Principe du discours dogmatique: Conclusion

 


 

Suite et fin de notre série.

 Précédemment: Introduction, Première parie, Deuxième partie, Troisième partie.


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Résumons notre propos : la Parole ou l’invocation baptismale engage chaque baptisé à professer le dogme trinitaire, à trouver dans cet unique vrai Dieu tout son bonheur, et à lui rendre grâce pour tout bien.

Le geste baptismal, ou bain du Salut, dépeint la personne et l’œuvre du Christ pour les pécheurs ; en creux, il leur révèle l’état de perdition duquel il les arrache.

Enfin, dans cette œuvre de recréation, l’élément baptismal, ou l’eau, témoigne du fait de la création ; il dirige nos regards vers le siècle à venir en nous enseignant une sage conduite dans le monde présent. Ce faisant, toute l’Histoire – allant de la Création à la Parousie – est embrassée par le sacrement.

Or, ce qui est une fois célébré dans le baptême est le même Évangile qui est continuellement rappelé dans la Cène, ou Eucharistie. Cette promesse de vie ne peut donc pas être reçue autrement que par la foi.


Observation : Certes, une âme sincère, touchée par la Grâce, comprendra les éléments de la prédication chrétienne aussi spontanément qu’un enfant comprend sa langue maternelle. Mais le sacrement permet le passage de cette compréhension initiale — souvent encore fragmentaire — à une interprétation structurée des Écritures.

Que le sacrement constitue une telle « courroie de transmission » entre les Écritures, l’âme croyante et la confession de l’Église, cela se vérifie par la structuration du Credo sur la charpente sacramentelle. Ainsi, la liturgie baptismale rapportée par Hippolyte de Rome vers 215 ap. J.-C., sous la forme d’un interrogatoire trinitaire, en fournit un témoignage explicite :

« Crois-tu en Dieu, le Père tout-puissant ?

Crois-tu au Christ Jésus, le Fils de Dieu, qui est né par le Saint-Esprit de Marie, la Vierge, et a été crucifié sous Ponce Pilate, et est mort, et a été enseveli, et est ressuscité le troisième jour vivant d’entre les morts, et est monté aux cieux, et siège à la droite du Père, et qui viendra juger les vivants et les morts ?

Crois-tu en l’Esprit Saint, et la Sainte Église et la résurrection de la chair ? »

Composés antérieurement au concile de Nicée, de tels formulaires suffisent à montrer que la foi professée dans l’Église pré-nicéenne est substantiellement celle que les grands conciles auront eu pour tâche non pas d’inventer, mais de préciser, de défendre et de normer.



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Dans son baptême, chaque fidèle reçoit ainsi l’empreinte de la foi orthodoxe, afin de la partager et de la garder avec une conviction personnelle. Cependant, nous avons indiqué que la foi chrétienne n’était pas une simple affaire individuelle (§ 4). Il y a en effet une Église chrétienne qui formule solennelle-ment, à l’échelle de l’Histoire, ce que le fidèle croit intimement dans sa vie particulière. Or, au cours de cette Histoire, la communion remontant aux apôtres (la « grande Église », selon l’aveu involontaire du païen Celse) a solennellement formulé et scellé les termes de sa foi, par l’organe de conciles universels.


Observation : Comme nous l’avons vu au cours de cette étude, le christianisme est la religion de l'Incarnation : la Parole a été faite chair (Jean 1: 14). Le Seigneur est venu nous rencontrer dans notre condition, dans notre Histoire (cf. Luc 3,1). On dit à raison qu'il a souffert sous Ponce Pilate. Notre foi n'est donc pas un fait uniquement spirituel, une sorte de corpus d'idées éternelles qui voltigeraient dans nos cerveaux depuis le ciel éthéré. Le christianisme est au contraire un fait historique autant que spirituel ; un fait que l'on peut situer dans l'espace (il s'est diffusé depuis la Judée-Samarie) et dans le temps (depuis le Ier siècle après Jésus-Christ), et qui s’est développé de façon organique jusqu’à nous – malgré, parfois, de graves errements  (cf. Apocalypse de St Jean : lettres aux sept Églises).



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Cet héritage consiste principalement dans le Symbole de Nicée-Constantinople, du nom des deux premiers conciles universels (tenus respectivement en 325 et 381 après Jésus-Christ).


