dimanche 10 décembre 2017

Avent, 2e dimanche





Pour ce deuxième dimanche de l'Avent, une série publiée sur le blog en 2012.

1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9.


Bonne lecture, et que le Seigneur vous bénisse.

Bucerian

vendredi 8 décembre 2017

Avent: l'étoile de Béthléem?




Des chercheurs croient avoir identifié ce qu'était l'étoile de Béthléem qui a guidé les mages venus d'Orient vers l'enfant Jésus, à Béthtléem en Judée, rapporte ChristianHeadlines le 7 décembre.


Qu'en pensez-vous?


Bucerian

L'Avent, pas la mariolâtrie

"De la Mère du Seigneur fut assumée la nature, non la faute"
- St Léon le Grand, évêque de Rome, dans sa Lettre à Flavien, au concile œcuménique de Chalcédoine.



Aujourd'hui, 8 décembre, le papisme célèbre le prétendu dogme de l'Immaculée conception, promulgué en l'an... 1854.

Cet article est si ancien et incontesté parmi les baptisés qu'il est rejeté jusqu'à présent, aussi bien par nous (Protestants)  que par les Byzantins ("Orthodoxes".
En Occident même, jusqu'au Moyen Âge, les auteurs les plus réputés (Bernard de Clairveaux, Thomas d'Aquin...) ne firent aucun cas de cette fable.

Sans écouter les discours novateurs par lesquels les hommes veulent nous distraire et nous égarer, nos regards doivent rester fixés sur le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ qui a sauvé ses élus, dont la Vierge, de leurs péchés (Luc 1. 47/ Matthieu 1.21).




Bucerian

mercredi 6 décembre 2017

Les coucous gris de la Fédération Protestante de France

Lundi 4 décembre 2017, la Fédération Protestante de France (FPF) publiait une déclaration fraternelle au Judaïsme, intitulée: "Une mémoire qui engage".

L'objectif principal de ce document était de reconnaître le Judaïsme comme une voie particulière de rédemption. Cette entreprise, consistant à valider la tradition pharisienne comme équivalente à Jésus-Christ, est une pure et simple apostasie qui a déjà été réfutée. Je n'y reviendrais donc pas ici.
.
L'un des moyens de cette entreprise ténébreuse était l'affirmation de la "coresponsabilité des chrétiens dans la tragédie de la Shoah", singulier amalgame par lequel la mémoire de nombreux héros, persécutés, torturés et tués dans les camps, dans les geôles de la Gestapo, dans les maquis ou dans les sables de Libye et de Normandie, se trouve traînée dans la boue, pêle-mêle avec celle des assassins Nazis.
Ici encore, chacun jugera en conscience et je ne m'étendrais pas sur cette accusation, sinon pour dire que le respect que nous devons aux victimes de la Shoah (à commencer par le fait de ne pas instrumentaliser leur mémoire pour appuyer des pseudo-théologies) ne saurait constituer le point de départ de la théologie chrétienne - dont la source est close, depuis environ 20 siècles.

Toujours est-il que la déclaration de la FPF commence par ces deux phrases:
"En 2017, les protestants commémorent 500 ans de Réformes (*). Dans leur grande diversité, les héritiers de Martin Luther abordent cet événement avec reconnaissance."
 A priori insignifiantes (comparées aux énormités qui jalonnent le reste du document) ces quelques lignes posent pourtant deux grands problèmes:

1) La FPF n'entend pas célébrer les 500 ans de la Réforme Protestante (à l'exclusion des Réformes Tridentine, anabaptiste et spiritualiste qui lui sont incompatibles), mais plutôt: 500 ans de Réformes (permettant d'inclure, en plus des trois susmentionnées, les autres "réformes" introduites depuis et qui ont une place centrale dans la "Fédé", à savoir: la Réforme de la "Libre Pensée", celle du "Mariage pour Tous" et tant d'autres choses semblables).
Ce faisant, il n'est plus question pour cette organisation de commémorer une époque où l’Évangile éternel (et exclusif!) fut réaffirmé avec force, mais de célébrer au contraire la licence qu'elle s'est donnée, prétendument à l'exemple de Luther, de croire ce qu'elle désire.

