mercredi 30 novembre 2016

La pornographie pour tous

Rien ne va plus, dans le pays où les objets obscènes sont exposés en place publique. Rien ne va plus, dis-je, non pas parce qu'un film à caractère pornographique y est maintenant accessible aux enfants dès l'âge de 12 ans, mais parce qu'il se trouve encore des personnes suffisamment saines d'esprit ( = les vilains "fascistes" de la Manif pour tous) pour s'en inquiéter...
Le film, classé R outre-Atlantique – soit interdit aux mineurs de 17 ans non accompagnés d’un adulte–, est interdit aux moins de 12 ans en France. De quoi outrer les âmes pures n’ayant que le bien-être des plus jeunes à l’esprit (saint), qui sont vent debout depuis plusieurs jours pour alerter les parents et maudire les autorités forcément complices d’un tel étalage pervers. Source: Libération.
Sur le Blog Chrétien Protestant, nous sommes bienheureux de nous inquiéter du bien-être des plus jeunes à l'esprit saint!
Voici donc notre contribution à la lutte contre les "idées" de Jacques Dugué et tous ceux qui aident à leur diffusion ou à leur défense:
Pour plus d'informations sur le film et son contenu nauséabond, ici
Pour signer la pétition demandant l'interdiction du film aux - 18 ans, ici.

Bucerian
 
 

jeudi 24 novembre 2016

Jalons pour une harmonie évangélique



1- Méthode (règles herméneutique)

1.1 Identité du Christ de la Foi et du Jésus de l’Histoire : La durée de la Foi de l’Église, en vertu de Rom.8/11, I Cor.12/3, I Jn.4/1-4, Héb.13/8-9, Jd.3. Ac.5/33-42, Eph.4/4-7, I Tim.3/15 etc…

1.1.1 Symbole originel de Nicée-Constantinople 
 
1.1.2 Canon scripturaire

1.2 Bornes confessionnelles, conformément à II Pie.1/19-21, Rom.12/6, IIJn.7-11.

1.3 Distinction matière biographique/forme théologique du Nouveau Testament, selon Mc.1/1, Jn.20/30-31, pour la forme, Jn.21/25, Lc.1/1-4, pour la matière, IITim.2/9, Jn.3/8, pour la légitimité de la distinction.

1.4 Légitimité de la reconstruction biographique, d’après Ac.2/22-36, 11/34-43, 13/16-40.

1.5 Règle de vérité : 
 
1.5.1 Nombre de témoins : IICor.13/1, Mt.18/16, I Tim.5/19, Héb.10/28, 
 
1.5.2 Conformité aux faits : IIR.10/6, Dt.17/4, Gn.42/16, 
 
1.5.3 Cohérence : Mt.10/16, Tite.1/10, Mc.14/56, 59.


2- Objet (Harmonie évangélique)


A- Naissance virginale : Gal.4/4

B- Circoncision : Lc.2/21-40

C- Prédication de saint Jean Baptiste : Mt.3/1-17

D- Généalogie de Jésus-Christ : Lc.3/23-38

E- Tentation de Jésus-Christ : Lc.4/1-15

F- Début du ministère public : Mc.6/1-6

G- Suite et fin : Lc.4/31-9/27, 9/43-24/53

H- Pentecôte : Ac.1-2


Athanasius

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P.S. Malgré les sottises du "Jesus seminar" ou les âneries de Bultmann et autres gnostiques, une biographie de Jésus de Nazareth est bel et bien envisageable, à partir de la Tradition de l'Église : Canon scripturaire, Symbole de Foi et la notion de sola scriptura, indiquée par l’article pascal du Credo.

mardi 8 novembre 2016

Zwingli face à Luther: "être ou ne pas être, telle est la question"





"(...) vous devez savoir que lorsque quelqu'un dit que ce petit mot 'est' veut dire 'signifie', c'est une pure et simple fable".
Luther, De la Cène du Christ - Confession