Observation : Dans son combat contre les hérésies, St Irénée de Lyon ne manquait pas de dénoncer leur caractère récent : « Avant Valentin, il n’y eut pas de disciples de Valentin. » (Contre les hérésies IV, 3). A cela il opposait – très justement selon nous – le caractère ancien, public, universel et paisible de l’orthodoxie : « Ainsi, la tradition des apôtres, qui a été manifestée dans le monde entier, c’est dans chaque Église que peuvent la connaître tous ceux qui veulent voir la vérité. Et nous pouvons énumérer les évêques qui furent institués par les apôtres dans les Églises ainsi que ceux qui leur succédèrent jusqu’à nous : ils n’enseignèrent ni ne connurent rien qui ressemblât aux propos délirants que tiennent ces gens-là. » (Contre les hérésies III, 1).

Argument facile à faire valoir au IIe siècle, où le court laps de temps et la relative stabilité des Églises permettaient de tracer l’origine des différents discours. Mais qui pourrait employer un tel argument après vingt siècles d’âpres disputes survenues entre ces Églises mêmes ? Ou plutôt : qui aurait pu recourir à un tel argument si ces mêmes Églises n’avaient pas donné, au sortir des persécutions, une « photographie officielle » de leur foi ? C'est ici qu’intervient le Symbole de Nicée-Constantinople, qui est à la chrétienté ce que le dévoilement du calendrier judiciaire, par Cnaeus Flavius, fut pour le droit romain (cf. Tite-Live, 9, 46, 5), à savoir la publication officielle du catalogue des dogmes, autant que de leur formulation définitive, par le corps indivis des évêques légitimes de la Grande Église. Nous avons dit que cette antique unanimité était le témoignage de l’apostolicité de la foi : la voilà à jamais gravée dans le marbre, garantissant l'apostolicité de la doctrine, et donc de l’Église qui en partage les termes, tous les termes, rien que les termes.

Rome, qui n'y trouve pas son pape, les Orientaux, qui n'y trouvent pas leurs icônes, les Palmariens, qui n'y trouvent pas leur nouvelle adresse, ne peuvent sans doute pas assumer ces conditions. Nous seuls le pouvons.



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Voici le Symbole :


Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre, de toutes les choses visibles et invisibles.

Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils de Dieu, l'unique engendré, qui a été engendré du Père avant tous les siècles, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait; qui pour nous les hommes et pour notre salut est descendu des cieux, s'est incarné de l'Esprit saint et de la Vierge Marie et s'est fait homme; a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate, a souffert et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour selon les Écritures et est monté aux cieux, siège à la droite du Père et reviendra en gloire juger les vivants et les morts : et son Règne n'aura pas de fin.

Et en l'Esprit saint, qui est Seigneur et créé la vie, qui procède du Père, qui avec le Père et le Fils est adoré et glorifié, qui a parlé par les prophètes. Nous croyons une seule Église, sainte catholique ( = universelle) et apostolique. Nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés; nous attendons la résurrection des morts et la vie du monde à venir.

Amen.


Observation : On notera que ce Symbole possède un caractère dogmatique évident, puisqu’il rend témoignage à Jésus-Christ : dans son origine (la Trinité), son être (l’Incarnation) ainsi que son agir (la Rédemption).

Or, nous y trouvons quatre « nœuds », ou quatre grandes articulations de l’Un et du Multiple, qui sont autant de difficultés logiques dans lesquelles se sont engouffrées les grandes hérésies :

1) Un seul Dieu / Père, Fils et Esprit (trois).

2) Un seul Seigneur / Dieu et homme (deux).

3) Un seul baptême / des péchés (plusieurs).

4) Une seule Église / universelle (multitude).



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Dans le Symbole, les évêques légitimes de l’Église chrétienne résumèrent les articles de la foi toujours professée dans l’Église, en soulignant particulièrement sa structure trinitaire – qui était alors attaquée. Ils se prononcèrent ainsi sur la première difficulté qui se présente à nous (dans la parole baptismale) : comment trois (Père, Fils et Esprit) sont-ils un seul Dieu ? Notre brève étude aura montré (partie 1) comment notre baptême nous engage à partager la lecture que les rédacteurs du Symbole firent des Écritures. Dans la mesure où ces termes sont conformes à la foi de leur baptême, il convient que chacun garde ce patrimoine commun, pour l’édification de tous. Car, conformément aux décrets des conciles qui ont suivi, ce Symbole est et doit rester la confession de foi officielle, irréformable et matériellement suffisante de l’Église chrétienne.


