La Trinité et l'Ancien Testament
La doctrine de la Trinité apparaît comme une spécificité chrétienne, rejetée par le judaïsme. Faut-il en conclure que les autorités talmudiques auraient retranché cette vérité bien connue du peuple de l'Ancien Testament ? Au faut-il admettre au contraire que cette spécificité chrétienne serait en réalité une nouveauté contredisant radicalement l'Ancien Testament ?
Ces deux réponses nous semblent infondées, pour plusieurs raisons.
1) D'abord, l'Ancien Testament n'apparaît jamais comme un ensemble suffisant, ou comme le fin mot de la Révélation (Deutéronome 18,18). L'époque messianique est l'horizon de l'Ancien Testament. Une Lumière nouvelle est attendue, non pas certes pour contredire les fondements posés dans la Loi et les Prophètes (ce qui serait incohérent) mais pour dévoiler une richesse et une profondeur encore obscures.
L'Ancien Testament affirme ainsi le monothéisme (Deutéronome 6,4), et ne précise rien de plus. Certes, si le Nouveau Testament affirmait deux ou trois Dieux, on pourrait dire qu'il contredit la Loi et les Prophètes. Mais justement, la religion chrétienne, par les notions de consubstantialité (Jean 10,30) et de périchorèse (Jean 14,10) se garde bien d'un tel travers.
Mais de telles précisions sont-elles plaquées artificiellement sur l'Ancien Testament? A-t-on des raisons de penser que l'Ancien Testament ouvrait la porte à de telles doctrines?
2) C'est le lieu de remarquer que le discours monothéiste de l'Ancien Testament s'accompagne d'une énigme théologique et messianique. Certains passages bien connus posent des questions sur Dieu. Par exemple: le passage de la création de l'homme, où Dieu parle de Lui-même au pluriel (Genèse 1,26). D'autres passages posent des problèmes encore plus graves: au Buisson ardent (et dans les autres textes qui parlent de cet être mystérieux), l'Ange de l’Éternel est bien l’Éternel Lui-même (Exode 3,2-6-15). De là, il ne semble pas abusif de penser que le premier verset de l'évangile johannique (*) résout une énigme ancienne plutôt qu'il ne pose un problème nouveau.
De même, dans l'Ancien Testament, l'ère messianique tant espérée semble profiler une redondance entre Dieu et son Messie. On peut bien sûr essayer d'atténuer certaines affirmations: le Messie serait un roi et sauveur fantoche, le prête-nom et instrument de Dieu, seul vrai Roi et libérateur. Cependant, l'attente particulière relative au Messie en fait évidemment un agent plutôt qu'un simple instrument du Salut.
Conclusion:
Une lecture respectueuse de l'Ancien Testament nous conduit donc à refuser aussi bien les conclusions "complotistes" (les rabbins auraient supprimé l'enseignement de la Trinité) que les conclusions"marcionites" (le Nouveau Testament contredirait radicalement l'Ancien)
Incontestablement monothéiste, l'Ancien Testament comporte néanmoins des obscurités et des difficultés qui ne trouvent leur solution qu'à la Lumière du Nouveau Testament - et que seul ce dernier avait l'autorité et la gloire d'apporter infailliblement. Tout cela ressort de l'échange que l'évangile rapporte entre Notre Seigneur et les pharisiens, au sujet des paroles du Psaume 110 (Matthieu 22,41-46).
Loin de le contredire ou de le condamner, l'Ancien Testament est donc éclairé par la Lumière du Christ sans lequel il déboucherait sur une aporie.
Bucerian
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(*): Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.

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