Nicée II et le concile de Trente
On sait que le deuxième concile de Nicée, qui a établi le culte des images, était entaché de nestorianisme.
Pour rappel, cette hérésie du patriarche Nestorius faisait subsister la nature humaine séparément de la nature divine, comme si deux suppôts, deux sujets (la personne du Fils de Dieu et la personne de Jésus de Nazareth) cohabitaient dans le même corps.
En effet, si l'honneur rendu à l'image remonte à la personne représentée, pourquoi se contenter de vénérer l'image du Christ plutôt que de l'adorer ? Sans doute parce qu'on personnifie la nature humaine, vénérée séparément de la divinité - contrairement à la foi de l’Église (cf. 9e canon du concile de Constantinople II).
Lors de sa réception de Nicée II, le concile de Trente semble avoir tenté de corriger cette bourde en précisant que: L'honneur qui leur est rendu (aux images) renvoie aux modèles originaux que ces images représentent. Aussi, à travers les images que nous baisons, devant lesquelles nous nous découvrons et nous prosternons, c'est le Christ que nous adorons et les saints, dont elles portent la ressemblance, que nous vénérons (Dz 1823).
Mais cela constitue un cas de nestorianisme encore plus funeste que la version originale. Car l'image est elle-même un suppôt. Donc, à moins de professer la transsubstantiation de l'icône, ce suppôt n'est pas celui, rationnel, qu'on nomme "personne". Loin s'en faut qu'il s'agisse de la personne du Verbe incarné. Alors, pire qu'avec la personnification de sa nature humaine (erreur de Nestorius), c'est avec une planche de bois que le vrai Dieu est maintenant censé partager l'adoration qui lui est due. Notez que c'est précisément le scandale que Rome tente généralement d'éviter en justifiant l'adoration de l'hostie par la transsubstantiation -- mais dont il apparaît ici que ce n'est qu'une couverture rhétorique.
Enfin, certains objecteront que l'image est un simple écran, qui ne retient rien du culte qui lui est présenté. On serait tenté d'y voir l'aveu que leurs images ne sont que néant, et on se demanderait alors pourquoi l'adoration du Dieu vivant devrait prendre ce chemin.
Mais contre cet écran de fumée, il nous faut pourtant insister : les images sont de vrais suppôts et si la personne divine doit être atteinte par ces suppôts, cela les place dans une position analogue à celle du Fils de Dieu par rapport à son Père (cf. Hébreux 1,6). Or cela ne conviendrait que si ces suppôts étaient consubstantiels à la personne divine -- ce qui n'est évidemment pas le cas.
De plus, si la théorie de l'image-écran était vraie, toutes les images d'un même sujet seraient équivalentes. Or, l'expérience démontre que les images, comme objets, sont au contraire reconnues et servies dans leur singularité et ont une identité propre (Vierge Noire de Czestochowa, Notre-Dame d'Aparecida, icône Petrovskaïa de la Mère de Dieu, etc.)
Conclusion: comme la femme hémorroïsse dont le cas empirait à mesure qu'elle consultait des médecins (Matthieu 9, 20-22), le cas des adorateurs d'images s'aggrave à mesure qu'ils tentent de justifier leurs errements. Peut-être devraient-ils songer à recevoir leur délivrance des mains du Christ plutôt que de celles de leurs artistes ?
Bucerian

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