleux sur le contenu de la foi (1), son apostolicité et perpétuité (2) et sa finalité : le salut des croyants pour la gloire de Dieu (3).


1. Le contenu de la foi
(Lecture : 1Corinthiens 15 : 1-11).

La saine doctrine est une notion aujourd'hui très dépréciée. Un peu partout, on la remplace par les bons sentiments, avec pour conséquence un relativisme délétère.
Le monde nous dit qu'il est possible de faire son Salut dans toutes les religions - en définitive, par l'accomplissement des lois morales. Le pape de Rome valide aujourd'hui de facto ce discours (depuis Jean Paul II embrassant le coran, livre antichrétien s'il en est, jusqu'à François, déclarant publiquement qu'il est possible de rencontrer Dieu dans toutes les religions).
Dans le monde protestant, ou prétendu tel, les dénominations libérales parlent de Jésus, de la Bible, de la Résurrection, etc; mais laissent chacun en donner des définitions tellement "libres" que ces noms et notions ne veulent strictement plus rien dire.
Les cercles piétistes sont en général globalement orthodoxes; mais leur survalorisation de la ferveur les rend perméables au venin des tendances précédentes de sorte qu'il n'est pas rare d'y rencontrer des croyances pour le moins douteuses.

Or notre foi n'est pas un simple "élan spirituel" reposant sur le néant. Ni la ferveur (Matthieu 7 : 21), ni la spiritualité (Jean 16 : 2), ni une bonne moralité (Romains 10 : 1-10) ne peuvent sauver le pécheur, mais seulement le Christ des Écritures, qui ne partage pas nos cœurs avec les fausses représentations que les hérésies donnent de lui (Galates 1 : 8-9). C'est ce qu'indique la démarche de la Confession d'Augsbourg, par exemple, lorsqu'après avoir rappelé la doctrine Trinitaire, elle ajoute cette conséquence que "C'est pourquoi nos Églises condamnent toutes les hérésies qui sont élevées contre cet article" (article 1).
De même, dans la conclusion : "Il est manifeste qu'en y mettant la plus grande application, nous avons pris garde qu'aucune opinion nouvelle et impie ne s'insinue dans nos Églises".
"Condamnent... opinions impies"...
nous sommes loin, ici, de la mentalité libérale.

A ce titre, contrairement à une idée souvent répandue (et entretenue par les égarés d'aujourd'hui, comme les "attestants") le protestantisme ne nie pas la notion d'hérésie et ne cherche pas à abolir l'intolérance théologique au profit d'un "libre examen" relativiste. Pour la doctrine chrétienne, l'hérésie existe et doit être rejetée sans complaisance. Et c'est précisément ce que nous entendons faire en protestant (témoignant solennellement pour) le Saint Évangile.

Pour conclure ce premier point, donc : Nous devons croire dans le Christ des Écritures. Un autre Jésus ne sauve personne et, par conséquent, la "foi" en un tel "Jésus" ne sauve pas non plus.


2. Apostolicité et continuité de la foi
(Lecture : Jude 3).

Professer la vraie foi chrétienne est nécessaire à notre Salut. Mais la vraie foi dont nous parlons est la foi apostolique (Éphésiens 2 : 20) et perpétuelle (cf. Matthieu 28 : 20).
Il est important de souligner ce point, car bon nombre de prévaricateurs, singeant Luther, ont cru devoir "redécouvrir" et "rétablir" (exhumer ?) un christianisme qu'ils croyaient mort et disparu jusqu'à leur époque - ainsi : Joseph Smith, Charles Taze Russel ou d'autres.
Contre cette démarche (qui condamne ceux qui l'adoptent à tâtonner dans d'épaisses ténèbres) la Confession d'Augsbourg commence par rappeler son attachement à la foi traditionnelle :

"Nos Églises enseignent à l'unanimité que le décret du concile de Nicée (...) est vrai, et qu'il doit être cru sans le moindre doute" (article 1).
De même, concernant le fils de Dieu et son œuvre (article 3) la Confession en parle "(...) suivant le Symbole apostolique".
Il n'est donc pas besoin de suer sang et eau pour découvrir ou redécouvrir le christianisme authentique ; les termes de la foi chrétienne sont au contraire publiquement chantés et répétés, même par les enfants, depuis vingt siècles ! Contrairement à ce qu'imaginent d'orgueilleux "re"fondateurs d’Églises, la conversion des hommes, fût-ce la leur, n'a pas pour vocation de faire (re)naître le christianisme au monde, mais de les faire renaître à Dieu, eux, dans le cadre de la foi de l’Église.

Ici, une objection pourrait pointer : n'est-il pas vrai, pourtant, que Luther a réformé l’Église ? N'est-il pas vrai qu'il a redécouvert la doctrine de la Justification par la foi seule ? Les Églises protestantes n'ont-elles pas effectivement rompu avec la foi traditionnelle, comme le leur ont amèrement reproché les partisans du pape ?...
Réponse : si, par "foi traditionnelle", on veut dire "tout ce que les partisans du pape reconnaissent eux-même avoir ajouté/retranché/altéré en Occident, au cours du Moyen Âge (comme la communion sous une seule espèce, le célibat des prêtres, etc.)", alors, certes, les protestants ont opéré une rupture.
Mais si, par "foi traditionnelle", on entend "tout ce que l'ensemble des chrétiens ont durablement et solennellement confessé comme étant leur foi (ou leur interprétation de la Bible), c'est-à-dire, essentiellement : le propos du Credo", alors, non seulement les protestants n'ont rien redécouvert et n'ont rien réformé, mais encore, ils sont bien les seuls à avoir fidèlement gardé et transmis cette vraie foi.

