dimanche 28 février 2021

De la prière et de l'exaucement (III. 3)

 


 

St Jean Chrysostome (suite) :

 Homélie sur ce sujet : qu'il ne faut pas désespérer de soi-même, ni prier contre ses ennemis ni se décourager quand la prière n'est pas exaucée...

 

Si je parle ainsi, c'est pour vous empêcher de dire : Je suis un pécheur, je n'ose parler, je ne puis prier. Celui-là est écouté qui croit ne pas l'être ; celui, au contraire, qui est sûr de lui devrait craindre, tel que le pharisien : tandis que celui qui se regarde comme repoussé et indigne d'attention, est écouté plus qu'un autre ; tel que le publicain. Voyez combien d'exemples vous en avez : la Cananéenne, le publicain, le voleur sur la croix, l'ami que la parabole nous représente mandant trois pains et les obtenant, non par amitié, mais par importunité. Si chacun d'eux avait dit : je suis un pécheur, couvert de tant de honte que je ne dois pas me présenter ; cela n'aurait servi à rien. Mais comme chacun d'eux n'a pas considéré la grandeur de ses péchés, mais l'inépuisable bonté de Dieu, il a été confiant et audacieux : tout pécheur qu'il était, il a demandé plus qu'il ne croyait mériter, et il a réussi à l'obtenir.

Songeons à tous ces exemples et gardons-en la mémoire : prions sans cesse avec vigilance, avec confiance, avec un bon espoir, avec un zèle infatigable. Toute cette ardeur que d'autres mettent à faire des vœux contre leurs ennemis, mettons-la à prier pour nos ennemis, pour leurs frères, et nous obtiendrons en même temps la satisfaction de nos désirs personnels. Car notre bienfaiteur est si bon pour nous qu'il désire encore plus donner que nous ne désirons recevoir. Ainsi, bien pénétrés de tous ces exemples, quand même nous serions tombés au plus profond abîme de la perversité, ne désespérons pas, même alors, de notre salut, mais présentons-nous avec une bonne espérance, et persuadons-nous que nous obtiendrons tout ce que nous demanderons, pourvu que nous le demandions en observant la loi portée par celui qui peut tout faire de manière à dépasser nos prières et nos pensées (Eph. III, 20.).

Au Christ, Souverain tout-puissant, notre Dieu, appartient gloire, honneur et adoration, ainsi qu'au Père éternel et au Saint-Esprit, principe de toute vie, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

 

Bucerian

 

dimanche 21 février 2021

De la prière et de l'exaucement (III. 2)

 


 

St Jean Chrysostome (suite) :

 Homélie sur ce sujet : qu'il ne faut pas désespérer de soi-même, ni prier contre ses ennemis ni se décourager quand la prière n'est pas exaucée...

 Oubliez donc vos bonnes actions afin que Dieu s'en souvienne. Il dit, en effet : Confesse le premier tes fautes, afin que tu sois justifié. (Ésaïe XL, III, 26); et aussi : J'oublierai tes fautes, mais ne les oublie pas (Ibid.).

