Tout Israël sera sauvé

 


L'assertion paulinienne de l'épître aux Romains (11,25-26) a donné lieu à trois interprétations différentes.

1) L'interprétation futuriste et nationale

Certains théologiens, comme Charles Hodge, ont compris ce passage comme  annonçant une conversion nationale massive du peuple Hébreux devant survenir à la fin des temps. "Tout Israël" serait alors une expression hyperbolique pour parler en fait du "plus grand nombre" - en tout cas de ceux de la dernière génération de l'Histoire. La force de cette interprétation est que, dans ce passage, Paul semble parler du problème de l'endurcissement d'Israël et du remède que Dieu a préparé dans sa fidélité.
Cette interprétation est en tout cas très répandue, notamment à notre époque, parmi les évangéliques.

2) L'interprétation historique et spirituelle

D'autres interprètes, comme Augustin et Calvin, ont cru que ce passage se rapportait à l'Israël spirituel, c'est-à-dire l’Église. Au cours de l'Histoire, la tension entre les israélites et le reste des peuples mènerait à la conversion graduelle de tous les élus. Peu à peu, l’Église, nouvel Israël, se remplirait de tous ceux qui sont destinés à la vie éternelle et ainsi "tout Israël serait sauvé".
La force de cette interprétation est que la notion de "mystère" ne concerne pas un secret caché, mais une réalité dévoilée dans l'histoire de la Rédemption. Il convient dont de penser à quelque chose de déjà à l’œuvre au temps de Paul plutôt que comme un futur retournement de situation.

3) L'interprétation historique et nationale

C'est ce qui a conduit d'autres auteurs, comme Bavinck,  à voir dans ce passage une réponse de Paul à la situation des israélites endurcis. Il ne parlerait donc pas ici d'Israël au sens spirituel (l’Église) mais bien au sens national (en accord avec l'interprétation n°1). Mais il en parlerait comme le terme d'un processus historique déjà commencé (avec l'interprétation n°2). 
Tout au long de l'histoire, et déjà du temps de Paul, des israélites sortent de leur endurcissement, sont convertis et viennent ainsi compléter les rangs de l’Église. Et c'est ainsi que tout Israël (littéralement tous les élus de cette nation) sera finalement sauvé. Non pas donc par une conversion soudaine et future de la masse, mais par la dynamique voulue par Dieu à cet effet (cf. Romains 11, 30-33).

Spirituel ou national, l'interprétation de ce passage doit en tout cas nous disposer à plusieurs choses:

1) Ne pas relâcher notre zèle à partager l’Évangile auprès de tous les hommes, en se faisant tout à tous. En son temps, le pape Bergoglio avait renoncé à cela et avait imaginé un Salut hors de l’Évangile. Or, c'est aujourd'hui que tout homme a besoin de l’Évangile. Tout report de l'évangélisation au nom d'une promesse future est à écarter comme une séduction contraire au mandat de l’Église.

2) L'endurcissement d'Israël n'est pas synonyme de réprobation, ou d'annulation des promesses de Dieu faites aux anciens. De même qu'il faut se garder du renoncement "bienveillant" de Bergoglio, il faut se garder d'un renoncement fondé sur des haines ou un mépris injustifiés.

3) Même en espérant que le processus prenne une ampleur exceptionnelle à la fin des temps, l'interprétation futuriste resterait fragile. Loin s'en faut que ces conjectures puissent justifier l'élaboration de spéculations encore plus contestables destinées, cette fois, à ôter sa place et son honneur à l’Église.

Bucerian 

Commentaires

Alain Rioux a dit…
En un mot comme en cent, tout Israël, c'est le Christ total, Jésus de Nazareth, la tête, et l'Église, son corps, composé de juifs et de gentils. A ce titre, les deux épîtres aux Ephésiens et aux Colossiens, sans oublier le troisième chapitre des Galates et l'épisode évangélique du Baptême de Jésus-Christ, devraient suffire à clore le débat.
Anonyme a dit…
Oui, ces saintes pages devraient suffire à clore le débat. Malheureusement, selon 2 Tim. IV. 3-4, les fables n’ont pas fini de séduire le monde...

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