La célébration de la sainte Cène est une partie importante du culte chrétien; il convient donc de méditer sur le sens des paroles que nous y entendons (elles viennent de la bouche du Fils de Dieu, qu'il nous faut écouter!), et d'écarter certaines interprétations erronées.
De nos jours, une grande partie du monde évangélique approuve l'opinion émise, en son temps, par Zwingli, selon qui "ceci est mon corps" voudrait dire "ceci signifie mon corps" et, par conséquent: "ceci n'est pas mon corps". Curieux et audacieux tour de passe-passe, dont on entend pourtant dire qu'il s'impose en considération des nombreuses métaphores que l'on trouve dans les Écritures.
Jésus ne dit-il pas qu'il est la porte?
Jésus ne dit-il pas qu'il est le chemin?
N'est-il pas écrit qu'il est l'Agneau de Dieu? etc.
Pourtant, Jésus n'est ni la pièce de bois séparant ma cuisine de mon salon, ni un sentier de terre reliant ma maison à mon champ; et il n'est pas non plus un ovin, bêlant dans une ferme.
Il serait donc logique de conclure que Jésus est l'Agneau de Dieu et que cela veut dire qu'il signifie l'Agneau de Dieu, Agneau qu'en réalité, il ne serait pas...
La démonstration peut séduire, mais résiste-t'elle à l'examen?
Nous ne croyons pas.

D'abord, parce que (comme le fit remarquer Luther) si Jésus, au lieu d'être,  signifiait seulement l'Agneau de Dieu, alors, comme signe, Jésus aurait moins de valeur que l'Agneau de Dieu Lui-même.
Ensuite, logiquement, parce qu'on serait en doit de se demander: où est donc le véritable Agneau de Dieu dont Jésus n'est censé être qu'un signe?
Enfin, parce que dans tous ces exemples, le verbe "être" veut dire "être" et que c'est arbitrairement qu'on voudrait se servir d'éventuelles traductions erronées de ces passages, pour appuyer une compréhension erronée d'autres passages!

Comment comprendre, donc, ces passages (et leur différence avec la Cène du Seigneur)?
Bon pédagogue, Luther, commence par nous rappeler ce qu'est une métaphore, en citant un extrait d'Horace: "Tu auras parlé avec élégance", dit le poète, "si tu peux habilement faire d'un mot courant un mot nouveau".

Jésus est donc, sans nul doute,  la porte; et c'est ce mot "porte" qui a un sens nouveau, ne désignant plus un panneau de bois, mais une autre sorte de porte, tout à fait nouvelle, vivante et vivifiante.
Jésus est aussi le chemin; et c'est ce mot "chemin" qui a un sens nouveau, ne désignant plus un vulgaire passage dans la boue, mais le chemin du Ciel: oui, assurément, Jésus est ce chemin, cet unique chemin!
Incontestablement, Jésus est l'Agneau de Dieu; non pas un agneau couramment désigné par ce terme, mais un Agneau unique, tout différent, dans un sens particulier.


Dans chacun de ces cas, il serait faux et même blasphématoire de dire que Jésus signifie la porte, qu'il signifie le chemin, qu'il signifie l'agneau! Loin s'en faut qu'on puisse employer une telle lecture pour couvrir, de son ombre, le sens des paroles eucharistiques!
Dans le domaine profane, même, Luther fait remarquer que nul n'approuverait de tels sens; si nous disons:  "cet avare est un chien!" cela ne peut pas se traduire par "cet avare signifie un chien!"; car l'avare ne signifie aucun chien, mais il est, lui, un vrai chien; non pas un canidé poilu qui aboie dans la rue, mais un chien en un sens tout nouveau et particulier.

Or, dans la Cène, Jésus ne nous dit pas: "mon corps est un pain" (aucun pain en particulier, qu'il nous désignerait, et qui aurait un sens métaphorique, comme on l'a vu des précédents exemples) mais il prend un pain réel, concret, celui que vont manger les disciples. Et de ce  pain-là, il dit: ceci est mon corps.


Conclusion:

Le verbe "être" ne peut pas être réduit au verbe "signifier" et les chrétiens devraient élever leur esprit dans le mystère eucharistique, plutôt que de le rabougrir en réduisant l’œuvre divine à ce que la chair peut en concevoir.