2) Les membres de la Fédération Protestante de France s'auto-proclament "héritiers de Luther". En ce qui me concerne, j'ai déjà exprimé mon refus de telles visions, étant entendu que ce dont le Chrétien est héritier, c'est du Royaume de Dieu en Jésus-Christ, son Seigneur.
A ce titre (n'étant pas disciple de Luther) je n'ai aucune difficulté à me démarquer des idées personnelles et/ou politiques (marquées par son temps), et que l'on trouve exprimées dans certains ouvrages du Réformateur de Wittenberg. Mais puisque la Fédération éprouve un grand besoin de revendiquer l'héritage spirituel de notre frère, Martin Luther de Bienheureuse mémoire, considérons ce que l'homme de Dieu a écrit en 1528, dans un ouvrage consacré à la Cène du Christ:

"Puisque je vois que la division et l'erreur augmentent avec le temps (...) de peur également qu'ensuite au cours de ma vie, ou après ma mort, certains ne puissent avoir recours à moi et invoquer faussement mes écrits (...) je veux (...) confesser point par point devant Dieu et le monde entier la foi dans laquelle je compte rester jusque dans la mort et avec laquelle (Dieu m'y aide) je veux quitter ce monde et arriver devant le tribunal de Notre Seigneur Jésus-Christ. Et si, après ma mort, quelqu'un disait: si Luther vivait encore, il enseignerait et tiendrait tel ou tel article différemment (...) je rétorque que (...) j'ai médité tous ces articles avec le plus grand zèle, que je les ai souvent réexaminés en les comparant à l’Écriture (...) et que je suis prêt à les défendre avec autant d'assurance que j'ai employée maintenant (...). Je ne suis actuellement ni ivre, ni irréfléchi. Je sais ce que je dis et je sens bien également ce que cela signifie pour moi dans la perspective de la venue de Notre Seigneur Jésus-Christ au jugement dernier. C'est pourquoi, personne ne doit m'accuser d'être un plaisantin ou un vain diviseur."

S'ensuit une confession dont le contenu est substantiellement le même que celui de la Confession d'Augsbourg, rédigée, deux ans plus tard, pour être la confession de l’Église dont Luther fut membre jusqu'à la fin de sa vie.

Ainsi, pour être un "héritier de Luther" quelque peu crédible, encore faudrait-il montrer que la doctrine que l'on professe n'a pas été rejetée par Luther comme diabolique -- à l'instar de Zwingli et ses opinions, à Marbourg. 
Or la plus élémentaire honnêteté intellectuelle oblige à constater que Luther condamne avec la plus grande fermeté (malgré cinq siècles de distance) les doctrines enseignées par les membres de la FPF et que ce n'est qu'en se référant à un Luther imaginaire, un Luther qui n'a jamais existé, que les membres de la FPF peuvent s'en dire "héritiers" (et, pourquoi pas: fils chéris?)
A ce rythme, on trouvera bientôt que Michel Servet fut l'héritier de st Athanase ou que Calvin fut l'héritier de Pélage!

Pour conclure, les membres de la FPF sont, tels des coucous gris, les héritiers de gens dont Luther a dit: "nous n'avons pas le même esprit" et qui sont néanmoins venus déposer leur progéniture dans le nid qu'il avait habité.
Et comme les coucous gris, ces prétendus héritiers de Luther ne squattent le nid que pour le détruire: c'est ainsi que nous les voyons se livrer à un soi-disant exercice d'autocritique à l'égard de positions de l'homme Luther, uniquement pour attaquer férocement sa théologie -- et celle des Églises fidèles.

Des héritiers? Non. des imposteurs.



Bucerian


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(*) En italique dans le texte.











lundi 4 décembre 2017

Réforme de l'Islam

La "Réforme" Chrétienne a consisté dans un scrupuleux retour au texte inspiré (Sola Scriptura) guidé par le motif de la recherche de la gloire de Dieu, envers et contre toutes les pensées philosophiques, théologiques ou politiques dominantes (Soli Deo Gloria).