En effet, sur quoi a porté la dispute du XVIe siècle, sinon sur cet article du Credo : "je crois la rémission des péchés" - ou, selon les termes du Symbole de Nicée : "Je confesse un seul baptême, pour la rémission des péchés" ?
Ce n'est pas sans raison que la Confession d'Augsbourg, en son article 20 (qui porte sur la question cruciale de la foi et des œuvres), rappelle que la foi évangélique ne saurait se réduire à la connaissance des faits historiques
comme la crucifixion ou la Résurrection (connaissance qu'ont aussi bien les démons et les impies / cf. Jacques 2 : 18-19), mais que cette foi doit impliquer aussi le résultat de ces faits, à savoir cet article : la rémission des péchés (soit le fait que par le Christ nous avons la grâce, la justice et le pardon des péchés).
Or, qui est demeuré fidèle sur ce point ?
Le pape de Rome, qui a recommandé les croisades et les indulgences comme chemins du Ciel, ou Luther qui n'a prêché autre chose que le Christ ? (*)
La Confession (article 6), fournit la réponse à cette question en citant st Ambroise de Milan :
"Il est résolu de Dieu que celui qui croit en Jésus-Christ sera sauvé, non par les œuvres, mais par la foi seule, en recevant gratuitement la rémission de ses péchés."

Pour conclure ce deuxième point :  La foi chrétienne n'a jamais fait naufrage. Dans le cas contraire il faudrait un nouveau prophète, et non un simple commentateur biblique ou un archéologue, pour la restituer.
Or ce "cas contraire" est impossible, non seulement parce que la Révélation est close, mais aussi parce que l’Évangile, par lequel s'étend le Règne du Christ, est impérissable (Actes 5: 38-39).



3. Le Salut pour la gloire de Dieu
(Lecture : Apocalypse 5 : 8-12).

Il nous faut donc recevoir et garder non pas une croyance, mais la foi chrétienne, qui existe et est professée dans le monde, depuis les Apôtres et sur le fondement des Écritures saintes.
mais pourquoi est-il si important de croire cela plutôt qu'autre chose?
C'est que la vraie foi nous apporte, avec le Salut, l'assurance du Salut :
Si le Fils n'était pas Dieu, ou s'il n'était pas homme ; s'il n'avait pas porté nos péchés, si sa justice ne nous était pas gratuitement imputée... personne ne serait sauvé et chacun serait condamné à s'inventer un système bancal, dont son âme ne tirerait jamais aucune paix.

D'autre part, il en va de la gloire de Dieu : il est certain que ceux qui cherchent leur salut en dehors de Lui et de ce qu'il a fait pour les hommes, s'inventent un système au terme duquel ils ne lui rendront jamais la gloire qui lui revient :
le sauveur de l'arien est une créature à laquelle on se propose de rendre les honneurs divins. Pour le pélagien, la créature déchue peut se targuer de détenir une part de mérite pour son Salut - et ainsi une partie de l'honneur qui en découle. En attendant, (et elle pourra attendre longtemps) ladite créature déchue ne trouvera jamais la paix ni la joie que procure la perfection du Christ et de son œuvre.

C'est là tout ce que résumera l'auteur de la Confession d'Augsbourg (en parlant principalement de l'article de la rémission des péchés) dans l'Apologie qu'il en écrira l'année suivante : 


"L'objet de cette discussion est une grande chose : il s'agit de l'honneur du Christ; et il s'agit de savoir d'où les hommes de bon sens tirent un ferme et sûr réconfort, si c'est en Christ ou dans nos œuvres que nous devons mettre notre confiance. Si c'est dans nos œuvres, le Christ est dépouillé de son honneur de médiateur et de propitiateur. Au jour du Jugement de Dieu, nous reconnaîtrons que cette confiance est vaine, et que les consciences tombent de là dans le désespoir. Si c'est à cause de notre amour, et non à cause du Christ, gratuitement, que la rémission des péchés et la réconciliation nous échoient, personne ne les obtiendra à moins d'avoir observé toute la Loi, parce que la Loi ne justifie pas, tant qu'elle peut nous accuser. Puisque la justification est la réconciliation à cause du Christ, il est donc évident que c'est par la foi que nous sommes justifiés, car il est absolument certain que c'est par la foi seule que nous recevons la rémission des péchés" (Apologie de la Confession d'Augsbourg, article 4).



Conclusion : 

La Confession d'Augsbourg souligne l'importance du confessionnalisme, rehausse le sens de l’Église - ainsi que l'ancrage dans la foi de toujours - pour la paix des consciences, à la plus grande gloire de Dieu... autant de raisons qui me font penser que le dernier dimanche de juin mériterait assurément d'être le véritable Dimanche évangélique.

En attendant, que la droite compréhension de la Bible, dont nos pères ont témoigné hier, continue d'être notre foi, aujourd'hui et jusqu'au dernier jour !

