Notes sur l'Apocalypse 1
L'Apocalypse ou Révélation de Jean est un livre qui fascine et qui interroge. Des générations de chrétiens y ont puisé les encouragements les plus précieux face aux persécutions. Hélas, nombreux sont les curieux et les égarés qui ont également fait de ce livre un prétexte aux spéculations les plus extravagantes. Heurtés par ces abus, certains se détournent presque tout à fait de ce livre. Pourtant,"Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice, afin que l'homme de Dieu soit accompli et propre à toute bonne œuvre." (2 Timothée 3, 16-17).
La présente série est donc double. D'une part, encourager les chrétiens à tirer du fruit de ce livre. A mettre en exergue les grandes vérités de foi qu'il contient et célèbre. D'autre part, à écarter les erreurs que certains enseignants prétendent assoir sur les pages de ce livre.
I.
Les témoignages les plus anciens font remonter le livre de l'Apocalypse à l'apôtre Jean, sous le règne de l'empereur Domitien (vers 95). Le livre nous conforte dans cette pensée: l'auteur s'y présente simplement comme Jean. Qu'il n'ait pas eu besoin de préciser son identité indique qu'il était le plus célèbre de tous les Jean de son temps: "le disciple que Jésus aimait", alors en exil - une mesure courante sous cet empereur. Jean, le dernier apôtre encore en vie à cette époque (il mourra vers l'an 100, sous l'empereur Trajan).
Tertullien a noté avec raison que : "Au regard notamment des graves reproches adressés aux Églises, si le livre ne venait pas de l'Apôtre et n'avait pas été cru inspiré, le livre, loin d'être reçu par ces autorités antiques, eut été particulièrement dénoncé par elles" (Contre Marcion, IV, 5).
Tertullien a noté avec raison que : "Au regard notamment des graves reproches adressés aux Églises, si le livre ne venait pas de l'Apôtre et n'avait pas été cru inspiré, le livre, loin d'être reçu par ces autorités antiques, eut été particulièrement dénoncé par elles" (Contre Marcion, IV, 5).
En effet, Dieu se présente à nous comme l'Alpha et l'Omega, le commencement et la fin, et il convenait pareillement que Sa Parole, qui commence par le récit des origines (la Genèse) se termine par la révélation des choses dernières (l'Apocalypse). Cette structure biblique témoigne non seulement de la sagesse de Dieu mais aussi de la suffisance du Canon biblique. Il ne manque dans nos Bibles aucune partie, sur aucun article de foi, de sorte qu'il est interdit d'y ajouter, d'en changer ou d'en retrancher quoique ce soit. Tel est d'ailleurs le sens du passage cité au début de cet article.
Les apologistes romains rétorquent parfois que la même chose était déjà dite de la Loi (Deutéronome 4, 2) et que la lecture protestante aurait donc empêché qu'on ajoute d'autres livres après ceux de Moïse. Mais l'objection est spécieuse. Car, c'est à ce qui est inspiré qu'il est interdit d'ajouter ou de retrancher (quelque chose de non-inspiré). L'interdit est donc adressé aux hommes et non pas à Dieu. Cela ressort des paroles du Seigneur (Matthieu 15, 9). Or nous l'avons vu: le livre de l'Apocalypse vient clore le Canon, de sorte que l'assertion qui sanctuarise ce livre sanctuarise aussi tout le Canon biblique.
Les apologistes romains rétorquent parfois que la même chose était déjà dite de la Loi (Deutéronome 4, 2) et que la lecture protestante aurait donc empêché qu'on ajoute d'autres livres après ceux de Moïse. Mais l'objection est spécieuse. Car, c'est à ce qui est inspiré qu'il est interdit d'ajouter ou de retrancher (quelque chose de non-inspiré). L'interdit est donc adressé aux hommes et non pas à Dieu. Cela ressort des paroles du Seigneur (Matthieu 15, 9). Or nous l'avons vu: le livre de l'Apocalypse vient clore le Canon, de sorte que l'assertion qui sanctuarise ce livre sanctuarise aussi tout le Canon biblique.
II.
Certains feront remarquer que la canonicité de l'Apocalypse a précisément été contestée. St Cyrille de Jérusalem, st Grégoire de Nazianze ou encore le concile de Laodicée ne retenaient pas ce livre dans leurs listes. Les avocats de la dénomination romaine sont une fois encore tentés de faire de cela un argument pour leur cause. Ce serait le siège romain qui, par son autorité infaillible, nous assurerait de l'inspiration et donc de l'autorité de ce livre! La chose leur semble d'autant plus évidente que Luther s'est lui-même montré critique à l'égard de l'Apocalypse.
Néanmoins, l'expérience permet de repousser ces fantasmagories. Car Eusèbe de Césarée raconte comment Caïus, prêtre de l’Église de Rome (vers 210) avait rejeté l'Apocalypse et l'épître aux Hébreux suite à une controverse avec Proclus, convaincu que ces livres étaient de la main de l'hérétique Cérinthe (Eusèbe, Histoire ecclésiastique III, 28; VII, 25). Et encore à l'époque de Luther, le cardinal Cajetan témoignait des mêmes réserves que le théologien de Wittenberg.
