Livres carolins (II: 25): Que le culte des images ne vient pas des apôtres

 


Nous poursuivons notre série des meilleures pages des Livres carolins, écrits au VIIIe siècle pour exprimer la réprobation, par les Églises d'Occident, de l'idolâtrie promue en Orient par le conciliabule de 787.
Dans le présent chapitre, l'auteur souligne un fait bien connu: non seulement les apôtres n'ont pas institué le culte des images mortes mais encore, ce culte est contraire à tout ce qu'ils ont enseigné et prescrit.
Le chapitre fait allusion au fait que certains menteurs prétendent que les apôtres auraient bel et bien institué leur culte superstitieux. A l'instar des évêques de l’Église franque, nous devons écarter ces inventions - et nous avons déjà indiqué comment les affabulations destinée à conforter cette pratique ne font que condamner leurs auteurs.


 XXV – Qu'il n'a jamais été institué par les Apôtres, ni par leurs exemples, ni par leurs paroles, que l'on doive adorer des images.

La règle ecclésiastique de l'institution prophétique et apostolique nous est transmise tantôt par des paroles, tantôt par des exemples, tantôt par des oracles voilés ou révélés, parfois par des figures symboliques et parfois par des discours simples et explicites. Or, parmi toutes ces instructions, tandis que l'adoration de toute autre chose est interdite – à l'exception de l'adoration respectueuse que nous nous témoignons mutuellement en nous saluant –, seule l'adoration de Dieu est instituée.

Si donc l'usage d'accorder un honneur aux images avait été transmis par les Apôtres, il faudrait nécessairement qu'il ait été établi par leurs exemples ou promulgué par leurs enseignements.
Est-ce Pierre qui a institué l'adoration des images, lui qui a empêché Corneille de se prosterner devant lui ?
Est-ce Jean, qui, voulant adorer un ange, entendit que ce n'était pas permis et qu'il devait adorer Dieu seul ?
Est-ce Paul, qui s'est indigné devant les Lycaoniens lorsqu'ils voulurent lui rendre un honneur excessif ?
Est-ce Barnabé, qui, avec Paul, refusa pareillement cet hommage?

Puisque les anges eux-mêmes et les Apôtres interdisent l'adoration d'autres êtres, qui pourrait être assez insensé pour oser dire qu'ils ont institué l'adoration des images ?
D'autant plus qu'il y a une distinction entre ceux qui doivent être honorés : les uns, comme les anges, sont méritants et d'une nature propre ; les autres, comme les images, ne sont que des représentations sans mérite ni définition propre.
Si donc ni les anges ni les hommes ne doivent être adorés – comme le montre la logique de cet exemple –, à l'exception de l'adoration témoignée dans un esprit de charité et de salut respectueux, à plus forte raison les images, qui sont dénuées de raison et qui ne méritent ni salut ni adoration, ne doivent-elles pas être adorées. Puisqu'elles ne doivent pas être adorées – et même, puisqu'elles ne sont rien en elles-mêmes –, ceux qui les adorent commettent une double faute : soit parce qu'ils les adorent, soit parce qu'ils prétendent, à tort, que cette pratique leur aurait été transmise par les Apôtres.

L'Apôtre Paul, ce grand messager évangélique, raconte comment l'humanité, après s'être détournée de la vision céleste et s'être abîmée dans les malheurs de cette déchéance, a été blessée par les esprits mauvais. Mais le gardien de toutes choses (Dieu) l'a prise en charge pour la guérir par les paroles de la prédication, douces et sévères à la fois. Or, au même Paul, le Rédempteur a confié le double trésor de la sagesse des deux Testaments, et il lui a promis que, si Paul ajoutait encore quelque chose pour enseigner le peuple racheté, cela lui serait comté. Pourtant, ni dans les commandements qu'il a donnés librement, ni dans les conseils qu'il a offerts en supplément – comme il l'a fait, par exemple, au sujet des vierges – on ne trouve jamais qu'il ait enseigné ou prescrit quoi que ce soit concernant l'adoration des images, contrairement à ce que certains prétendent.

 A suivre...

Bucerian

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