Être sauvé
L'épisode du geôlier de Philippe a de quoi nous interpeller : non seulement parce qu'on se plaît à imaginer Paul et Silas prêchant l’Évangile à la lueur des lampes à huile, mais aussi (et surtout) en raison de la question qui est au cœur de l'entretien: Que faut-il que je fasse pour être sauvé ? Cette question du verset 30, la réponse qu'elle reçoit et le résultat qui en résulte est tout ce que chacun de nous a le plus grand besoin. Voici donc quelques notes concernant ce passionnant échange.
1. La question est posée aux hommes de Dieu. Il pourrait sembler inutile de le préciser, mais la chose a son importance. A la même époque (et ce n'est rien dire des temps qui ont suivi) la même question a sans doute été posée à des faux-docteurs, lesquels avaient pourtant le nom de Jésus-Christ sur les lèvres - et leurs réponses furent sans doute bien différentes de celle de Paul (cf. 2Pierre 2: 1, ss; Actes 15: 1, ss; Galates 1: 8-9; 2Corinthiens 11: 13, etc.)
Leurs réponses étaient fausses, parce qu'elles trahissaient le doux Nom de Jésus (= Sauveur), faisant de lui une condition préalable de Salut plutôt que le véritable et parfait Sauveur. Le ministre fidèle enseignera au contraire à invoquer le Fils de Dieu pour lui dire: Tu te nommes le Sauveur: fais-moi selon ton nom" (*).
C'est ce que répond ici l'homme de Dieu, lui dont le ministère était scellé par les miracles, et qui était en communion avec les autres apôtres historiques (Galates 2: 9). Non pas "Crois au Seigneur Jésus et tu pourras commencer à créditer ton salut par tes efforts et tes œuvres", mais "Crois au Seigneur Jésus-Christ et tu seras sauvé..." (verset 31).
2. Quoique les apôtres aient cessé leur
office, nous avons encore aujourd'hui leur prédication - la Parole de
Dieu même ! - dans les livres canoniques de la Sainte Bible. Or, les apôtres n'ont pas prêché un "Jésus" réduit aux syllabes de son nom, mais le Jésus, historique, qui est né de la Vierge Marie, qui a prêché, qui a opéré les miracles, qui est mort et ressuscité sous Ponce-Pilate. C'est ce Jésus (et nul autre que Lui) qui est le Sauveur de quiconque croit en Lui. C'est ce Jésus que les apôtres ont prêché fidèlement (verset 32). C'est cet Évangile qu'il est indispensable de croire et de garder pour être sauvé (1Corinthiens 15: 1, ss). C'est la raison pour laquelle il n'est pas plus convenable d'effacer la [doctrine de] foi sous prétexte de valoriser la foi du cœur, qu'il n'est convenable de relativiser l'importance de la foi du cœur au prétexte que la [doctrine de] foi serait si forte que sa seule célébration extérieure agirait mécaniquement.
3. Le geôlier fut baptisé, avec tous les siens (verset 33). Nous ne reviendrons pas sur la pertinence de telles mentions (cf. Actes 16: 15, etc.) pour la défense du baptême des enfants, mais nous nous concentrerons sur le rapport de ce passage avec la doctrine orthodoxe du Salut par la foi seule. Ailleurs en effet, Paul écrit que nous sommes enfants de Dieu "par la foi en Jésus-Christ" avant d'ajouter ces mots: "car vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu le Christ" (Galates 3: 26-27). Qu'est-ce à dire, sinon que le baptême reçu par le geôlier est l'emblème et le résumé de l’Évangile sur lequel s'appuie victorieusement sa foi ?
Beaucoup d'évêques et de pasteurs corrompent et trahissent
aujourd'hui encore cette vérité centrale des Écritures - allant jusqu'à condamner comme hérétiques et novateurs ceux qui n'admettent pas leurs opinions sacrilèges; mais nous avons le Symbole
de foi de l’Église historique
et légitime, qui nous prouve que nous n'entendons pas ici l’Évangile
autrement que comme l'a fait (et comme le fera toujours) la sainte et seule
véritable Église apostolique. C'est que nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés, ce qui implique le salut par la foi seule (celle-ci étant toujours l'unique moyen de recevoir l’Évangile qui nous est récapitulé dans le baptême, Évangile qui est en effet la puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit / Romains 1: 16).
4. Le geôlier s'est réjoui d'avoir cru (verset 34). S'est-il réjoui de lui-même ? Etait-il l'Auteur et l'Objet de cette Joie ? Il faut certes un bon cœur pour recevoir la Bonne Nouvelle de l’Évangile (cf. Luc 8: 15). La Joie du geôlier consistait-elle donc en ce que sa foi lui dévoilait combien son cœur, dans le plus grand secret, avait toujours été bon ? Se félicitait-il de sa contribution, si décisive, à son propre Salut? Se congratulait-il de ce qu'il avait eu un esprit capable de rencontrer Celui, immense, du Seigneur ? Une telle joie eut été celle d'un damné plutôt que d'un saint (cf. Luc 18: 11).
Le geôlier devait sa Joie, et donc aussi sa foi elle-même, au Seigneur (cf. Philippiens 1: 29). Non pas en ce que le Seigneur, en son Évangile, avait simplement été la condition préalable de la foi salutaire, mais en ce qu'il en était l'Auteur et le Donateur efficace. Le Seigneur, par sa seule et unique Grâce, avait vaincu tous les obstacles - surtout celui du cœur si mauvais de notre homme!-, pour y installer son Règne. C'est ainsi que son nom était inscrit dans les Cieux, pour son plus grand bonheur (cf. Luc 10: 20).
"Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés; je vous purifierai de toutes vos souillures et de toutes vos idoles. Je
vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai en vous un esprit
nouveau; j'ôterai de votre corps le cœur de pierre, et je vous donnerai
un cœur de chair. Je
mettrai mon esprit en vous, et je ferai en sorte que vous suiviez mes
ordonnances, et que vous observiez et pratiquiez mes lois" (Ézéchiel 16: 25-27).
Cette Joie d'avoir été grandement pardonnés - Joie que nous partageons si nous croyons la Parole de Dieu - doit nous motiver à servir le Seigneur dans l'amour de nos frères. Si nous vivons de l'Amour et du Pardon de notre grand Dieu, nous vivrons et refléterons son Pardon et son Amour envers notre prochain. Alors, quoique nous ayons la Vie par la foi seule, notre foi ne sera jamais seule et nos œuvres montreront combien nous avons reçu, en Christ, grâce sur grâce.
Bucerian.
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(*) Jean Gerhardt, Méditations, IV.
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