Amen.


Bucerian


_____________________________

(*) Comme le reconnaît même un jésuite comme Franz Posset, Luther fut loin d'être le premier ou le seul à comprendre ainsi la foi commune ; décrivant le parcours spirituel du "Réformateur", Mélanchthon écrivait en effet ceci :

"Il (Luther) l'écoutait (le frère supérieur) discuter de beaucoup de choses concernant la foi, et il déclara qu'il avait été conduit au Credo (ad symbolorum), dans lequel il est dit : "Je crois au pardon des péchés". (Le frère supérieur) avait interprété cet article  (du Credo) d'une telle manière qu'il ne fallait pas seulement croire en général que certaines personnes sont pardonnées, comme David ou Pierre (chose que les démons croient également) mais que c'était le commandement de Dieu que nous, en tant qu'individus, croyions que nos péchés sont pardonnés. Et il démontra (à Luther) que cette interprétation était confirmée par une parole de st Bernard, et lui indiqua même le passage du sermon de l'Annonciation où ces mots se trouvaient."
- Philippe Melanchthon, Corpus Reformatorum, 6: 159.

"Mais il faut encore que vous teniez pour certain que c'est par lui aussi (Christ) que vos péchés vous sont pardonnés. En effet, d'après l'Apôtre, l'homme est justifié gratuitement par la foi (Rom. III, 28)."
- Bernard de Clairvaux, Sermons sur l'Annonciation, I. 3.


Franz Posset
The real Luther
, Concordia Publishing House, 2011,
pages 154-155.


lundi 14 juin 2021

Le salut du "miaphysisme"

 


Suite à une étude approfondie du thème, il est évident que l’expression cyrillienne μια φυσις, une nature du Verbe incarné, a été comprise par l’Église, en ses conciles œcuméniques, de 431 à 681, comme signifiant : la réalité vivante et vivifiante incomparable du Verbe incarné. Car, le terme φυσις/nature, provient du verbe φυω/naître, exprimant originellement une réalité vivante. De sorte que, tout le travail dogmatique subséquent consista en une précision théorique de l’Unité théologique de cette réalité, la Personne (propre) divine du Verbe, et des éléments unifiés, les deux essences, les deux natures (commun), par celle-ci, la divinité et l’humanité, afin d’éviter toute dérive, toute hérésie.

En effet, entre miaphysisme et monophysisme réside toute la différence d’idées entre une/mia et unique/mono. De sorte que, parmi les concepts de nature une ou unique, on peut distinguer une réalité une, unie, ce qui est orthodoxe, selon une acception pratique, tandis qu’une réalité unique impliquerait, théoriquement, la confusion des natures, divine et humaine, de Jésus-Christ. Ce qui abolirait la rédemption du genre humain.

D’autre part, l’Église ne pouvait se contenter d’ignorer la requête cyrillienne, puisqu’elle reposait sur la question générale du salut dans le Christ, en sa définition, son identité : l’Alliance indéfectible, réelle et active entre Dieu et l’homme, en Jésus-Christ, prêchée par le N.T, indiquée par saint Irénée et traduite par cette notion de réalité vivante ou vivifiante unie : la μια φυσις. Sinon, c'est tout le concept de communication des idiomes la traduisant qui s'écroulerait et la question de la rédemption, par le fait même, comme en font foi, par exemple : Ac.20/28, Héb.9/14, I Jn.1/7, Mt.1/20-23 ou Luc 1/35.

Certes, ce terme est aussi délicat que l’ὁμοουσιος/Consubstantiel ou le θεοτοκος/Mère de Dieu à employer, lesquels ont été susceptibles d’une compréhension hérétique, modaliste, pour le premier (deux faces d’une même médaille, les deux faces de Janus), idolâtre, pour le second (maternité divine de Marie), alors que, selon le sens orthodoxe, la consubstantialité implique la relation Père/Fils en une seule entité infinie, Dieu, et le θεοτοκος, lui, le caractère divin de la Personne de Jésus, puisqu’on est mère d’une personne, selon une nature, pas mère d’une nature. C’est pourquoi, sans l’exclure, l’usage du terme μια φυσις exige des précautions inouïes, afin de satisfaire, malgré tout, à la requête sotérique de l’Évangile cyrillien, racine et moteur de toute la christologie orthodoxe de l’Église chrétienne, jusqu’à nos jours.

Athanasius


dimanche 30 mai 2021

La Trinité et le Salut (3)

C’est aussi par l’Esprit que nous sommes dits tous participants de Dieu. En effet, Paul dit : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous? Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, Dieu le détruira lui-même; car le temple de Dieu, que vous êtes, est saint ». Or, si l’Esprit Saint était une créature, nous n’aurions par lui aucune participation de Dieu, mais nous serions joints à la créature et étrangers à la nature divine, en tant que ne participant en rien à elle. Mais, maintenant que nous sommes dits participants du Christ et participants de Dieu, il apparaît que l’onction et le sceau, qui est en nous, n’est pas de la nature des choses créées, mais de celle du Fils qui, par l’Esprit qui est en lui, nous unit au Père. C’est, en effet, ce que Jean, comme il a été dit plus haut, a enseigné en écrivant : « Nous connaissons que nous demeurons en Dieu, et qu’il demeure en nous, en ce qu’il nous a donné de son Esprit ». Mais si, par la participation de l’Esprit, nous devenons participants de la nature divine, bien insensé serait quiconque dirait que l’Esprit appartient à la nature créée et non à celle de Dieu. C’est pour cela, en effet, que ceux en qui il se trouve, sont divinisés. Que s’il divinise, nul doute que sa nature ne soit celle de Dieu.  