C'est tout le contraire de la réforme du Judaïsme (motivée par un désir d’accommodement à la modernité) et, maintenant, de l'Islam.

 C’est un événement considérable et peut-être historique. L’Arabie saoudite a annoncé en octobre, sans trop de tapage, la création d’un Centre des hadiths du Prophète. Ce centre devra “expurger les compilations des faux hadiths, de ceux qui sont en contradiction avec le Coran ou de ceux qui sont utilisés pour justifier et alimenter le terrorisme“.

Cette nouvelle nous indique plusieurs choses sur la nature de la religion mahométane: 

1) Il s'agit d'une religion élaborée et modifiée à volonté par le pouvoir politique, plutôt que d'une révélation divine (les califes n'ayant pas hésité à brûler, même, de nombreuses versions du coran).

2) Contrairement à la Bible, le coran, tout descendu du ciel et infaillible qu'il prétend être, n'est pas un livre auto-suffisant. Il est nécessaire de le lire à la lumière de faits et gestes rapportés par d'autres moyens (notamment pour en connaître la partie médinoise et la partie mecquoise), afin d'en comprendre le contexte. Or ces derniers récits ne sont pas considérés comme descendus du ciel, ou infaillibles. L'islam se présente donc comme un mixe de deux sources hétérogènes, l'une soi-disant infaillible (Le coran), l'autre humaine (recueils de hadiths, etc.)
C'est, donc, une horrible masse aux pieds d'argile. 

3) Enfin, que le coran ne puisse pas être une révélation divine est un fait établi par son rapport à la fois dépendant de la Bible et contradictoire à son message.

Aussi devons-nous inviter les musulmans à rejeter cette construction entièrement humaine et contraire à la seule révélation divine, que nous trouvons dans les Écritures saintes, en Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu, notre seul Sauveur.

Bucerian


dimanche 3 décembre 2017

Avent 2017 - dimanche 1






De l'avis de beaucoup de nos contemporains, l'humanité a besoin d'un retour aux valeurs: valeurs morales, valeurs humaines, etc. 
Corrigeons cette pensée de l'homme qui cherche les bénéfices qu'il pourrait retirer de Dieu tout en continuant d'exclure et d'ignorer Dieu lui-même, et disons que ce dont l'humanité a besoin n'est pas tant d'un "retour aux valeurs morales", mais de la Présence de Dieu. 

Pas de n'importe quel dieu, mais du seul véritable Dieu: celui dont le Nom a été invoqué sur nous à notre baptême et auquel il faut regarder avec foi: le Père, le Fils et le Saint Esprit; car c'est ce Dieu un et trine qui nous a créés à son image, ainsi que nous le lisons dans les premières pages de la Genèse:
"Faisons l'homme à notre image,
selon notre ressemblance...
Et Dieu créa l'homme à son image,
Il le créa à l'image de Dieu,
il les créa mâle et femelle" (Genèse 1. 26-27).


La période de l'Avent est une période d'attente. L'attente de la venue du Christ, Dieu fait homme, par qui Dieu habite avec nous.
Que cette période soit l'occasion pour nous d'ouvrir toujours plus nos cœurs à la présence du Dieu vivant, qui nous montre son visage en Jésus-Christ.
Cherchons-le dans les Écritures divinement inspirées. Accueillons-le dans les Sacrements divinement institués. Louons-le dans la liturgie de l’Église. Aimons-le dans notre prochain, en particulier dans nos frères. 
Prions-le quotidiennement, seuls et avec d'autres fidèles, dans la communion de l’Église universelle.

Bucerian

mercredi 22 novembre 2017

Perspective confessante: petit rappel





Certes, une Église doit être dotée d'une confession de foi, si elle ne veut pas être confondue avec un vulgaire club maçonnique. Mais si l’Église concernée ne veut pas devenir une malheureuse secte, encore doit-elle connaître le centre de gravité et la juste perspective du confessionnalisme.