Mais pourquoi Dieu a-t-il exaucé si promptement le publicain, tandis qu'il a laissé Isaac le prier pendant vingt ans et l'implorer pour son épouse, et que seulement alors il a exaucé les prières de ce juste (cf. Luc 18 : 9-14)? Il faut ici que je complète l'instruction que je vous ai donnée hier. Pourquoi, dis-je, cela s'est-il passé ainsi ? Afin que l'exemple du publicain montre la bonté du Seigneur si prompt à exaucer, et que celui d'Isaac fasse voir la patience du serviteur dont la satisfaction est tardive, mais qui ne cesse de prier : afin que le pécheur ne désespère pas et que le juste ne se glorifie pas. Ce ne sont pas les personnes bien portantes, mais les malades qui ont besoin de médecin (Matth. IX , 12). Le publicain était malade, aussi Dieu s'est empressé de lui tendre la main : Isaac était plus affermi, aussi Dieu a semblé l'abandonner pour faire valoir sa patience. Mais ce n'est là qu'une considération accessoire. Pourquoi cette femme était-elle stérile? Il faut le dire : c'est afin que la foi ne vous manquât pas en voyant une vierge mère ; c'est  afin que, si un juif vous dit : comment a enfanté Marie ? vous puissiez lui répondre. Comment ont enfanté Sarra, Rébecca et Rachel ? En effet, quand un miracle inouï doit se manifester, il est précédé de signes précurseurs. Quand l'empereur doit passer, les soldats courent en avant pour que la foule soit prête à le recevoir; de même, quand un prodige éclatant va paraître, il est annoncé par des faits figuratifs qui avertissent le monde de l'attendre, et nous préparent à son arrivée, en prévenant l'excès de notre étonnement.

A suivre...

 

Bucerian


dimanche 14 février 2021

Catholicité de la Confession d'Augsbourg

 



par

Alain Rioux

Maître de philosophie

M.A philosophie

U.N.E.S.C.O/U.Q.A.M

Québec, Canada

14 février 2021 

 


La catholicité de la Confession d’Augsbourg se déduit de sa méthode et de son objet. En effet, en termes de méthode, ce texte se présente comme un enseignement conforme à la tradition chrétienne, à telle enseigne que, tel un refrain, il reprend cette affirmation à presque chacun de ses vingt-huit articles. Or, de même que le Concile de Chalcédoine s’est manifesté, d’abord, comme une précision de l’article théologique du Credo, par la réception du Symbole de Nicée et de sa conclusion, le texte de Constantinople, en résolvant, de cette manière, la question  trinitaire comme récapitulation consubstantielle, dans le Père, unique vrai Dieu, du Fils et de l’Esprit Saint, pour ensuite affirmer l’unicité de la Personne divine du Christ, vrai Dieu et vrai homme, dans sa définition conciliaire, comme spécification du second point nodal du Credo, ainsi la Confession d’Augsbourg nous propose de résoudre les deux point nodaux restant du Symbole de Nicée Constantinople, unique Foi de l’Église chrétienne, ceux concernant le baptême et l’Église, puisque le Credo comporte quatre difficultés théologiques, exigeant la solution du problème de l’un et du multiple : Un Dieu/trois Personnes, Un Seigneur/deux natures, Un baptême/des péchés, Une Église/cat-holique. 

      De sorte qu’au chapitre de son objet, la démarche de l’Augustana se résume à l’explication des articles, baptismal et ecclésial, du Symbole de Nicée-Constantinople. Car, le sola fide, le salut par la Foi seule, sujet principal de ce formulaire, a pour intention d’exposer la possibilité d’une synthèse entre l’unicité du baptême et la permanence multiforme du péché, en analysant le caractère programmatique de l’ablution initiatique, comme un cheminement existentiel marqué au coin du salut par la foi SEULE en Jésus-Christ, signifiée par l’invocation trinitaire baptismale UNIQUE, selon une démarche de repentance, symbolisée par le geste lustral d’immersion/émersion. Ainsi, l’Évangile seul, foi et promesse, est-il le moyen terme autorisant l’unification de la problématique baptismale, d’après Jn.3/16, entre autres: QUICONQUE croit.  

      Ensuite, en ce qui a trait à la question ecclésiale, la conformité à la Tradition du Juxta Scriptura permet-elle de comprendre comment l’Église peut être Une et cat-holique, multiple, puisque toutes et chacune de ses incarnations sont unies par le même principe, approfondi, du Juxta Scriptura, qui implique Écritures et Credo, conformément à l’indication péremptoire de l’incise pascale du Symbole, «  selon les Écritures », qui, parce qu’assise de la Foi, en vertu de I Cor.15, entraîne tout développement du dogme à une exacte soumission à ce principe. Or, c’est justement la revendication des deux transitions et de la conclusion de l’Augustana. Ce qui, loin de la situer en un Sola Scriptura gnostique, aux frontières canoniques incertaines, l’incorpore, au contraire, au sein de la continuité catholique à laquelle elle n’a jamais, malgré les calomnies, fait défaut. 

