Notes sur St Marc (1, 2-8)
Grandeur et fin des prophètes
Nous croyons que la Personne du Fils de Dieu est descendue du Ciel, et non pas qu'elle en est tombée sans crier gare. St Marc prend ainsi soin de rappeler que la venue du Sauveur fut précédée, introduite et annoncée par le ministère d'un prophète - et même plus qu'un prophète: Jean le baptiste. Tout cela avait même été annoncé et promis des siècles auparavant, avec constance, durant toute l'histoire du peuple élu, par une multitude de prophètes (cf. Luc 1, 70).
Ô fidélité de Dieu qui tient Tes promesses, et qui nous engage à y fonder notre foi, ainsi que de toute notre existence ! Car cette référence de St Marc "Selon qu'il est écrit dans les Prophètes" (1, 2) nous montre la force normative des Ecritures saintes. Contre les disciples de Marcion au IIe siècle, qui tenaient l'Ancien Testament pour l’œuvre d'un dieu mauvais, nous croyons que ces Ecritures sont théopneustes, c'est-à-dire inspirées du Dieu véritable, et qu'elles peuvent nous instruire à Salut (cf. 2 Pierre, 19-21; 2 Timothée 3, 15-17). De même, nous opposons la perpétuité du témoignage des prophètes et des apôtres (cf. Éphésiens 2,20) aux prétentions des "nouveaux prophètes" qui, tel celui des mormons, voudraient détrôner les Ecritures saintes. Contre quiconque voudrait nous éloigner, si peu que ce soit, de ce trésor et de sa suffisance, nous opposons l'exemple des Juifs de Bérée, qui examinaient tous les jours les Ecritures, pour voir si ce qu'on leur disait était exact (Actes 17, 11). Puissions-nous, tous les jours de cette nouvelle année, suivre leur bel exemple !
Le ministère des prophètes, que Jean baptiste récapitula, était donc glorieux et salutaire. La personne des prophètes était sacrée, au point que les crimes commis contre eux, voire le simple fait de les moquer, devait tôt ou tard être puni par la Providence (2 Rois 2, 23-24; Luc 11, 50). Les prophètes avaient une telle valeur pour Dieu, que Celui-ci signalait leur ministère, en certaines occasions, par des miracles - voire par le moyen de leur dépouille même (2 Rois 13, 21).
Plus encore, leur message était divin. Sans cesse, les prophètes appelèrent le peuple à la repentance. Sans cesse, ils lui ôtèrent la fausse sécurité de la chair: "Soyez circoncis à l’Éternel, et circoncisez vos cœurs, hommes de Juda, habitants de Jérusalem!" (Jérémie 4, 4).
Cette prédication nous interpelle encore aujourd'hui; car il n'est pas question de s'illusionner par de pieux mensonges ! Il n'est pas question de se persuader qu'il suffit d'entendre la parole de Dieu, ou de participer aux sacrements, pour avoir le Salut. Une telle connaissance des Ecritures, une telle jouissance des sacrements, reviendrait à se nourrir d'une coquille vide. Au contraire, par ses prophètes, Dieu demande notre cœur. De toute urgence ! Demain ? Il sera peut-être trop tard. Ce soir ? Il sera peut-être trop tard.
Cette Parole nous enseigne également que s'il nous faut absolument être vertueux (Marc 1, 3), cette vertu ne saurait être un mérite salutaire. Car le Seigneur dit: "Vous de même, quand vous avez fait tout ce qui vous a
été ordonné, dites: Nous sommes des serviteurs inutiles, nous avons
fait ce que nous devions faire" (Luc 17, 10). En effet, toujours selon les Ecritures prophétiques, la connaissance du Salut consiste dans la rémission, ou le pardon des péchés (cf. Luc 2, 77). C'est aussi pourquoi St Jean le baptiste prêchait un baptême pour la rémission des péchés (Marc 1, 4).
C'est le lieu de rappeler, avec les prophètes, de qui nous obtenons ce pardon -- et comment nous le recevons. Ce n'est point par notre mérite, nous l'avons dit. Ce n'est pas non plus par le mérite des prophètes: le roi David était un prophète, et n'avait pas moins besoin du pardon que nous (cf. Psaume 51). Nous n'obtenons pas non plus le pardon par un caprice ou une inconstance d'un dieu oublieux de sa propre Justice. Nous avons le pardon de nos fautes par le Fils de Dieu, qui est venu parmi nous et a payé le prix de nos péchés, sur la Croix.
Vrai homme, le Christ pouvait endosser la responsabilité des fautes de son peuple. Mais le Christ n'est pas seulement homme, il est aussi vrai Dieu. En appliquant au Christ les paroles de Malachie 3, 1 (dans l'Ancien Testament: Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi) St Marc témoigne de cette merveilleuse vérité, que le Dieu vivant est venu visiter son peuple en la Personne du Fils.
Vrai Dieu, le mérite du Christ a donc une valeur infinie, suffisant pour sauver tous ceux qui croient en Lui. Car c'est par le seul moyen de la foi, ou de la confiance du cœur, que la bonne nouvelle du Pardon des péchés en Jésus-Christ peut et doit être accueillie. St Augustin résumait admirablement notre doctrine, en disant que: Tous les commandements de Dieu sont accomplis, quand tout ce qui n'est pas fait est pardonné (Retractations, I, 19, 3). De là, il ressort que la Vie n'est gratuite pour nous, que parce que quelqu'un d'infini l'a payée de la sienne.
Telle est l'adorable grandeur de Notre Seigneur, dont on parlé les prophètes (cf. Luc 24, 46) et dont ils furent aussi des figures (cf. Deutéronome 18, 18). C'est en effet parce qu'ils figuraient le Sauveur, que le peuple leur accordait une certaine foi (cf. Exode 14, 31; 1Corinthiens 10, 2), image de la foi certaine qui ne convient qu'à Dieu, Notre Sauveur (cf. St Basile de Césarée, Traité sur le Saint-Esprit, XIV, 31).
Car la multitude des prophètes met en exergue la singularité de leur objet : Jésus-Christ (cf. Hébreux 1, 1-2). En Lui seul sont tous les biens salutaires: le pardon des péchés et le don de l'Esprit saint.
C'est pourquoi aussi, tous devaient finalement décliner et se ranger sous sa domination (cf; Jean 3, 30/ Marc 1, 7) pour partager sa vie et sa gloire, avec tous ses saints, dans le royaume à venir. Cela a été annoncé dans les Ecritures du Seigneur; cela est donc parfaitement certain.
Bucerian

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