Or, le seul Credo de l’Église UNIVERSELLE est celui que cette même Église a unanimement formulé: le Symbole inaltéré de Nicée-Constantinople, dont l'existence même constitue la condamnation du libéralisme théologique.
Le propos du Symbole a été réaffirmé et précisé (sans que le Symbole ne soit remplacé) par les affirmations des conciles UNIVERSELLEMENT reçus, tenus contre les hérésies nestorienne, pélagienne, monophysite, origéniste, monothélite, etc. [Éphèse, Chalcédoine, Constantinople II et III]. 

Ces conciles ont été NÉCESSAIRES (en garder les définitions l'est tout autant!) car il y était question d'articles vitaux, pas de considérations superflues. Ils furent les champs de bataille de la foi contre ses contrefaçons fatales; pas les terrains de jeu de quelques subtils querelleurs.

Quant à la bataille pour l’Évangile, relatif à l'article de la rémission des péchés,  au rôle de la foi et de la grâce (monergisme), la précision dogmatique a été apportée à Augsbourg, en 1530, au moyen de la Confession du même nom. 
Reçue, dès 1532 et surtout en 1536 (Concorde de Wittenberg), par l'ensemble du Protestantisme -- ainsi que l'a noté Pierre Chaunu, dans son Temps des Réformes -- on ne trouvera rien d'égal en matière de fidélité aux Écritures, de simplicité évangélique, et d'universelle réception par les saints.

Considéré dans cette perspective, c'est-à-dire la perspective d'un christianisme qui n'est pas né au XVIe (ou, pire, au XVIIe siècle!), il est bien entendu que nous devons protester un christianisme confessionnel, et même verbatim.
Mais cela ne doit pas être confondu avec l'idée selon laquelle chaque clocher serait en droit de rédiger la charte de son opiniâtre hétérodoxie, menant à un pluri-sectarisme que, faute de pouvoir assumer, on tente ensuite, vainement, de surmonter par un œcuménisme relativiste.

Bucerian

samedi 18 novembre 2017

L'Evangile, noyé dans les abysses du langage diplomatique

Après la Fédération Luthérienne Mondiale, le Conseil Méthodiste Mondial et la Communion Mondiale d’Églises Réformées, c'est au tour de la Communion Anglicane d'en finir officiellement avec la proclamation de l'unique Évangile de Notre Seigneur Jésus-Christ, et de cautionner, par son silence, l'apostasie tridentine - ainsi que toute l'abomination papale.
Les pans entiers d'un certain protestantisme moisi a donc fini de pourrir complètement, et l'Antichrist de Rome peut se féliciter de n'avoir rien perdu de son pouvoir de séduction des masses [impies]. 

Le temps est donc venu de prendre conscience que nous ne sommes plus au temps des subtiles guéguerres de chapelles.

Tout ce qui compte de véritable protestantisme doit se rallier sous une même bannière, un même Symbole,  celui de son Seul Seigneur, pour résister à ce monde impie (sécularisation, etc.), aux religions humaines (islam, etc.) et, surtout, à la contrefaçon de christianisme (Rome et ses vassaux), imposture suprême.

Bucerian

jeudi 16 novembre 2017

Ruine de la mythologie darwiniste





CHRONIQUE - À travers un éloge du langage humain, le célèbre romancier américain Tom Wolfe sonne la charge contre le darwinisme et, au-delà, contre l'establishment. Féroce et jubilatoire.


Bucerian

mercredi 15 novembre 2017

Annotations sur le Credo #28


Il procède du Père

Introduction:
L’Église chrétienne a été confrontée à de grandes controverses au sujet de la Personne et de la nature du Saint Esprit -- que les ariens de toutes sortes voulaient considérer comme une créature, sinon comme une simple force impersonnelle, de toutes façons inférieure au Père comme au Fils.
Cette opinion est inacceptable pour l'oreille croyante qui, même illettrée (1), resterait imperméable à l'hérésie en raison de son initiation chrétienne, au travers du sacrement baptismal (anciennement appelé, non sans grandes raisons: "illumination").
La sainte Église de Dieu, réunie en concile à Constantinople (mai-juillet 381), n'a pas seulement réaffirmé la personnalité du Saint Esprit, mais aussi sa divinité, tout en maintenant l'unité de la divinité, en confessant, sur une base scripturaire indéniable, que l'Esprit saint procède du Père (Jean 15: 26).
Ainsi était tracée la frontière légitime entre l’Église et le monde; à savoir: non pas dans dans le fait de dogmatiser des méditations assurant le mieux-être de l’Église ou de la foi, mais dans le fait d'affirmer les articles indispensables au Salut -- de sorte à ne pas mettre dehors celles et ceux qui, sur le reste, balbutieraient encore.