Observation : La Grande Église a affirmé ce caractère du Symbole dans les décisions suivantes : Premier concile de Constantinople, canon 1 ; concile d’Éphèse, 6e session ; concile de Chalcédoine, 5e session ; troisième concile de Constantinople, 18e session). Les évêques des communions tombées dans l’hérésie ont dû reconnaître le bien-fondé de ces décisions : aussi bien les monophysites (cf. Philoxène de Mabboug, Dissertation 1,70) que les nestoriens (synode de Séleucie, 585 AD).



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Sans ajouter au sommaire des articles contenus dans le Symbole, les évêques de l’Église chrétienne durent également se prononcer sur la deuxième difficulté qui s’y présente, concernant la Personne du Christ : comment un seul Seigneur est-il Dieu et homme – soit deux choses différentes ?

Présente dans le geste baptismal, cette question se manifestait particulièrement dans la célébration eucharistique. Notre brève étude aura montré (partie 2), combien la réponse des quatre conciles universels suivants était conforme à ce que chaque fidèle est invité à célébrer, aussi bien dans son baptême que dans l’Eucharistie; à savoir : Christ, une seule personne (conciles d’Éphèse, en 431), l’un de la Trinité (Constantinople II, en 553), a personnellement assumé la nature humaine (Chalcédoine en 451) en toutes ses composantes essentielles – notamment la volonté (Constantinople III, en 681 après Jésus-Christ) pour être le parfait Sauveur des hommes. Nous devons semblablement souligner que les définitions des quatre conciles christologiques furent des précisions d’un article du Symbole (l’Incarnation), et non pas des articles ajoutés au Symbole.

Loin d’introduire une rupture doctrinale, la doctrine définie par les grands conciles ne fut donc que la mise en forme dogmatique d’une foi reçue, vécue et transmise dans le baptême. En ce sens, la « loi de la foi » conciliaire (lex credendi) procède de la « loi de la prière » baptismale (lex orandi), laquelle ordonne l’intelligence des Écritures. La continuité entre Écriture, sacrement et dogme permet alors l’unité de la foi de l’Église à travers le temps.


Observation : De l’avis général, l’ensemble de ces six conciles œcuméniques, ou universels, est le patrimoine par lequel la Grande Église a célébré et magnifié la vérité de l’Incarnation. Malgré son attachement aux quelques vingt conciles reconnus par sa dénomination, le théologien catholique romain Édouard Hugon (1867-1929) devait lui-même avouer, dans son livre consacré au Mystère de l’Incarnation, que :

«  Les six premiers conciles sont, en effet, la glorification éclatante du mystère béni de l'Incarnation. A Nicée (325), c'est la divinité du Christ qui est affirmée et adorée, vengée des blasphèmes des ariens et de tous les rationalistes futurs. Au premier concile de Constantinople (381) cette divinité de Jésus est proclamée de nouveau avec la divinité du Saint-Esprit. Le concile d’Éphèse (431) définit le dogme de l'unité personnelle en Jésus-Christ avec le dogme de la maternité divine de Marie, contre les blasphèmes des nestoriens; et le concile de Chalcédoine (451), maintient l'intégrité des deux natures contre l'hérésie eutychienne. Le second concile de Constantinople (553) affirme à la fois l'unité et la dualité des natures; tandis que le troisième concile de Constantinople (680-681) glorifie les deux volontés en Jésus-Christ.

Les hérétiques sont bien morts; l’Église anathématise encore leurs hérésies, et elle continue d'adorer, de louer et d'aimer le Christ, vrai Dieu et vrai homme, personne unique en deux natures dont chacune garde après l'union ses propriétés, son opération distincte, sa volonté distincte; et Jésus-Christ, le Dieu-Homme, reste toujours au sein de l'humanité - nous pouvons bien le redire, ici encore - Celui que l'on adore, que l'on aime et pour qui l'on meurt! »






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Le concile d’Éphèse dut également se prononcer contre une erreur doctrinale, le pélagianisme (7e session, canons 1 et 4). Celle-ci niait la corruption totale de l’humanité en disant que les enfants pouvaient certes être baptisés, mais pas « pour la rémission des péchés » – comme l’affirme pourtant, conformément aux Écritures, le Symbole. La vision qui était au fondement de cette hérésie était « qu’Adam avait été créé mortel; dès lors, qu'il eût péché ou qu'il n'eût pas péché, il devait être frappé par la mort. » Que le péché d'Adam « n'avait blessé que son auteur, et nullement le genre humain. » Que « la loi conduisait au ciel comme l’Évangile », si bien « qu’avant la venue de Jésus-Christ, il s'était trouvé des hommes sans péché. » Ainsi, les enfants à leur naissance étaient « placés dans le même état qu'Adam avant sa prévarication » (cf. St Augustin, Sur les actes du procès de Pélage, 23).