      C’est pourquoi, tant en ce qui concerne son objet que sa méthode, la Confession d’Augsbourg peut se prévaloir d’une incontestable catholicité, non seulement en vertu de la démarche herméneutique, irrémédiablement officialisée par le Concile de Chalcédoine, d’autant qu’il n’est pas question, en elle, d’un inopportun filioque, mais encore en ce qu’elle rencontre les critères de permanence et de progrès du dogme, sous le signe de l’approfondissement, indiqués par le Commonitorium d’un saint Vincent de Lérins, conformément à la prescription de la péricope du sage avisé, exposée en Matt.13/52.

 

De la prière et de l'exaucement (III. 1)

 


 

St Jean Chrysostome :

Homélie sur ce sujet : qu'il ne faut pas désespérer de soi-même, ni prier contre ses ennemis ni se décourager quand la prière n'est pas exaucée...

 Vous voyez donc que pour notre salut la prière ne suffit pas, mais encore qu'il faut prier suivant les lois que le Christ a établies. Or, quelles lois a-t-il établies? De prier pour nos ennemis, même pour ceux qui nous affligent le plus. Faute de le faire, nous nous perdons entièrement, comme le prouve l'exemple du pharisien (Luc 18. 9-14). Eh bien! si cet homme, qui n'avait point prié contre ses ennemis, mais qui n'était coupable que de vanité, a été ainsi puni, quel supplice attend ceux qui ne tarissent pas lorsqu'ils parlent contre leurs ennemis ! Que fais-tu donc, mon ami? Tu viens pour demander pardon de tes péchés et ton âme est pleine de colère ? Lorsque nous devrions être plus doux que jamais, puisque nous parlons au Seigneur, que nous implorons pour nos péchés sa miséricorde, sa clémence et son pardon, c'est alors que nous nous irritons, que nous ressemblons à une bête furieuse, et que notre bouche se remplit de fiel ? Et comment pourrons-nous, dis-moi, obtenir notre salut si, tout en prenant une attitude suppliante, nous proférons des paroles insensées, et si nous irritons le Seigneur contre nous ? Tu es venu pour guérir tes blessures et non pour envenimer celles de ton prochain : c'est le moment de l'expiation, de la prière et des gémissements, non celui de la colère ; celui des larmes, et non de la fureur ; celui de la componction et non de l'indignation. Pourquoi tout bouleverser? pourquoi te faire la guerre à toi-même? pourquoi détruire ta propre maison? L'homme qui prie doit avant tout avoir l'âme adoucie, l'esprit apaisé, le cœur contrit : mais celui qui crie contre ses ennemis, ne retirera aucun fruit de sa prière ; il ne pourra jamais s'y appliquer avec le calme nécessaire.

Ainsi nous ne devons pas prier contre nos ennemis, mais nous ne devons pas non plus nous souvenir de nos bonnes actions, de peur qu'il ne nous arrive la même chose qu'au pharisien. Car s'il est bon de nous rappeler nos péchés, il n'est pas moins bon d'oublier nos bonnes actions. Pourquoi cela ? Parce que le souvenir de nos bonnes actions nous entraîne à l'orgueil, tandis que le souvenir de nos péchés nous inspire le mépris de nous-mêmes et l'humilité : ainsi l'un nous rend plus négligents et l'autre plus diligents. Car ceux qui pensent n'avoir aucun bien, deviennent plus actifs pour en acquérir : ceux qui croient posséder beaucoup se fient à leur richesse, ne montrent guère d'empressement pour en acquérir davantage.

 

A suivre...