Bucerian


lundi 31 octobre 2016

31 octobre 1517 - 31 octrobre 2016




On parle beaucoup, ces jours, de la "fête de la Réforme", du jour où Luther afficha ses 95 thèses et des effets de cette controverse.
On parle, ici ou là, de ce qu'est le protestantisme et l'on met alors souvent l'accent sur le principe de la sola scriptura (l’Écriture seule) que chaque croyant aurait la liberté d'interpréter à sa guise, pour se fabriquer son corpus dogmatique, selon sa libre inspiration.
C'est l'occasion pour nous de corriger de tels malentendus, par ces lignes (extraites du livre: De l’Église Catholique et des Sectes):

La tâche de l’Église ne se réduit pas à faire connaître l'existence (et la composition) du Canon (les livres qui composent la Bible, ndlr) (...) Ainsi, par l’Écriture, l'Esprit de Dieu a suscité une foi qui se confesse (Ésaïe 55: 11// Romains 10: 10), non seulement à l'échelle individuelle, mais ecclésiale (Jude 3) si bien que le peuple de Dieu a toujours indiqué et transmis la Parole du Dieu Trinité ( = les Écritures) et le message central qui fait l'unité de ces 66 Livres, savoir Jésus-Christ (Jean 5: 39).
Par "confession de foi", je parle donc de l'expression d'une certitude vivante et divine qui est telle que le Chrétien ne peut pas dire, sous couvert d'une fausse modestie (qui serait plutôt de la défiance): "ma foi se limite à dire que ces 66 livres viennent de Dieu, mais pour le reste (ce qu'il y a à en comprendre), je n'ai qu'une certitude relative; il me semble bien que la Trinité soit biblique, mais peut-être que je me trompe et le débat reste ouvert, etc".
Non! Plutôt, comme l'a écrit Luther: "L'Esprit saint n'est pas un sceptique; ce ne sont pas des choses douteuses ou de simples opinions qu'il a écrites en nos cœurs, mais des assertions plus certaines et plus fermes que la vie même et que toute expérience".

C'est que la Bible seule (...) n'a pas vocation à laisser nos esprits béats et stériles, ni à rester un juge suprême ne jugeant de rien du tout; au contraire, l’Écriture suscite la foi, dont elle est la mesure et la règle.
A ce titre, de même que, lorsqu'on dit que l'homme est justifié par la foi seule (sola fide) cela ne veut pas dire que l'homme justifié soit dépourvu de charité et de bonnes œuvres (il en produit au contraire nécessairement), de même aussi, lorsqu'on dit que l’Église a pour autorité l’Écriture, et l’Écriture seule (sola scriptura) cela ne veut pas dire que L’Église soit dépourvue de toute production et de toute parole doctrinale (elle en produit au contraire nécessairement). Cela veut simplement dire que la confession de L’Église (qui accompagne nécessairement l'audition de la Parole de Dieu) ne repose pas sur une autorité que l’Église détiendrait en dehors de l’Écriture, mais qu'elle a au contraire pour seul et unique fondement cette Parole de Dieu (dont elle est et reste distincte), tout comme les bonnes œuvres du pécheur justifié (qui accompagnent la foi) ne sont pas le fondement de la justice du fidèle, mais découlent de la foi qui le justifie.

Et nous trouvons clairement la confirmation de tout cela dans le Symbole "Quicumque", reconnu par tous les Protestants, et où la foi de l’Église (relative à la personne et l’œuvre du Christ et non au seul fait de l'inspiration des Écritures) est présentée comme un point NÉCESSAIRE AU SALUT.

(...) Dans le même sens, Luther n'a pas hésité à affirmer que ni le Décalogue, ou le Pater, ni la Foi (le Credo) n'ont été imaginés par un homme "de sa tête" mais qu'ils ont été révélés et donnés par Dieu lui-même (Luther: Grand Catéchisme).