Aussi est-ce à bon droit que l'on a considéré ce Symbole de Nicée-Constantinople comme LA Confession nécessaire et suffisante de la Vérité chrétienne et que le conciles universels subséquents interdirent à QUICONQUE d'y retoucher (cf. actes du Concile de Chalcédoine).



I - Filioque

Bientôt, la réflexion s'approfondit en Occident, principalement par l’œuvre de st Augustin dans son Traité consacré à la Trinité. A la suite de ce docteur, les occidentaux enseignèrent que l'Esprit saint procède non seulement du Père, comme terme de la Trinité, mais qu'il procède du Père et du Fils (en Latin: filioque), comme leur lien d'amour mutuel. Cela ne signifie pas qu'il y ait deux principes, ou que l'Esprit procède du Père et du Fils au même sens et de la même manière. Il reste bien finalement un seul principe, le Père qui, pourtant, donne au Verbe qu'il engendre de faire procéder (2).
On alla même, en Occident, jusqu'à insérer le filioque dans le Symbole (3e concile de Tolède, en 589).
Cette façon d'exposer le mystère souleva des difficultés aux orientaux et même de graves querelles. Ainsi, au IXe siècle, Photius, le patriarche de Constantinople, consacra de grands efforts contre la façon occidentale de présenter la doctrine (3).
Néanmoins, le patriarche d'Occident (l'évêque de Rome) s'étant solennellement engagé à ne pas insérer la doctrine du filioque dans le Symbole, la controverse ne brisa pas l'unité.
Ce n'est que lorsque ce même patriarche auto-proclamé chef de l’Église universelle, se mit à approuver et même à ordonner l'ajout du filioque dans le Credo que "l'unique tunique" fut déchirée et que la 'chrétienté' s'en trouva divisée pour mille ans (schisme de 1054).
Ce faisant, il est évident que le pape de Rome, en plus de s'être excommunié par son entreprise de remaniement du Credo, porte la responsabilité exclusive de la division



II. Opinion de certains orientaux


De leur côté, des orientaux (tels que Grégoire de Palamas) n'ont pas seulement rejeté l'outrecuidante prétention papale à retoucher (seul, qui plus est!) le Credo de l’Église mais ont aussi accusé la doctrine du filioque d'être, en tant que telle, contraire au Credo et d'être la doctrine d'une fausse trinité, comparable à la trinité des ariens ou des manichéens. Le Dieu d'Augustin ne serait pas le Dieu d'Athanase!
Cette dernière opinion, fort polémique, paraît peu défendable et pour plusieurs raisons:

1) Les méditations de st Augustin ont été guidées par les Écritures saintes (cf. Rom 8.9) et la volonté de rendre compte du rôle du Fils dans la spiration de l'Esprit -- rôle que les orientaux ne nient pas catégoriquement, puisqu'ils admettent la formule selon laquelle l'Esprit procède du Père par le Fils.

2) Il n'est pas vrai de dire que le filioque est, comme tel, contraire au Credo, car le Symbole ne précise pas que l'Esprit procède du Père seul, mais dit seulement que l'Esprit procède du Père. La nuance est grande. Par exemple, l’Écriture emploie des expressions exclusives pour nous faire comprendre que nous sommes sauvés par la foi seule: il y est question de la foi sans les œuvres, etc. mais aucune assertion semblable ou équivalente n'existe dans le Credo pour discréditer le filioque, de sorte que cette doctrine n'est pas incompatible avec la vérité professée par l’Église chrétienne.

3) Si le filioque était équivalent à l'arianisme, st Augustin aurait été excommunié au lieu d'être salué, par le cinquième concile universel, comme une "lumière de l'Afrique".