 

Bucerian


dimanche 7 février 2021

De la prière et de l'exaucement (II. 3)

 


Saint Augustin, Traités sur saint Jean (traité 73) :

Sans doute, il ne fait pas toujours sur l'heure tout ce que nous demandons en son nom, c'est-à-dire en tant qu'il est notre Sauveur et notre maître, mais cependant il le fait. En effet, même quand nous lui demandons que le règne de Dieu arrive, on ne peut pas dire qu'il ne fait pas ce que nous demandons, parce que tout aussitôt nous ne régnons pas avec lui dans l'éternité. Ce que nous demandons est différé, mais n'est pas refusé. Toutefois, quand nous prions, ne nous lassons pas plus que ceux qui sèment : au temps convenable nous moissonnerons (Galates 6. 9). Et en même temps que nous demandons comme il faut, demandons-lui qu'il ne fasse pas ce que nous ne demandons pas comme il faut ; c'est à cela que se rapporte ce que nous lui disons dans l'oraison dominicale : « Ne nous induisez point en tentation (Matthieu 6. 9-13) ». Car ce n'est point une petite tentation, que de demander ce qui est contre toi. Mais il ne faut pas manquer de faire attention à ce que Notre-Seigneur ajoute, pour nous empêcher de penser que ce qu'il promet de faire à ceux qui le prieront, il doit le faire sans le Père. Après avoir dit : « Tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai », il ajoute aussitôt : « Afin que le Père soit glorifié dans le Fils, si vous demandez quelque chose en mon nom, je le fais ». Ce que fait le Fils, il ne le fait donc pas sans le Père, puisqu'il le fait, afin que le Père soit glorifié en lui. Le Père fait donc ces choses dans le Fils, afin que le Fils soit glorifié dans le Père, et le Fils les fait dans le Père, afin que le Père soit glorifié dans le Fils: car le Père et le Fils sont un.

Amen.

Bucerian

jeudi 4 février 2021

Evangile de la prospérité (5/5)


 

Conclusion

 

En introduisant cette série, j'ai fait remarquer que les prospéristes considèrent l'échange de la Croix (entre la richesse du Christ et la misère des hommes) d'une manière telle qu'il en résulterait ici-bas, non seulement la rémission des péchés, mais aussi celle des maladies corporelles et de la pauvreté matérielle.
Matthieu 8. 17 (il s'est chargé de nos maladies) est souvent employé pour prouver la nécessité des guérisons physiques. Pour la pauvreté, on fait vaguement valoir que Dieu veut que nous ayons la vie en abondance (cf. Jean 10.10), et qu'une période de vaches maigres, qui nous empêcherait de vivre confortablement, est donc impensable.

A quoi il convient de répondre qu'il y a un seul Évangile, qu'on ne peut s'approprier que par une seule et même foi. Si, dans cet Évangile, la guérison physique était inséparable du pardon des péchés, alors, quiconque deviendrait croyant devrait nécessairement être guéri de ses maladies en même temps qu'il serait justifié. De là, si quelqu'un restait malade, il serait à bon droit considéré comme n'étant pas pardonné, mais comme étant un incrédule demeurant sous la colère de Dieu et, donc, damné. En effet, ou bien l'homme a saisi par la foi la vie en abondance qui est en Christ, ou bien il ne l'a pas saisie du tout (cf. Jean 3. 36).
Voilà quel beau réconfort et quelle "bonne nouvelle" peuvent apporter ces prédicateurs de l’évangile "american dream", surtout pour ceux qui, à l'instar du prophète Élisée, ne meurent pas seulement malades, mais de leurs maladies (2 Rois 13. 14) !
Fort heureusement, Jésus, jusque dans ses paraboles, nous montre que de telles opinions sont fausses (Luc 16. 19-31) ; d'ailleurs, même les prospéristes n'osent généralement pas assumer de telles conclusions (qui seraient pourtant logiquement inévitables, si leur doctrine était vraie).