St Athanase d'Alexandrie, Lettres à Sérapion.

jeudi 27 mai 2021

La Trinité et le Salut (2)

 LE PREMIER ARTICLE : 

La Création
Je crois en Dieu, le Père
Tout-
Puissant, Créateur du ciel et de la terre.
Quel est le sens de ces paroles?

Je crois que Dieu m'a créé ainsi
que toutes les autres créatures. Il m'a donné et me conserve mon corps avec ses organes, mon âme avec ses facultés; il me donne tous les jours libéralement la nourriture, le vêtement, la demeure, la famille et toutes les choses nécessaires à l'entretien de cette vie; il me protège dans tous les dangers, me préserve et me délivre de tout mal; et cela, sans que j'en sois digne, par sa pure bonté et sa miséricorde paternelle. Je dois, pour ces bienfaits, le bénir et lui rendre grâces, le servir et lui obéir. C'est ce que je crois fermement.

LE DEUXIÈME ARTICLE:
La Rédemp
tion
Je crois en Jésus
-Christ, son Fils unique, notre Seigneur, qui a été conçu du Saint-Esprit, et qui est né de la vierge Marie. Il a souffert sous Ponce Pilate; il a été crucifié; il est mort; il a été enseveli; il est descendu aux enfers; le troisième jour, il est ressuscité des morts; il est monté au ciel; il s'est assis à la droite de Dieu, le Père Tout-
Puissant, et il viendra de là pour juger les vivants et les morts.
Quel est le sens de ces paroles?


Je crois que Jésus
-Christ, vrai Dieu, né du Père de toute éternité, vrai homme, né de la vierge Marie, est mon Seigneur. Il m'a racheté, moi perdu et condamné, en me délivrant du péché, de la mort et de la puissance du diable; non point à prix d'or ou d'argent, mais par son saint et précieux sang, par ses souffrances et sa mort innocentes, afin que je lui appartienne et que je vive dans son Royaume, pour le servir éternellement dans la justice, dans l'innocence et la félicité, comme lui-même, étant ressuscité des morts, vit et règne éternellement. C'est ce que je crois fermement.

LE TROISIÈME ARTICLE:
La Sanctification Je crois au Saint
-Esprit, la sainte Église universelle, la communion des saints, la rémission des péchés, la résurrection de la chair et la vie éternelle.
Quel est le sens de ce
s paroles?

Je crois que je ne puis, par ma
raison et mes propres forces, croire en Jésus-Christ, mon Seigneur, ni aller à lui. Mais c'est le Saint-Esprit qui m'a appelé par l'Évangile, éclairé de ses dons, sanctifié et maintenu dans la vraie foi; c'est lui qui assemble toute l'Église chrétienne sur la terre, qui l’éclaire, la sanctifie et la maintient, en Jésus-Christ, dans l'unité de la vraie foi; c'est lui qui, dans cette Église, me remet chaque jour pleinement tous mes péchés, ainsi qu'à tous ceux qui croient; c'est lui qui, au dernier jour, me ressuscitera, moi et tous les morts, et me donnera, comme à tous les croyants, la vie éternelle en Jésus-Christ. C'est ce que je crois fermement.

Bx. Martin Luther, Petit catéchisme.

lundi 24 mai 2021

La Trinité et le Salut (1)

 Voici donc les vérités que notre foi renferme et le fondement sur lequel notre conduite s'appuie. Le premier article de notre foi, c'est : un seul Dieu Père qui n'est pas créé, que rien ne peut contenir et qui est invisible. Il est le Dieu unique, l'Auteur de toutes choses. Le deuxième article, c'est : la Parole de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus Christ notre Seigneur. C'est par son intermédiaire que toutes choses ont été faites. Il est apparu aux prophètes, aux uns d'une manière et aux autres d'une autre, selon le projet de salut fixé par le Père. Dans les derniers temps, pour récapituler toutes choses, il s'est fait homme parmi les êtres humains, et les êtres humains ont pu le voir et le toucher. Il a détruit la mort, il a fait apparaître la vie et il a accompli la communion de Dieu et de l'être humain. Le troisième article, c'est : le Saint-Esprit. C'est par lui que les prophètes ont prophétisé, que les Pères ont appris les choses de Dieu et que les justes ont été guidés dans le chemin de la justice. Dans les derniers temps, il a été répandu d'une manière nouvelle sur l'humanité, sur toute la terre, et il a donné aux êtres humains un cœur nouveau pour les préparer à rencontrer Dieu. C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance a lieu par ces trois articles. Il nous offre une nouvelle naissance en Dieu le Père par son Fils dans l'Esprit Saint. En effet, ceux qui portent en eux l'Esprit Saint vont à la Parole du Père, c'est-à-dire son Fils, et le Fils les conduit au Père, et le Père leur donne de vivre avec lui pour toujours. Donc, sans l'Esprit, il est impossible de voir le Fils, et sans le Fils, on ne peut arriver auprès du Père, parce que c'est le Fils qui fait connaître le Père. C'est par l'Esprit Saint que cette connaissance a lieu. L'Esprit Saint, lui, c'est le Fils qui le donne selon ce que le Père veut, à ceux que le Père veut et comme il le veut.