Une telle vision faisait du Christ un modèle nous enseignant l’art de nous sauver nous-mêmes et, de son Esprit, une aide à le faire plus facilement.

Nous avons indiqué, au cours de notre brève étude, comment le pélagianisme était opposé à la foi en laquelle nous engage notre baptême (§§ 12, 16, 21).


Observation : Nous avons souligné la cohérence dogmatique du baptême des enfants (§ 15). Il convient de noter ici que, depuis le IIe siècle, l’origine apostolique et surtout la validité de ce baptême n’ont été remises en question par aucun théologien ou évêque, pas même par Tertullien – contrairement à ce qu’on prétend parfois. Il aura fallu attendre plus de mille ans pour que divers courants, à l’orthodoxie souvent très discutable, nient la validité d’une telle célébration et aillent parfois jusqu’à accuser Saint Augustin d’en être l’inventeur.

Or l'épître de Paul aux éphésiens fournit à elle seule une preuve suffisante de l’apostolicité de cette pratique. Car les desti-nataires de cette lettre sont les « saints et fidèles en Jésus-Christ » (1,1), c'est-à-dire tous ceux qui sont unis par une même foi et un même baptême (4,5). Or, Paul exhorte aussi les enfants des fidèles (6,1-3) à porter le fruit de cette foi et de ce baptême (4, 21-24 / cf. Romains 6,1-4).

Le syllogisme est le suivant:

1) Paul écrit aux baptisés.
2) Les enfants font partie de ses destinataires.
3) Donc, les enfants sont au nombre des baptisés.

Il est impossible de trouver d’objection raisonnable, d’autant que les instructions données aux pères (6,4) impliquent nécessairement que sont ici visés tous les enfants nés de parents chrétiens, dès leurs toutes premières années.

Du reste, toute cette épître affirme que la venue du Christ a étendu et décuplé les dispositions de l'Alliance, jadis appliquées aux seuls Juifs (2,11, ss). C'est pourquoi, comme on le voit aussi ailleurs (cf. 1Corinthiens 7,14), les privilèges des israélites sont universalisés, plutôt que révoqués.

Cette épître, dont le sujet principal est le mystère de l’Église (on ne pourra donc pas nous reprocher d'avoir trahi son propos en y puisant ses grandes lignes) permet ainsi d'affirmer que les chrétiens peuvent et doivent s'approprier l'affirmation bien connue du livre de Josué: « Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel » (24,15).

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Ce n’est que tardivement, lors du deuxième concile de Nicée (787 après Jésus-Christ) que les évêques orientaux, alors soutenus par pape de Rome, ont attenté à la suffisance matérielle du Symbole. Ils ajoutèrent au sommaire de la foi chrétienne le dogme du culte des images – culte qui n’existe en aucune façon dans le Symbole de Nicée-Constantinople. En plus d’ajouter ainsi un nouvel article à la foi et de jeter l’anathème sur les réfractaires (cf. Denzinger, § 608), ce dogme contrevenait ouvertement à la piété chrétienne, ainsi que nous l’avons établi (cf. supra, § 18, Observation).


Observation : De leur côté, les évêques occidentaux ont d’abord repoussé avec horreur ce nouveau dogme (comme en témoignent le concile de Francfort en 794, les livres carolins, ou encore les écrits de St Agobard de Lyon, de Claude de Turin, etc.)

Cependant, de son côté, l’Occident a généralement enfreint la règle de l’irréformabilité de la lettre du Symbole de Nicée-Constantinople, en y ajoutant la clause du « filioque ». Par la suite, la papauté a encore ajouté une inflation dogmatique pléthorique et de plus en plus sacrilège.