Or, puisque la guérison physique n'est pas consubstantielle au Salut que l'Évangile a pour objet, elle est donc accessoire et contingente.
En d'autres termes, les miracles bibliques sont des opérations qui signalent un homme de Dieu (Matthieu 9. 6/ Actes 2. 22, etc.) et qui manifestent un Salut plus grand : celui, éternel, qu'il nous est donné de nous approprier par la foi dans le Christ de l’Évangile (ainsi s'explique Matthieu 8. 17, tout comme Jean 9. 39, etc.).
Dans tous les cas, ils sont opérés selon que le Dieu souverain les juge utiles à l'édification des saints et à sa gloire. Ainsi, Jésus a ressuscité Lazare (Jean 11), mais a laissé la dépouille de Jean-Baptiste dans l'attente d'une meilleure résurrection (Matthieu 11).

Pour résumer, il apparaît (contre les accusations scandaleuses des prospéristes) que la proclamation de l’Évangile n'est ni amoindrie, ni altérée lorsque des miracles et guérisons systématiques ne sont pas annoncés ou pratiqués. En outre, ceux qui tendent des pièges aux âmes et les tourmentent inutilement (parfois jusqu'à la dépression nerveuse) sont les promoteurs du prospérisme, plutôt que les prédicateurs fidèles à cet Évangile Éternel : Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en Lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle (Jean 3. 16).

Amen.

Bucerian

dimanche 31 janvier 2021

De la prière et de l'exaucement (II. 2)

 


Saint Augustin, Traités sur saint Jean (traité  73):

Comment donc faut-il entendre ces mots « Tout ce que vous demanderez, je le ferai », si Dieu refuse aux fidèles, même pour leur bien, les choses qu'ils lui demandent ? Devons-nous croire que cette parole n'a été adressée qu'aux Apôtres ? Loin de nous cette pensée. Ce qui, en effet, a amené le Christ à prononcer cette parole, c'est qu'il avait dit plus haut : « Celui qui croit en moi, fera les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes ». Ç'a été le sujet du précédent discours. Pour nous empêcher de nous attribuer ces œuvres plus grandes, et montrer que c'est encore lui qui les faisait, il ajoute : « Parce que je vais à mon Père, et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai ». Est-ce que les Apôtres sont les seuls qui aient cru en lui? En disant: « Celui qui croit en moi », il s'adressait à tous ceux au nombre desquels, grâce à lui, nous nous trouvons nous-mêmes, et pourtant, nous ne recevons pas tout ce que nous demandons. Mais, à ne considérer que les bienheureux Apôtres, nous voyons que celui qui a travaillé plus que tous les autres, ou du moins avec qui la grâce de Dieu a le plus travaillé (1 Corinthiens 15. 10), a trois fois demandé au Seigneur que l'ange de Satan s'éloignât de lui ; néanmoins il n'a pas obtenu ce qu'il demandait (2 Corinthiens 12. 8). Que dire, mes très-chers frères? Penserons-nous que cette promesse ainsi exprimée: « Tout ce que vous demanderez, je le ferai », n'a pas été accomplie même pour les Apôtres? A l'égard de qui tiendra-t-il donc ses promesses, s'il a ainsi trompé ses Apôtres ?