 St Irénée de Lyon, Démonstration de la Prédication Apostolique.

dimanche 23 mai 2021

Pentecôte

 


 

La Pentecôte est l'une des grandes fêtes de notre sainte religion chrétienne.
Aurait-telle consisté à initier les rachetés à l'ivresse de pouvoirs extatiques et mystiques ?
Serait-on fondé à la réduire à un "Réveil" dont il faudrait attendre des répétitions, depuis Asuza Street à Toronto ?...

A l'instar de la Passion ou de la Résurrection du Sauveur, nous devons au contraire regarder la Pentecôte comme un évènement historique dont la singularité ne saurait être relativisée par ses répliques (c. Actes 1. 8), tout aussi circonscrites, auprès des Samaritains (Actes 8), des Gentils (Actes 10) ou de quelques proto-mandéistes (Actes 19).

La Pentecôte, en effet, a consisté en l'envoi de l'Esprit du Christ, chargé d'appliquer l’œuvre et les dons du Christ à son Église. Ce faisant, la Pentecôte a marqué l'accomplissement et le passage, pour le peuple de Dieu, de l'enfance à la maturité.

-> L’Église est ainsi affranchie des ombres et figures légales à travers lesquelles l'Esprit exerçait le peuple de Dieu, dans l'attente du Messie. Il s'agit ici du principe de la liberté chrétienne, si chère au cœur des théologiens protestants.

-> Cette vie accomplie de Roi, de Prêtre et de Prophète n'est pas le propre d'un clergé ou d'une élite, mais appartient à chaque fidèle du Christ, rendu capable de vivre ainsi dans la foi. C'est là ce deuxième grand principe cher à la théologie protestante : le sacerdoce universel des baptisés.

-> Aussi (et cela profite à la grande majorité d'entre nous), la surabondance de la Grâce profite non plus à un seul peuple, mais est universalisée (catholicité = universalité). Juifs et non-Juifs, unis dans un même Seigneur, sont le nouveau peuple saint, ainsi que l'a manifesté le don des langues.

Sacerdoce universel, liberté chrétienne... que de magnifiques bienfaits en Christ !
Mais des bienfaits qu'il nous faut exercer avec la Sagesse recommandée par l'Apôtre (1 Corinthiens 10. 23).
Puisque l'Esprit du Christ est l'Esprit de foi qui, sans cesse, nous ramène à Jésus-Christ et sa Parole (Jean 15. 26), souvenons-nous (contre les inclinations désordonnées qui ont fait tant de mal) que cette foi, qui se rapporte à l'unique Sauveur, n'est pas un Rubik's Cube dont chaque génération, presque chaque croyant, serait invité à essayer une nouvelle combinaison (Jude 3). Souvenons-nous que la foi chrétienne n'est pas née avec nous - ou avec notre conversion personnelle. Comme chrétiens, nous sommes simplement invités à partager la foi  étendue et maintenue par l'Esprit du Ressuscité.
Sommes-nous membres de cette Église ? Partageons-en la foi !
Ne faisons pas de notre liberté un voile pour défigurer cette foi. Ne faisons pas non plus de la simplicité et de la spontanéité de nos cœurs un prétexte pour effacer ou rejeter le témoignage dogmatique que l’Église (dont nous sommes les membres) rend depuis tant de siècles dans son Symbole.

Que cette fête soit donc pour chacun de nous l'occasion de revenir à l'Esprit de foi, de paix et de bon ordre en Jésus-Christ, le Fils de Dieu, hors duquel nul ne peut avoir part à l'Esprit du Père.

Amen.


Bucerian

jeudi 13 mai 2021

Ascension




Actes des Apôtres I: 1
Évangile
selon st Marc XVI: 14


Extrait de "A l’École de Dieu", catéchisme du pasteur Pierre Marcel :

Question 76 : A quoi nous sert l'Ascension de Jésus-Christ ?

1° C'est en notre propre nom que le Christ est entré dans le Ciel, de la même manière qu'il en était descendu pour nous. Il y rend donc possible notre entrée, et nous assure que la porte, auparavant fermée par nos péchés, est maintenant ouverte (Éphésiens 4: 10 / Jean 14: 2).  

Lecture 1. La porte des brebis : Jean 10 : 1-10.

 2° En la Personne du Christ, monté au Ciel, nous avons notre propre corps dans le Ciel, dès aujourd'hui. En effet, puisqu'il est la tête, nous sommes assurés, nous qui sommes ses membres, qu'il nous prendra aussi avec lui là-haut (Jean 14: 3 / Éphésiens 2: 6-7).

Lecture 2. Notre céleste demeure : II Corinthiens 5: 1-10.

3° Jésus-Christ est sans cesse, auprès de son Père, notre Avocat et notre Intercesseur (I Jean 2. 1 / Hébreux 7: 24-25 / Romains 8: 34).