La (trop) grande liberté prise avec le Symbole reste le travers des Églises occidentales. Ainsi, la plupart des dénominations protestantes se sont crues autorisées à reléguer le Symbole au musée, pour le remplacer par des confessions plus développées, dans lesquelles chacun y insistait complaisamment sur son schibboleth – avec les résultats que l’on sait. En réaction au libéralisme théologique, les théologiens protestants évangéliques du XXe siècle ont enfin tenté de se recentrer sur le patrimoine essentiel et commun, établissant une liste de quatorze doctrines « fondamentales » – comme l’inerrance des Écritures, la divinité du Christ, sa résurrection corporelle, etc.

Plutôt que d’établir une telle liste artificielle d’articles, l’Église ancienne eut la sagesse de professer la vraie foi dans un ensemble indivisible. C’est à ce Symbole, tel que reçu et précisé dans les conciles œcuméniques, que nous devons avoir la sagesse de revenir, pour le bon ordre, la continuité et l’édification de l’Église.



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Le XVIe siècle a été l’époque d’un travail de précisions dogmatiques et de réforme disciplinaire.

Précisions dogmatiques, parce qu’il restait à articuler les difficultés des deux derniers nœuds du Symbole : un seul baptême/des péchés, et une seule Église/universelle (cf. § 30).

Ce travail a été l’objet de la Confession d’Augsbourg (juin 1530). D’une part, elle a souligné que l’unité de l’Église repose sur l’objet de sa prédication – résumée dans le baptême (article 7). D’autre part, elle a réaffirmé que cette prédication sauvait en étant reçu par la foi (articles 4, 5, 20). Nous avons vu, dans la présente étude, la conformité de ces conclusions avec le témoignage de notre baptême.

Réforme disciplinaire, parce que la période qui a entouré et suivi le deuxième concile de Nicée a été un temps de troubles (concile cadavérique, pornocratie pontificale, etc.) où l’erreur a proliféré (interdiction du mariage des prêtres, superstitions eucharistiques, despotisme papal, etc.)

En rappelant que les pratiques contraires aux Écritures devaient être écartées du culte, la Confession d’Augsbourg frappait ces désordres à la racine.


Observation : Dans cette perspective, la Confession d’Augsbourg n’a pas vocation à remplacer le Symbole ou à être pour les Églises modernes « ce que le Symbole fut pour les anciennes ». Cette Confession n’est pas non plus un « point de départ » dans d’éventuels dialogues œcuméniques ; c’est au contraire le terme, l’interprétation finale des articles sotériologiques et ecclésiologiques du Symbole. A ce titre, cette Confession nous tient lieu de septième concile. Pierre Chaunu concluait pareillement : « Du côté protestant, on peut dire que le (...) concile s'est tenu à Augsbourg et qu'il a abouti le 25 juin 1530 à une définition claire des éléments dogmatiques de la foi chrétienne » (L'aventure de la Réforme, Hermé, Paris, 1986).

Signalons enfin que les signataires de la Confession d’Augsbourg ajoutèrent un appendice à cette dernière, lors du colloque de Smalkalde, en février 1537. Il s’agit du Traité de la puissance et de la primauté du pape, rédigé par Philippe Melanchthon. Ce texte ne repousse pas seulement les prétentions sacrilèges de Rome ; il rappelle aussi les droits et devoirs des baptisés : « Car partout où se trouve l'Église, il y a l'autorité pour administrer l'Évangile. Il est donc nécessaire que l'Église conserve l'autorité d'appeler, d'élire et d'ordonner des ministres. Et cette autorité est un don qui est en réalité donné à l'Église, qu'aucune puissance humaine ne peut arracher à l'Église, comme Paul en témoigne aussi aux Éphésiens lorsqu'il dit – Éphésiens 4:8 : « Il est monté, Il a fait des dons aux hommes. » Et il énumère parmi les dons appartenant spécialement à l'Église des pasteurs et des docteurs, et ajoute que ceux-ci sont donnés pour le ministère, pour l'édification du corps de Christ. Par conséquent, partout où il y a une véritable Église, le droit d'élire et d'ordonner des ministres existe nécessairement. De même, en cas de nécessité, même un laïc absout et devient le ministre et le pasteur d'un autre. Augustin raconte ainsi l'histoire de deux chrétiens dans un bateau, dont l'un a baptisé l'autre (qui était catéchumène), lequel a ensuite donné l'absolution à celui qui l'avait baptisé. »




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« Voici, qu'il est bon et qu'il est agréable que des frères habitent unis ensemble ! »
Psaume 133: 1


Finalement, la Confession d’Augsbourg fut adoptée par l’ensemble des évangéliques, par le moyen de la Concorde de Wittenberg (mai 1536).