Au moment, donc, où l'on parle beaucoup de protestants et de protestantisme, rappelons que, malheureusement, beaucoup de ceux qui se donnent pour tels ne sont en réalité que des imposteurs. Veillons dans la foi chrétienne, en toute soumission au Seigneur, l’Époux de L’Église, comme il convient à des saints.


Bucerian

mardi 25 octobre 2016

Défense de l'Amillénarisme Réformé # 10: Une réalisation spirituelle d'Esaïe 65. 17, ss



Précédemment, le Professeur David Engelsma a montré que l'interprétation littérale des prophéties messianiques de l'Ancien Testament mène - sur le plan logique - à des absurdités et, sur le plan théologique, au dispensationalisme, sinon au judaïsme.
Pour nous, l'Ancien Testament doit être lu et compris à la lumière du Nouveau; ainsi, les figures terrestres familières aux prophètes furent employées par l'Esprit du Christ (qui était en eux) afin de dépeindre la gloire spirituelle du Christ et de sa nouvelle création.
Les choses terrestres ne sont (ni ne furent jamais!) la réalité des prophéties messianiques - pas même pour les croyants de l'Ancien Testament, qui étaient exhortés à regarder au-delà de tout; loin s'en faut que nous abaissions là notre regard, nous qui avons fait l'expérience de la Vie du Ressuscité, par le don de l'Esprit de Pentecôte!

Mais il y a encore une chose qui doit être dite sur ce sujet: c'est qu'il n'est pas certain que les Postmillénaristes saisissent à quel point l'idée même de leur splendide royaume terrestre nous laisse indifférents. Il faut donc leur expliquer cela - et ce rappel est l'objet de ce 10e article du Professeur Engelsma.

Supposons en effet que les Chrétien Reconstructionistes, champions du Postmillénarisme, parviennent, par tous leurs efforts, à réaliser leur rêve: le monde entier est gouverné par des chrétiens! Imaginons que les nations accomplissent enfin les plus grandes attentes de KIK, BOETTNER, RUSHDOONY, NORTH, CHILTON et les autres...
Eh bien! cela ne ferait pas bondir de joie les chrétiens que nous sommes.
Pourquoi devrait-on se réjouir, après tout?

Dans ce monde presque parfait, il y aura la mort!
Tôt ou tard, il faudra souffrir la peine de la séparation d'une épouse aimée, d'un enfant, d'un parent, d'un ami... quelle différence que cela arrive après 500 ans plutôt que 50? Hormis la tristesse qui n'en sera que plus grande, il n'y aura pas de différence.

Dans ce monde presque parfait, il y aura aussi le péché!
Chaque jour, nous connaîtrons notre misère et notre faute, la plus grande des misères. Chaque jour, il faudra lutter contre le péché et s'exclamer: "Misérable que je suis! Qui me délivrera de ce corps de mort?..."
Quelle différence cela fera, alors que Gary NORTH siège sur le trône du monde et que Kenneth GENTRY jr. soit en charge de la radio et de la télévision?

Dans ce monde presque parfait, il y aura des impies. Ils seront cachés... extérieurement, ils se conformeront à la Loi de Dieu, en particulier les règles civiles de l'Ancien Testament, tant pour jouir de la prospérité matérielle que pour éviter l'ire des Reconstructionistes... mais dans leur cœur, ils haïront Dieu, maudiront le Christ et attendront l'occasion de se soulever contre Lui.

Ce monde presque parfait sera un monde où le chrétien gémira après la rédemption de son corps (Romains 8. 23), où il pleurera encore nuit et jour pour que le Seigneur leur fasse Justice (Luc 18. 1-8) et où tous s'accorderont pour dire à Dieu:
"Seigneur, nous t'en prions, mets fin, le plus rapidement possible, à cette histoire de postmillénarisme, et viens vite!"