Lectures 3. Le Souverain Grand-Prêtre : Hébreux 4: 14-16.
4. La prière du Vigneron: Luc 13: 6-9.
5. L'Avocat et l'Intercesseur: Jean 16: 16-28 ; 17.

4° Il nous envoie ici-bas son Esprit, par la force duquel nous cherchons les choses qui sont en haut, et non celles qui sont sur la terre, et par les consolations duquel nous sommes sans cesse consolés. 

Lectures. 6. Ressuscité dès maintenant avec Christ, nous cherchons les choses qui sont en haut : Colossiens 3: 1-17.
7. Le Consolateur : Jean 14: 15-21 et 16: 13.



LA COLLECTE.

FAIS, nous t’en supplions, Dieu tout-puissant, que comme nous croyons que ton Fils unique, notre Seigneur Jésus-Christ, est monté aux cieux, de même nous y montions aussi de cœur et d’esprit, et nous demeurions continuellement avec lui, lui qui vit et qui règne avec toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu, aux siècles des siècles. Amen.

 Bucerian

dimanche 9 mai 2021

La Tradition chrétienne



En définitive, ce qui sépare les protestants, les tridentins et les orthodoxes, c'est une question de fidélité à la Tradition. Car, le Concile œcuménique de Chalcédoine est l'unique antidote contre les différends théologiques. En effet, il a fourni à l'Église la formulation réglementaire de l'Évangile scripturaire, au moyen du Symbole de Nicée-Constantinople. En outre, il lui a octroyé la méthode herméneutique, orientant la tâche de toute théologie future, convenant aux souhaits des ss. Vincent de Lérins, Augustin et Anselme: la résolution rationnelle de la problématique de l'un et du multiple, comportée par le Credo, selon les Écritures.


Sommaire de la Foi chrétienne

1- Le Symbole de Nicée-Constantinople est le récit réglementaire de l’Histoire sainte de la Bible. Car, la Bible est la parole du Dieu TRINITAIRE.

2- Dogmes ou vérités de Foi : résolution du problème de l’UN et du MULTIPLE.

2.1- Trinité/UN seul Dieu, TROIS personnes, selon la perspective du salut :  Économie de la Révélation = 
récapitulation dans le Père (Mt.28/19 : notion de « relation » )
A-  Le Père est Dieu, infini, plénitude de l’être, de la vérité et de la bonté, béatitude illimitée : Salut et Bonheur infinis en Dieu. Ac.17/28, Ex.3/14.
B-  Le Fils est Dieu. Car, seul Dieu peut relier à Dieu, puisqu’il n’y a aucune commune mesure entre le fini (homme) et l’infini (Dieu): Alliance avec Dieu. Jn.8/24, 28. N.B. Dieu est Père. Car, il a un Fils.
C- Le Saint-Esprit est Dieu, puisque seul Dieu peut révéler Dieu : Incorporation (intégration) en J-C, par la Foi, fruit de l’Esprit Saint. Car, sans l’infini du Saint-Esprit, aucun esprit fini ne peut percevoir (foi) l’infinité du Christ, Dieu fait homme. I Cor.12/3, I Jn.4/15
N.B. Il n’y a qu’un seul Dieu, en trois personnes, car il ne peut y avoir plus d’un infini. Cependant, on peut concevoir trois fois un même infini, selon trois rapports différents: Père, Fils et Saint-Esprit. (I Jn.5/7, Dt.6/4)

 
2.2- Incarnation/ UN seul Seigneur, DEUX natures : Alliance  par la Personne du Fils de Dieu fait homme, laquelle relie et unifie, sans les confondre, Dieu et l’homme, non pas en tant qu’intermédiaire, impossible moyen terme entre le fini (homme) et l’infini (Dieu) mais comme médiateur, comme centre d'attribution de la divinité et de l'humanité, en tant que seule réalité apte à en être responsable : la Personne divine du Fils de Dieu. C’est Jésus-Christ, Vrai Dieu et vrai homme. Car, si Jésus n’est pas pleinement Dieu, il ne peut rien sauver, et s’il n’est pas pleinement homme, il ne peut sauver rien, en tant que Christ. (Jn.1/14 : notion de "personne")

    2.3- Justification/ UN seul Baptême, DES péchés : 
Transaction entre Dieu et l’homme, sur la base de la représentation de J-C. Dieu a manifesté l’éligibilité du Christ par sa Résurrection, l’Homme vote pour le Christ, par sa foi. Ainsi, ce qui est au Christ (justice/salut et vie nouvelle) revient au fidèle et vice-versa (mort/damnation et péchés). L’homme est sauvé par la foi seule du baptême, foi SEULE en Jésus-Christ, selon une démarche de repentance, signifiée par le geste baptismal d'immersion/émersion. (Mc.16/16 : notion de « foi/acte »)

      2.4.- Interprétation/UNE seule Église, Cat-holique = selon la totalité:  C’est la Tradition catholique, globale, du Symbole de Foi et du Canon scripturaire, qui garantit l’impartialité de l’Évangile, selon le barème du JUXTA SCRIPTURA, indiqué par l'article pascal du Credo = « 
SELON les Écritures ». (Rom.12/6 : notion de « foi/contenu »)