Celle-ci n’apportait pas seulement le dernier mot évangélique sur les controverses eucharistiques héritées du temps des troubles : elle affirmait la pleine communion de ses signataires.

Nous voulons réaffirmer cette bienheureuse communion, pour magnifier la réalité historique d’un plein accord, autour de la même vérité, exprimée dans un même Esprit, et comme d’une même bouche (1Corinthiens 1, 10 ; 14, 33, etc.)


Observation : Le protestantisme s'est très tôt divisé en deux branches, « luthérienne » et « réformée » (dont les figures majeures respectives sont incontestablement Martin Luther et Jean Calvin). Cette division originelle est très pernicieuse, car elle sert de précédent et d'alibi à toutes les innovations et contestations survenues depuis. Les ennemis de la Parole de Dieu s’en sont également très tôt servi comme d’une arme. Dans son Histoire des variations des Églises protestantes, Jacques Bénigne Bossuet demandait pour quelle raison les fondements du protestantisme, s’ils étaient bibliques, ne débouchaient-ils pas sur son unité confessionnelle. Leibniz lui rétorqua que les protestants étaient satisfaits d'appartenir à des Églises changeantes. Réponse aussi désespérante que désespérée, et qui ne pouvait profiter qu'au libéralisme !

Nous nions précisément que le protestantisme soit privé de la bénédiction de l’Unité – ou de celle de la constance et de l’assurance dans sa prédication. Car la Concorde de Wittenberg, signée aussi bien par Martin Luther et Philippe Melanchthon que par Martin Bucer, établissait canoniquement la pleine communion de chaire et d'autel entre ses signataires.

Certes, dans la tradition « luthérienne », la Concorde de Wittenberg a été dénigrée au motif qu'elle aurait été viciée, dès l'origine, par la duplicité des signataires de l'autre école. Mais cette accusation, fantaisiste, a été réfutée depuis longtemps (cf. Deux textes concernant la Concorde de Wittenberg de 1536 , Fernand Ménégoz, Revue d'Histoire et de Philosophie religieuses Année 1940 20-4 pp. 219-221).

De même, parmi les « réformés », on trouvera sans doute des théologiens réticents à revenir à cette Concorde. Le très conciliant Bucer y aurait fait trop de concessions aux conceptions particulières de Luther sur la Cène. Il conviendrait donc de l'oublier au profit de textes plus spécifiquement « calvinistes » et potentiellement plus ouverts à un certain symbolisme – si répandu, hélas, dans certains milieux.

Face à cette attitude de puristes plus royalistes que le roi, nous croyons devoir rappeler que dans une lettre datée de novembre 1539, Jean Calvin a lui-même approuvé cette Concorde de Wittenberg et s’est dit résolu à la défendre (Herminjard, Correspondance des Réformateurs, volume 6, page 132. Dans le même sens, voir la lettre de Martin Bucer à Veit Dietrich , en date du 19 novembre 1539).

On comprendra donc l'importance que revêt à nos yeux ce document, témoignage irrécusable de l’Unitas protestantium, laquelle n’est rien d’autre, en définitive, que l’unité chrétienne.


FIN



Bucerian 

Commentaires

Alain Rioux a dit…
Voici, un exposé théologique magistral qui réussit le tour de force d'embrasser la substance de la doctrine chrétienne, au moyen de la synthèse baptismale. De sorte que, les énoncés de foi, loin de s'étioler en concepts abstraits, retiennent toute leur efficacité pratique pour le salut de quiconque croit. Bravo!
Anonyme a dit…
En résumé, même si comparaison n'est pas raison, le baptême apparaît comme la main qui appuie simultanément sur le "Do" (tonique) des Ecritures, sur le "Mi" (tierce majeure) de la chrétienté historique, et sur le "Sol" (quinte juste) de chaque chrétien, afin de donner un accord harmonieux : Do majeur. Tout le reste n'est que chant des sirènes hérétiques et autres bruits, ou criailleries, schismatiques...
Anonyme a dit…
Oui, de la théologie "bien tempérée", en quelque sorte.

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