Par conséquent, si les orientaux ont eu entièrement raison de refuser l'altération du Credo, certains parmi eux ont exagéré et gravement fauté en accusant la doctrine.
C'est pour cela que nous suivons et recommandons l'attitude de l'ancien évêque de Rome, Léon III (4), qui refusa l'insertion du filioque dans la lettre du Credo tout en souscrivant publiquement à la théologie du filioque. Car c'est une chose d'enseigner une doctrine que le Credo de l’Église permet de soutenir; c'en est une autre d'imposer comme un dogme ce qui n'est pas indispensable au Salut.

Conclusion

Les protestants que nous sommes ont-ils des leçons à tirer de cette controverse? Ont-ils des conclusions à en tirer? Cette histoire semble lointaine, poussiéreuse et l'on devine la mauvaise foi politicienne avec laquelle les archevêques du moyen-âge (5) ont parfois pu instrumentaliser ces questions pour asseoir leur pouvoir.
Pourtant, oui, cette controverse sur le filioque est riche d'enseignements pour nous.

1)  Elle oblige d'abord les "Protestants confessionnels" que nous sommes à retirer des œillères qui ont tendance à nous centrer sur le XVIe siècle. Cette controverse sur le Credo doit nous permettre de remettre les différents "Livres Symboliques" dans une juste perspective.
Le "Livre de Concorde" des Églises Luthériennes, par exemple, suggère que la Confession d'Augsbourg serait pour les chrétiens contemporains ce que fut le Symbole de Nicée-Constantinople pour les anciens. Et d'autres ne sont pas loin de penser, sans doute, que ce rôle revient plutôt aux standards de Westminster, etc. Or il n'est pas question (et il ne sera jamais question!) d'adopter un nouveau Credo à chaque époque. Le Symbole inaltéré de Nicée-Constantinople est le Credo qui délimite a priori suffisamment les frontières de la chrétienté.
Il y eut, certes, des réaffirmations et des précisions du propos de ce Credo, dans les conciles universels subséquents (Éphèse, Chalcédoine, Constantinople II et III pour la Christologie; Augsbourg pour l'article baptismal, ou la rémission des péchés) mais ces sortes d'amendements ou d'annexes au Credo ne doivent ni remplacer le Credo, ni outrepasser son objectif: dire l'essentiel; confesser la vérité du Salut. A l'époque de la Réforme par exemple, la Confession d'Augsbourg était l'indispensable rappel et témoignage du vrai Évangile, du monergisme (sola fide, sola gratia), de l'exclusivité de la foi -- en même temps que du rappel à s'en tenir à la foi traditionnelle, contre les mouvements révolutionnaires. Loin s'en faut que ladite confession puisse servir de précédent à ceux qui désirent inonder le monde de nouvelles confessions, destinées à satisfaire leurs opinions du moment plutôt qu'à rendre gloire à Dieu.

2) Cette réappropriation du Symbole et cette remise en ordre dans nos bibliothèques doit naturellement nous conduire à la question suivante: puisque le Symbole de Nicée-Constantinople, œuvre de deux conciles universels, confirmé par sa réception liturgique de toutes les Églises locales, est fondamentalement notre seule confession de foi, ne convient-il pas de veiller rigoureusement à son contenu?
On se souvient de la levée de boucliers des "Luthériens" au sujet de la Confession d'Augsbourg altérée de 1540 (qui, pourtant, avait reçu une approbation de tous les évangéliques et de Luther même!). Pourra-t-on être plus indulgents envers le texte de Nicée-Constantinople-Tolède?
La réponse est naturellement "non".
Certes, on pourrait toujours dire que, la doctrine du filioque étant correcte, on peut licitement réécrire le Credo. Mais à ce rythme, y aura-t-il encore un texte commun à tous? Qui sera la main autorisée pour écrire au nom de tous? Et aura-t-on jamais fini d'écrire?
Il faut donc que ce que les assemblées universelles, universellement confirmées, ont produit (et à quoi d'autres assemblées, ou synodes, pareillement universelles et universellement reçues, ont interdit d'apporter modification) soit gardé tel et immuable. Il en va de la cohérence et de la discipline de l’Église.
Et en réalité, puisque l’Église elle-même s'est interdit de changer le Credo (voir les canons des conciles mentionnés supra), la seule altération légitime de ce Credo de l’Église universelle (voir ici) ne pourrait s'imposer que par la main de quelqu'un qui, sur la terre, serait placé au-dessus de l’Église tout entière.
Existe-t-il une telle autorité?
Depuis l'an 1870 (concile Vatican I) les catholiques romains estiment que oui. Cette autorité est pour eux le pape de Rome. Et c'est finalement sur cette autorité que, en toute cohérence, ils peuvent justifier ce changement.
Mais les protestants que nous sommes seraient bien mal inspirés de souscrire à un tel changement dans la lettre de notre confession de foi (6)...