Symbole de Nicée-Constantinople

Nous croyons en UN seul Dieu, le Père tout-puissant,  créateur du ciel et de la terre, de toutes choses, visibles et invisibles.
Nous croyons en UN seul Seigneur, Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, né du Père avant tous les siècles. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu. Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père,  et par lui tout a été fait. Pour nous, les hommes, et pour notre salut, il descendit du ciel ; par l’Esprit-Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme. Crucifié pour nous sous Ponce-Pilate,  il souffrit sa passion et fut mis au tombeau. Il ressuscita le troisième jour, selon les Écritures,  et il monta au ciel ; il est assis à la droite du Père. Il reviendra dans la gloire, pour juger les vivants et les morts,  et son règne n’aura pas de fin.
Nous croyons en l’Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui crée la vie. Il procède du Père. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire, il a parlé par les prophètes. Nous croyons  l’Église, UNE,  sainte, catholique et apostolique. Nous reconnaissons UN seul baptême pour la rémission des péchés. Nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

Amen
.

Athanasius

mercredi 28 avril 2021

Du baptême des enfants, selon st Irénée

 


 

Dans la controverse relative au baptême des enfants, les anabaptistes tentent de sortir de leur position inconfortable en poussant l'audace jusqu'à accuser l’Église ancienne de leur propre crime : celui d'avoir innové et abandonné la tradition apostolique. Mais où et quand l’Église ancienne aurait-elle initié son "erreur" ? Où se trouve la controverse qu'un tel "changement" aurait nécessairement provoqué à son début ? Ce sont là des questions auxquelles les anabaptistes doivent répondre - chose dont ils sont bien incapables.
Et pour cause ! Leurs accusations sont gratuites et invraisemblables. C'est ce que j'entends montrer par ces quelques remarques concernant le témoignage de st Irénée de Lyon.


Remarques préliminaires :

1. St Jean était un Apôtre. Son devoir n'était pas seulement d'enseigner la vérité, mais aussi de dénoncer et de combattre les erreurs qui apparaissaient dans le monde.

2. Or st Jean a vécu jusque vers l'an 100, et n'a jamais laissé aucun avertissement contre le baptême des enfants.

3. Si on veut considérer le baptême des enfants comme une funeste erreur ( et non des moindres, vu qu'elle s'est imposée partout pendant plus de mille ans !) il faut donc conclure que cette "erreur" n'a été pratiquée par aucun des évêques établis par les Apôtres, au moins jusqu'en l'an 100 après Jésus-Christ.

Le témoignage :

Dans son deuxième livre contre les hérésies, st Irénée écrit ceci :

« Il (le Verbe) n'a ni rejeté ni dépassé l'humaine condition et n'a pas aboli en sa personne la loi du genre humain, mais il a sanctifié tous les âges par la ressemblance que nous avons avec lui. C'est, en effet, tous les hommes qu'il est venu sauver par lui-même —, tous les hommes, dis-je, qui par lui renaissent en Dieu : nouveau-nés, enfants, adolescents, jeunes hommes, hommes d'âge. C'est pourquoi il est passé par tous les âges de la vie : en se faisant nouveau-né parmi les nouveaunés, il a sanctifié les nouveau-nés; en se faisant enfant parmi les enfants, il a sanctifié ceux qui ont cet âge et est devenu en même temps pour eux un modèle de piété, de justice et de soumission; en se faisant jeune homme parmi les jeunes hommes, il est devenu un modèle pour les jeunes hommes et les a sanctifiés pour le Seigneur. » (Contre les hérésies, II, 22: 4).

Vers l'an 180, Irénée trouvait donc tout à fait normal et évident que des nouveau-nés renaissent en Dieu.

Première remarque
(Nouvelle naissance et baptême)

Contrairement à ce que voudraient croire certains anabaptistes, cette affirmation implique le baptême de ces nouveau-nés. Car l'auteur tient le baptême pour le lieu de notre nouvelle naissance. Il écrit par exemple :

C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance a lieu par ces trois articles. Il nous offre une nouvelle naissance en Dieu le Père par son Fils dans l'Esprit Saint (St Irénée de Lyon, Démonstration de la Prédication apostolique, 7).

Deuxième remarque
(Article indiscuté)

Lorsque st Irénée évoque le baptême des nouveau-nés, il ne le fait pas dans le cadre d'une controverse portant sur ce sujet. Il évoque simplement cette pratique, comme étant une chose évidente et normale, soulignant par elle la vérité de l'Incarnation du Sauveur (qui était combattue par les gnostiques).

 Troisième remarque
(Irénée, témoin de sa génération)

Il serait artificiel d'imaginer st Irénée tombant du ciel en 180 pour écrire son livre. Cet évêque, que l'on qualifierait sans doute aujourd'hui "d'ultra-conservateur" est né à Smyrne vers l'an 120, dans un foyer chrétien. Il a grandit dans l’Église, il a vu ce qui s'y faisait : en 125, en 130, en 135, etc. C'est cette religion, dans laquelle il a été baigné dès l'enfance, qu'il décrit et défend, une fois évêque, contre les contrefaçons gnostiques.