Éveille-toi, ô homme fidèle, et remarque attentivement la condition exigée ici : « En  mon nom » ; il n'est pas dit : « Tout ce que vous demanderez », de quelque manière que ce soit; mais il est dit : « en mon nom ». Et Celui qui nous a promis un si grand bienfait, comment s'appelle-t-il ? Il s'appelle Jésus-Christ : Christ signifie roi, Jésus signifie Sauveur. Il est sûr que celui qui nous sauvera, ce n’est pas un roi quelconque, ce sera le roi Sauveur. Par conséquent, tout ce que nous demandons contre le bien de notre salut, nous ne le demandons pas au nom du Sauveur. Et cependant il est toujours Sauveur, non-seulement quand il fait ce que nous demandons, mais même quand il ne le fait pas. Car dès lors qu'il nous voit demander des choses opposées à notre salut, il se montre vraiment notre Sauveur en ne nous les accordant pas. Dans les demandes des malades, le médecin distingue ce qui est favorable à leur santé, et ce qui peut lui être contraire ; c'est pourquoi, lorsque l'infirme demande ce qui peut lui faire du mal, le médecin le lui refuse dans l'intérêt de sa santé. Ainsi en est-il pour nous : si nous voulons que Notre-Seigneur fasse tout ce que nous demanderons, ne demandons pas d'une manière quelconque, mais demandons en son nom, c'est-à-dire au nom du Sauveur, ne demandons rien qui soit contraire à notre salut : car s'il le faisait, il n'agirait plus comme Sauveur ; et pourtant, voilà ce qu'il est pour ses fidèles. Car, pour les pécheurs, il est leur juge, tandis que pour les fidèles il est assez bon pour être leur Sauveur. Quand donc on croit en lui, tout ce qu'on demandera en ce nom qu'il porte comme Sauveur de ceux qui croient en lui, il le fera parce qu'il le fait comme Sauveur. Mais si celui qui croit en lui demande par ignorance quelque chose qui soit contraire à son salut, il ne demande pas au nom du Sauveur. Car Jésus ne serait pas son Sauveur, s'il faisait ce qui empêcherait le salut de son serviteur. C'est pourquoi il vaut bien mieux qu'il ne fasse pas la chose pour laquelle on l'invoque, et qu'il fasse celle à cause de laquelle il mérite son nom. Aussi Jésus, qui est non seulement un Sauveur, mais encore un bon maître, veut pouvoir faire tout ce que nous demanderons, et, pour cela, dans la prière qu'il nous a enseignée, il nous a appris ce que nous devons demander, afin de nous faire comprendre que nous ne demandons pas au nom du maître, quand ce que nous demandons est au-delà de la règle qu'il nous a laissée.

A suivre...

 

Bucerian

vendredi 29 janvier 2021

De la divinité de Jésus-Christ

 


Tout comme dans le Credo, la divinité du Christ est enseignée dans les Écritures par diverses sortes d'assertions. Les unes sont directes (Jean 1. 1-2), les autres, indirectes (cf. Zacharie 12. 10/ Jean 19. 37) ; le seul fait que le Fils ait participé à la Création (ainsi que d'autres actions dont Dieu seul peut être l'auteur) prouve cet article (Ésaïe 44. 24). Enfin, il y a les paroles de notre baptême, qui structurent d'ailleurs notre Credo.  Dans ces paroles, la pluralité des personnes de la Trinité n'efface pas l'unité de ce qu'elles sont (un seul Dieu éternel et tout puissant), mystère que résume très bien un passage de la première épître de st Jean (passage qui est hélas supprimé dans la plupart des bibles modernes !), à savoir qu' il y en a trois dans le Ciel qui rendent témoignage, le Père, la Parole, et le Saint-Esprit ; et ces trois-là ne sont qu'un (1 Jean 5. 7).

La divinité du Fils de Dieu est donc une doctrine clairement fondée sur la Parole de Dieu.
Mais quelqu'un demandera peut-être :
Ne suffit-il pas de croire en Jésus pour être sauvé ?
Faut-il encore le croire Dieu ?
Et finalement, tout cela ne relève-t-il pas davantage de la spéculation métaphysique que de la consolation des âmes ?

Gardons-nous bien, chers amis, de telles pensées !