Alors, que ce royaume de chair constitue le sommet du règne de Jésus-Christ, voilà une idée qui ne peut que consterner les Chrétiens que nous sommes. Car, selon les chiliastes, la fin de ce règne millénaire constituera la fin du règne de Christ. L'éternité à venir ne sera pas le royaume messianique, mais le simple règne de Dieu.
Pour ce qui concerne le règne du Christ Jésus... c'est tout!
1000 ans de presque bonheur, et... terminus: tout le monde descend!
Ce règne terrestre, par le moyen de L’Église, un règne rempli de péché, de mort, de réprouvés irrégénérés qui haïssent et maudissent Jésus-Christ du fond de leur cœur,  voilà ce que serait la conclusion du royaume du Christ.
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Quel flop!
Si c'est là le règne messianique à son plus haut niveau, le Christ est donc destiné à devenir synonyme de l'échec!
Les Reconstructionistes aiment railler les amillénaristes en les traitant de défaitistes. Ils n'hésitent pas à accuser l’Église d'être responsable du fait que leur royaume presque parfait n'arrive pas à se réaliser.
Parlons donc de défaite! Leur royaume risible est-il le mieux que Christ puisse faire?... Un tel Christ serait un échec.
Or, nous ne le croyons pas un instant. Le règne imaginé par les Postmillénaristes n'est pas celui du Seigneur. Loin s'en faut qu'il s'agisse de ce règne à son apogée!

A suivre...

mardi 11 octobre 2016

Le régime chinois tremble devant Jésus


Que valent donc ces régimes, depuis la Rome antique jusqu'à la Chine actuelle, en passant par tous les autres empires, pour trembler devant un homme... à moins bien sûr que cet homme ne soit Dieu?...

Alors que le nouveau film « Ben-Hur » est sorti sur grand écran le 10 octobre en Chine, des spectateurs ont rapporté sur les réseaux sociaux chinois que les scènes où apparait normalement Jésus ont été censurées dans la version chinoise.
Lire la suite, ici... 

Bucerian

samedi 17 septembre 2016

Défense de l'amillénarisme Réformé (9): Une interprétation spirituelle d'Esaïe 65: 17, ss



Dans les articles précédents, le Professeur ENGELSMA a fait valoir l'importance de comprendre l'Ancien Testament à la lumière du Nouveau.

Dans une telle perspective, il n'est pas possible d'invoquer des idées ou des prophéties de l'Ancien Testament, qui échapperaient à la lumière du Nouveau Testament. C'est pourtant ce que font les chiliastes, ou partisans de l'idée d'un âge d'or terrestre, en se référant principalement à des textes de l'Ancien Testament, qu'ils ne soumettent pas à l'éclairage du Nouveau Testament.

C'est ainsi qu'un chiliaste comme GARY NORTH , soutient que "le passage d’Ésaïe 65 annonce l'avènement sur terre, et avant le Jugement final (puisque des pécheurs existeront encore) d'un âge durant lequel il y aura de grandes bénédictions extérieures, incluant une très grande espérance de vie" ("Foreword", in Kenneth L. GENTRY, Jr, He shall have dominion, Institute for Christian Economics, 1992, p. xxvii).
Selon NORTH les amillénaristes sont contraints de "spiritualiser" ou de rendre allégoriques de tels passages.

Or, l'interprétation chiliaste du texte d’Ésaïe 65, constitue une rupture dans la tradition Réformée (1) et s'avère d'ailleurs insoutenable (2).


1. Rupture dans la tradition Réformée

Exiger une interprétation littérale et auto-suffisante, pour ce genre de prophétie, n'est pas une attitude traditionnellement Réformée.
Par exemple, Jean CALVIN interprète ce passage en notant que les prophètes font des métaphores à partir de choses de la vie présente, dans la but, néanmoins, de nous élever à la vie éternelle et spirituelle -- si bien qu'il ne convient pas de fixer notre attention sur la description de bénédictions transitoires mais il faut s'en servir comme d'une échelle dressée vers le ciel afin d'y attirer l'attention (cf. Commentaire sur le livre du Prophète Ésaïe, vol. 4)

Semblablement, Herman BAVINCK affire que "ce Royaume est esquissé par les prophètes avec des teintes et des couleurs, sous des figures et des formes, qui ont toutes été tirées des circonstances dans lesquelles ils vivaient... mais sous ces formes terrestres et sensibles les prophéties ont un contenu éternel... La prophétie présente à nos yeux une seule image du futur. Et cette image est à prendre, ou bien littéralement (mais alors, on rompt avec le Christianisme et on retombe dans le Judaïsme) ou bien avec une interprétation très différente que celle dont procèdent les espérances des chiliastes."