Quatrième remarque
(Irénée, témoin de son monde)

St Irénée veille toujours à souligner l'unanime croyance des Églises fondées par les Apôtres, et à y inscrire scrupuleusement sa propre voix. Son but est qu'il n'y ait aucun doute sur l'origine et la nature de la Tradition qu'il défend. Il écrit par exemple :
(...) la Tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c'est en toute Église qu'elle peut être perçue par tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pourrions énumérer les évêques qui furent établis par les apôtres dans les Églises, et leurs successeurs jusqu'à nous (...) - Contre les hérésies III.

Appliqué à notre affaire, cette scrupuleuse référence à l'universalité implique qu'en plus d'être pratiqué par st Irénée, le baptême des enfants (qu'il évoque) était pratiqué par toutes les Églises de son temps. Autrement dit : les contemporains de st Irénée étaient tous favorables au pédobaptisme.

Cinquième remarque
(Irénée, témoin de la catholicité)

Couplées ensemble,  les deux dernières remarques signifient que ce ne sont pas seulement les Églises contemporaines d'Irénée en l'an 180 qui étaient toutes pédobaptistes, mais que c'étaient les Églises contemporaines d'Irénée tout le temps de sa vie.
Pour autant qu'il savait (et notre homme savait manifestement beaucoup de choses, qu'il avait apprises aux pieds de l'évêque Polycarpe de Smyrne, lui-même élève de st Jean...), son Église de Smyrne et toutes les Églises en sa communion avaient donc toujours trouvé normal que des nouveau-nés soient baptisés.

 

Conclusion :

Irénée et ses contemporains pouvaient manifestement dire, d'un bout à l'autre du monde, que "de mémoire d'homme", le baptême des nourrissons avait toujours été pratiqué.
Là où le bât blesse, pour les baptistes, c'est que pour des hommes du début du IIe siècle (comme st Polycarpe, né vers 70), "de mémoire d'homme" voulait dire : "Quand les Apôtres étaient là".

On pourra évidemment toujours accuser st Irénée (et toute la chrétienté de son temps avec lui!) de n'avoir été qu'un menteur, un escroc, un conspirateur ayant habilement insinué des choses dans ses écrits afin de tromper les gens qui les lieraient quinze ou vingt siècles plus tard. Mais si on met de côté ces accusations gratuites, fantaisistes et d'ailleurs totalement irrecevables (cf. 1Timothée 5: 19), il ne reste aucun recoin de l'histoire à l'ombre duquel la prétendue "erreur" du baptême des enfants aurait pu faire sournoisement son nid.

 

Bucerian

samedi 24 avril 2021

Sur l'Incarnation

 


Nous ne croyons pas seulement que le Fils de Dieu soit vrai Dieu, mais encore qu'il a été fait homme. Comment décrire ce mystère, sans le trahir ?

1) On ne doit pas pas envisager cette incarnation sous le prisme du changement. Au XIXe siècle, les "kénotistes" ont forgé l'erreur selon laquelle le Fils avait concrètement cessé d'être Dieu pour devenir homme.
Or, Dieu étant immuable (Malachie 3: 6), si un tel changement avait été opéré dans la Personne du Fils, cela voudrait simplement dire que celui-ci n'a jamais été vraiment Dieu - retour à l'arianisme. Une telle approche constitue donc, in fine, une négation de l'Incarnation. Contre de telles idées, l’Écriture affirme simplement que Jésus-Christ est le même hier, aujourd'hui et éternellement (Hébreux 13: 8).

2)  Si le Fils reste toujours le Dieu vivant, éternel et tout-puissant, cela veut-il dire que l'Incarnation doive être pensée en termes d'apparence, ou d'illusion ?
Cette tentation très ancienne de nier tout ou partie de l'humanité du Sauveur (corps, âme, ou parties de l'âme) a été déclinée à divers degrés, et de façon plus ou moins subtile, depuis les docètes jusqu'aux monothélites du pape Honorius Ier, en passant par Apollinaire de Laodicée...
Il s'agit là aussi d'une négation de l'Incarnation à laquelle l’Écriture contredit, toujours très simplement, en soulignant que le Sauveur a dû être rendu semblable en toutes choses à ses frères (Hébreux 2: 17).

3) Enfin, la dualité des natures (divine et humaine) du Christ ne doit pas nous conduire à la dissociation entre l'homme de Nazareth et le Fils de Dieu.
Cette erreur, dite nestorienne, est également une négation de l'Incarnation, car elle revient à dire que celui qui est né de la Vierge, qui a souffert et qui a été crucifié sous Ponce Pilate, n'était pas la seconde personne en Dieu, mais une personne humaine plus ou moins unie à Dieu.
Au contraire, dans les Écritures, Jésus de Nazareth peut dire ces paroles merveilleuses: Avant qu'Abraham fut, je Suis (Jean 8: 58).

L'Incarnation consiste donc en l'unique et sublime union, sans changement ni mélange, des natures divine et humaine, en la personne du Fils de Dieu.
Telle est la doctrine défendue par les grands conciles christologiques (Éphèse, Chalcédoine, Constantinople II et III), et dont les assertions, loin d'épuiser ce grand mystère de la piété (1 Timothée 3: 16) posent les balises de l'orthodoxie.

On comprend ici l'importance vitale que revêt ce mystère (Hébreux 2: 1-4). On comprend aussi l’absurdité blasphématoire qu'il y a dans le fait de prétendre trouver ou rencontrer Dieu en dehors du Christ (Jean 14: 6).

Bucerian