Certes, il suffit de croire en Jésus pour être sauvé. Mais croire véritablement en Jésus, c'est le croire Dieu.
Car, que venons-nous chercher et recevoir en Lui, sinon ce que Dieu seul peut donner ?
Viendrions-nous puiser à une source où ne se trouve que de la cendre ?
Or, si nous venons à Jésus, c'est afin d'y puiser l'eau divine qui désaltère l'âme, pas pour manger la poussière dont est faite la créature.
La personne de Jésus est le lieu unique où l'homme est uni à Dieu, source de toute richesse, de tout bien salutaire et de toute félicité. Mais retirons au Christ sa divinité, et que restera-t-il (dans le temple de son corps) pour y être uni, sinon l'indigence d'une créature ?...
Comblerions-nous notre faim du Dieu Immortel avec une créature de néant ?
Fondé sur le sable d'une créature, pourrions-nous dire que notre existence est bâtie sur le roc de la divinité ?
 
Et que dire de notre péché, et du salaire qui lui est dû ?
Si une créature finie devait porter à notre place, sur ses frêles épaules, le poids infini de la colère divine, cette créature ne s'écroulerait-elle pas sous le poids de ce qu'elle aurait osé défier, et le courroux insurmontable de la divinité ne nous rattraperait-il pas ?
Par ailleurs, d'où viendrait au mérite du Christ de pouvoir être infiniment redistribué à ceux qui croient en Lui, sinon du caractère infini que lui confère sa nature divine ?...

Loin d'être une froide spéculation, la vérité de la parfaite divinité du Fils réchauffe donc le cœur et l'âme : elle indique que Dieu a aimé les hommes jusqu'au don de lui-même et qu'il est lui-même avec nous (Emmanuel / Ésaïe 7. 14), donnant son sens et sa valeur à nos vies. Souvenons-nous toujours bien de cela : nos vies valent la peine d'être vécues. Elle ont la valeur que Dieu leur a donnée : une valeur infinie.
La vision matérialiste du monde (dans laquelle on veut nous laver le cerveau) dit que nous sommes des accidents cosmiques, qui se limitent à des réactions chimiques, et qui se terminent par un inexorable retour au néant. Elle dit que nous menons une existence vaine, à consacrer à des plaisirs éphémères. L’Évangile nous annonce au contraire que Dieu nous a sanctuarisés. Par une union sacrée avec Lui, il a payé toute notre dette devant Lui, et nous donne GRATUITEMENT sa Paix et sa Vie.
On comprend que le champion de l'orthodoxie trinitaire, Athanase d'Alexandrie, écrivait au IVe siècle, que Dieu a fait de nos vies une fête perpétuelle.
 
Bucerian

dimanche 24 janvier 2021

De la prière et de l'exaucement (II. 1)


 

Saint Augustin, Traités sur saint Jean (73e traité) :

