Livres carolins (II: 24): Adoration et vénération
Ce passage des Livres carolins distingue entre les honneurs qu'on peut rendre aux hommes, images vivantes de Dieu, et les honneurs que les pécheurs entendent rendre aux images mortes.
On peut noter la chose suivante: les évêques carolingiens n'admettaient certainement pas qu'on puisse adorer les hommes de la façon dont on adore Dieu ( = culte de latrie). Quand ils parlent ici "d'adorer" les hommes, ils parlent donc manifestement de l'honneur dû à leur statut et à leurs actions (cf. 1Pierre 2: 17). Or, ils refusent qu'on donne aux images artificielles cette sorte d'honneur qu'ils acceptent de rendre aux hommes. C'est donc bien toute forme d'hommage que les évêques francs proscrivent à l'endroit des images. Toutes les subtilités sémantiques des iconodules sont ainsi écartées.
Puisque Dieu a ordonné aux hommes d’aimer les hommes et non les images : il a envoyé son Fils dans le monde pour les hommes, non pour les images. Il a voulu être appelé Père par les hommes, non par les images. Et le Seigneur a dit dans l’Évangile, non pas:
« Ne scandalisez pas ces images» mais « Ne scandalisez pas l’un de ces petits, car leurs anges voient toujours la face de mon Père qui est dans les cieux. »
L’apôtre exhorte à se prévenir mutuellement par l’honneur, mais non à honorer les images. Or, puisque l’ouvrier est supérieur à l’œuvre qu’il produit, le Livre de la Sagesse en témoigne en disant :
« Nul homme ne pourra façonner un dieu à sa ressemblance, car étant mortel, un mortel le façonne de ses mains injustes. Il est en effet lui-même meilleur que ces choses qu’il adore, car lui a vécu en tant que mortel, tandis qu’elles n’ont jamais vécu. »
Et saint Augustin ajoute :
« J’admets cependant que ceux qui considèrent comme dieux les œuvres des hommes sont plus profondément égarés que ceux qui prennent pour dieux les œuvres de Dieu. »
Cela concerne les idoles et leurs adorateurs. Quant à ceux qui, au sein de la sainte Église, proclament dans leur prédication sacrée que Dieu seul doit être adoré et vénéré, mais qui rassemblent des synodes pour imposer l’adoration des images, qu’ils prennent garde de ne pas troubler la paix intérieure de l’Église et, dans la prospérité de nos affaires, de ne pas souiller la foi par une erreur semblable à un conflit guerrier.
Cela peut être évité très facilement si l’on reste dans les limites de la prédication prophétique, évangélique et apostolique, en excluant toute nouveauté doctrinale, et si l’on se contente uniquement des institutions des saints Pères.
Bucerian
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