Les zélateurs de Rome répondront qu'ils ne se fient pas à l'opinion, même publique, des membres du clergé romain mais de la décision officielle de leur magistère. Mais sur quoi leur magistère est-il censé reposer, sinon sur le témoignage des Ecritures ? C'est donc que ces Ecritures et leur catalogue précède, au moins logiquement, l'autorité de toute Église. En réalité, il en va de l'Apocalypse comme des autres épîtres: les fidèles auxquels les apôtres ont écrit ont transmis ces textes en témoignant de qui ils les avaient historiquement reçus - le témoignage intérieur du Saint-Esprit donnant efficace à ces écrits dans les cœur des appelés. De là, la réception originelle massive des livres inspirés (l'Apocalypse figure dans le Canon de Muratori, sous la plume de Clément de Rome, de Tertullien, etc.) même si des hésitations ont été émises par des auteurs un peu plus tardifs. Toujours est-il que nos Églises protestantes n'ont pas eu besoin d'un quelconque magistère romain pour garder l'Apocalypse dans le Canon des Ecritures.
Les zélateurs de Rome répondront qu'ils ne se fient pas à l'opinion, même publique, des membres du clergé romain mais de la décision officielle de leur magistère. Mais sur quoi leur magistère est-il censé reposer, sinon sur le témoignage des Ecritures ? C'est donc que ces Ecritures et leur catalogue précède, au moins logiquement, l'autorité de toute Église. En réalité, il en va de l'Apocalypse comme des autres épîtres: les fidèles auxquels les apôtres ont écrit ont transmis ces textes en témoignant de qui ils les avaient historiquement reçus - le témoignage intérieur du Saint-Esprit donnant efficace à ces écrits dans les cœur des appelés. De là, la réception originelle massive des livres inspirés (l'Apocalypse figure dans le Canon de Muratori, sous la plume de Clément de Rome, de Tertullien, etc.) même si des hésitations ont été émises par des auteurs un peu plus tardifs. Toujours est-il que nos Églises protestantes n'ont pas eu besoin d'un quelconque magistère romain pour garder l'Apocalypse dans le Canon des Ecritures.
III.
La raison pour laquelle l'Apocalypse a rencontré les réticences de certains auteurs privés semble tenir à l'interprétation faite de certains versets - en particulier au vingtième chapitre. Une lecture superficielle de ce passage a conduit nombre de commentateurs à soutenir ce que st Jérôme appelait une "fable judaïque" (Lettre à Dardanus, 129), soit l'idée d'un règne terrestre de Jésus-Christ pendant mille ans.
C'est le lieu de rappeler qu'il en va de ce livre comme des autres Ecritures: s'il n'est pas obscur, il comporte des obscurités. Mais ces obscurités ne justifient ni les abus qu'on prétend fonder dessus, ni le rejet du livre qu'on prétend justifier par ces tristes abus.
Ici encore, Rome prétend être le rempart de l'orthodoxie. A cette fin, elle prétend disposer des ressources de la "tradition orale", sans laquelle il serait vain de vouloir comprendre les Ecritures. Cependant, on doit se souvenir que la fausse interprétation d'Apocalypse 20 a justement procédé (tout comme la fausse interprétation des paroles de Jésus en Jean 21,23) de d'une tradition orale. Au IIe siècle, l'évêque Papias s'est appuyé sur elle pour envisager favorablement le règne des mille ans. : "Ainsi, par l'exemple de Papias, Dieu a voulu avertir l’Église combien il est dangereux de suivre des traditions incertaines en négligeant les Ecritures" (Gerhard, Lieux dogmatiques, IX). Ce n'est donc pas la lumière papale, mais celle des Ecritures elles-mêmes, qui nous gardera de l'erreur, si nous y prêtons une attention suffisante et si nous cherchons en chacune de ses parties de quoi soutenir - plutôt que détruire - le tout dont elles témoignent.
Ici encore, Rome prétend être le rempart de l'orthodoxie. A cette fin, elle prétend disposer des ressources de la "tradition orale", sans laquelle il serait vain de vouloir comprendre les Ecritures. Cependant, on doit se souvenir que la fausse interprétation d'Apocalypse 20 a justement procédé (tout comme la fausse interprétation des paroles de Jésus en Jean 21,23) de d'une tradition orale. Au IIe siècle, l'évêque Papias s'est appuyé sur elle pour envisager favorablement le règne des mille ans. : "Ainsi, par l'exemple de Papias, Dieu a voulu avertir l’Église combien il est dangereux de suivre des traditions incertaines en négligeant les Ecritures" (Gerhard, Lieux dogmatiques, IX). Ce n'est donc pas la lumière papale, mais celle des Ecritures elles-mêmes, qui nous gardera de l'erreur, si nous y prêtons une attention suffisante et si nous cherchons en chacune de ses parties de quoi soutenir - plutôt que détruire - le tout dont elles témoignent.
Résumé:
1° L'Apocalypse est un livre inspiré. Ce qu'il nous dit vient de Dieu qui lui a donné de surmonter les défiances de certains auteurs tardifs.
2° Ce livre clôt le Canon et met en exergue la plénitude de ce dernier. Dieu a parlé et sa parole ne peut être cherchée en dehors des pages de l'Ancien et du Nouveau Testament.
3° On doit interpréter ce livre, comme on le fait avec le reste des livres bibliques, en suivant les principes de notre foi plutôt que pour remettre ces principes en question.
A suivre...
Bucerian

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