Bucerian  

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(1) St Irénée de Lyon, (Contre les hérésies III), rapporte le fait des "barbares" ne pouvant lire les Écritures et qui demeurent cependant fidèles, capables de fuir les discours sacrilèges des hérétiques. A moins que cela ne soit dû à une vassalisation des barbares en question envers la personne de leur évêque orthodoxe (ce qui rendrait leur foi suspecte de n'être qu'un fidéisme aveugle envers des hommes) reste le fait sacramentel: élément uni à la Parole (st Augustin), ou geste dans lequel est récapitulé l’Évangile, le contenu essentiel des Écritures, baptême et eucharistie contiennent, telle la double hélice de l'ADN, l'information irréductible qui assure la résilience de l'orthodoxie face à ses contrefaçons.

(2): Saint Augustin, De la Trinité, XV, xvii, 29: "Et cependant ce n’est pas sans raison que, dans cette souveraine Trinité, le nom de Verbe de Dieu n’est donné qu’au Fils, le nom de don de Dieu n’est donné qu’au Saint-Esprit et celui de Dieu le Père au principe dont le Verbe est engendré et dont procède en premier lieu le Saint-Esprit. J’ai dit : en premier lieu , parce qu’on découvre que le Saint-Esprit procède aussi du Fils. Mais le Père a donné cela au Fils, non en ce sens que le Fils existât avant de l’avoir; mais tout ce que le Père a donné à son Verbe Fils unique, il le lui a donné en l’engendrant. Il l’a donc engendré de manière à ce que le Don commun procédât aussi de lui, et que l’Esprit-Saint fût l’Esprit des deux. Ce n’est donc pas rapidement et au vol, mais sérieusement qu’il faut considérer cette distinction au sein de l’indivisible Trinité. Voilà pourquoi le Verbe de Dieu a été proprement appelé Sagesse de Dieu, bien qui le Père et le Saint-Esprit soient sagesse. Si donc le nom de Charité a pu être le nom propre d’une des trois personnes, à qui convient-il mieux qu’au Saint-Esprit? En ce sens cependant que, dans cette simple et souveraine nature, la substance et la charité ne soient pas choses différentes; mais que la substance elle-même soit charité, et la charité substance, soit dans le Père, soit dans le Fils, soit dans le Saint-Esprit, bien que le nom de charité soit proprement attribué au Saint-Esprit."

(3): Photius faisait remarquer que dans la Trinité, ce que est dit s'applique ou bien à une personne ou bien à la nature commune aux trois personnes. Ainsi, ou bien la procession de l'Esprit relevait de l'activité personnelle (et ne pouvait être que le fait du Père) ou bien elle relevait de la nature divine commune aux trois personnes, et alors, il fallait conclure l'absurdité selon laquelle l'Esprit saint procédait de lui-même.

(4) Ce pape de l'époque carolingienne fit exposer à saint Pierre deux boucliers d'argent sur lesquels était gravée, en Grec et en Latin, la version originale du Symbole de Nicée-Constantinople.

(5) Du reste complices de l'hérésie iconodule et peut-être réduits à des schismes pour avoir participé à l'erreur de Salomon vieillissant?...

(6) Ce qui, encore une fois, ne nous empêche pas de recevoir la doctrine formulée par Augustin, ni même d'en faire mention d'en d'autres exposés.