Les chiliastes postmillénaristes comme Gary NORTH ignorent-ils que cette grille d'interprétation est ce qui distingue et oppose la foi Réformée de l'erreur dispensationaliste?

Ne voient-ils pas que le Nouveau Testament établit une lecture spirituelle de l'Ancien? (Amos 9. 11/ Actes 15. 16-19)

Ne voient-ils pas que "mon peuple", ici, ne peut pas être l'Israël charnel (ce qu'imposerait une lecture littérale) mais qu'il s'agit, selon les apôtres, de l'assemblée spirituelle des Juifs et des Gentils (Osée 1. 2/Romains 9. 24-26)?

Ne voient-ils pas, par exemple, que le temple d’Ézéchiel ne consiste pas dans un bâtiment de pierre, mais le corps spirituel de Jésus-Christ (Ezechiel 40-48/ Jean 2. 18-22 ; 1Pierre 2. 1-10)?

Ce n'est pas donc sans raison que le très irénique Herman BAVINCK soutenait que l'interprétation littérale de l'Ancien Testament revenait à rompre avec le Christianisme et à retomber dans le Judaïsme. 
Quant au "Reconstructionisme Chrétien", avec sa volonté de lier les Chrétiens du Nouveau Testament aux lois civiles de l'Ancien Testament et sa volonté d'en imposer les cérémonies, à déjà succombé, dit le Professeur ENGELSMA, à ce péril mortel.



2. Impossibilité d'une interprétation littérale


Mais les chiliastes font-ils au moins vraiment cette lecture littérale (et judaïque!) dont ils se targuent?
Certes, nous estimons que toutes les prophéties vétérotestamentaires trouvent leur accomplissement, spirituellement, en Jésus-Christ. Se trouvent donc interdites les interprétations littérales de textes comme Ésaïe 65.

Mais voyons les inepties auxquelles devraient se ranger les chiliastes, s'ils appliquaient leurs principes jusqu'au bout:

a) C'est la Jérusalem terrestre et et les Juifs selon la chair qui seraient le délice de Dieu, dans le règne messianique (verset 18).

b) Personne ne devrait plus verser une seule larme pendant le fameux "âge d'or" terrestre: ni la mère lors d'une naissance, ni l'enfant qui reçoit une fessée, ni le pécheur pénitent à cause de son péché (verset 19).

c) Les bêtes carnivores devraient devenir végétariennes: le lion dans la savane, le crocodile dans le marécage, etc (verset 25).

Les Chrétiens Reconstructionistes s'attendent-ils réellement à de telles choses? 
Les araignées cesseront-elles de capturer et manger les mouches?
Deviendrons-nous tous végétariens?

Quid aussi des premiers mots, au verset 17?
Une interprétation littérale ne doit pas y voir une vague "transformation fondamentale de la façon dont le monde fonctionne présentement", comme le dit monsieur NORTH.
Littéralement, il ne faut pas attendre un changement profond de ce monde, mais un autre monde.
Non pas surtout un changement graduel, résultant d'un changement moral, mais d'une création nouvelle (Bara, en hébreux) de Dieu.

Il est donc clair comme le jour que les chiliastes (postmillénaristes, notamment) échouent à donner une interprétation littérale de cette prophétie.
Et pour cause!
Ésaïe 65 ne traite pas de ce monde, de Jérusalem, des Juifs, d'une espérance de vie prolongée, de belles maisons, de bonnes fermes, d'une abondance d'argent, de loups apprivoisés, etc. mais il s'agit d'un texte se référant à Jésus-Christ et son Église, du Salut, de la Vie éternelle et d'un monde nouveau et totalement différent.

C'est un texte sur un Christ spirituel, son peuple spirituel, d'un Salut spirituel, de bénédictions spirituelles, d'une vie spirituelle et d'un monde spirituel.

A suivre...


Bucerian