Le Seigneur promit de grandes choses à ceux des siens qui espèrent en lui, lorsqu'il dit : « Parce que je vais vers le l'ère, tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai ». Il est donc allé vers le Père, de manière cependant à ne pas les laisser dans le besoin, mais à exaucer leurs prières. Mais que veut dire, « tout ce que vous demanderez », puisque nous voyons très-souvent les fidèles demander et ne pas obtenir ? Ne serait-ce point parce qu'ils demandent mal ? C'est en effet le reproche que fait l'apôtre Jacques. Vous demandez et vous ne recevez pas, « parce que vous demandez mal, ne cherchant qu'à satisfaire vos passions (Jacques 4. 3) ». C'est par un effet de la miséricorde de Dieu qu'on n'obtient pas, si l'on doit mal user de ce qu'on demande. C'est pourquoi, si nous lui demandons des choses qui nous seraient nuisibles, nous devons bien plutôt craindre de voir un effet de sa colère dans l'obtention de ce qu'il nous refuserait dans sa miséricorde. Ne savons-nous pas que les Israélites obtinrent pour leur malheur ce qu'ils demandaient sous l'influence d'une passion coupable ? ils désirèrent manger de la chair (Nombres 11. 32). Et pourtant la manne tombait du ciel pour eux, ils étaient dégoûtés de ce qu'ils avaient, et ils demandaient impudemment ce qu'ils n'avaient pas : comme s'il n'eût pas mieux valu pour eux demander, non pas que la nourriture qui leur manquait fût accordée à leur désir coupable ; mais que, guéris de leur dégoût ils pussent prendre celle qu'ils avaient. En effet, quand le mal nous réjouit et que le bien ne nous plaît pas, nous devons plutôt demander à Dieu qu'il nous donne le goût des choses bonnes que de nous en accorder de mauvaises. Sans doute, il n'est pas mauvais de se nourrir de chair, ainsi que l'Apôtre le dit à cette occasion : « Toute créature de Dieu est bonne, et il ne faut rien rejeter de ce qui se mange avec action de grâces (1 Timothée 4. 4)». Mais, comme dit le même Apôtre : « Il est mal à un homme de manger avec scandale (Romains 14. 20) »; et s'il en est ainsi quand il y a scandale pour l'homme, combien plus en est-il ainsi lorsque Dieu lui-même en est offensé ? Et ce n'était pas, de la part des Israélites, une légère offense à l'égard de Dieu, que de repousser ce que leur donnait la sagesse, et de demander ce que désirait leur appétit déréglé ! Cependant ils ne demandaient pas, mais ils murmuraient au sujet de ce qui leur manquait : par là nous devons apprendre que les créatures de Dieu ne sont pas coupables, mais seulement notre désobéissance et nos désirs déréglés ; ce n'est pas à cause de la viande de porc, mais à cause d'un fruit, que le premier homme a trouvé la mort (Genèse 3. 6). Et Esaü a perdu son droit d'aînesse, non pas pour une poule, mais pour des lentilles (Genèse 25. 34).

A suivre...


Bucerian

mercredi 20 janvier 2021

La Trinité et le Salut

 


Voici donc les vérités que notre foi renferme et le fondement sur lequel notre conduite s'appuie. Le premier article de notre foi, c'est : un seul Dieu Père qui n'est pas créé, que rien ne peut contenir et qui est invisible. Il est le Dieu unique, l'Auteur de toutes choses. Le deuxième article, c'est : la Parole de Dieu, le Fils de Dieu, Jésus Christ notre Seigneur. C'est par son intermédiaire que toutes choses ont été faites. Il est apparu aux prophètes, aux uns d'une manière et aux autres d'une autre, selon le projet de salut fixé par le Père. Dans les derniers temps, pour récapituler toutes choses, il s'est fait homme parmi les êtres humains, et les êtres humains ont pu le voir et le toucher. Il a détruit la mort, il a fait apparaître la vie et il a accompli la communion de Dieu et de l'être humain. Le troisième article, c'est : le Saint-Esprit. C'est par lui que les prophètes ont prophétisé, que les Pères ont appris les choses de Dieu et que les justes ont été guidés dans le chemin de la justice. Dans les derniers temps, il a été répandu d'une manière nouvelle sur l'humanité, sur toute la terre, et il a donné aux êtres humains un cœur nouveau pour les préparer à rencontrer Dieu. 

C'est pourquoi le baptême de notre nouvelle naissance a lieu par ces trois articles. Il nous offre une nouvelle naissance en Dieu le Père par son Fils dans l'Esprit Saint. En effet, ceux qui portent en eux l'Esprit Saint vont à la Parole du Père, c'est-à-dire son Fils, et le Fils les conduit au Père, et le Père leur donne de vivre avec lui pour toujours. Donc, sans l'Esprit, il est impossible de voir le Fils, et sans le Fils, on ne peut arriver auprès du Père, parce que c'est le Fils qui fait connaître le Père. C'est par l'Esprit Saint que cette connaissance a lieu. L'Esprit Saint, lui, c'est le Fils qui le donne selon ce que le Père veut, à ceux que le Père veut et comme il le veut.

St Irénée de Lyon, Démonstration de la Prédication apostolique. 

 

Athanasius