mardi 8 novembre 2016

Zwingli face à Luther: "être ou ne pas être, telle est la question"





"(...) vous devez savoir que lorsque quelqu'un dit que ce petit mot 'est' veut dire 'signifie', c'est une pure et simple fable".
Luther, De la Cène du Christ - Confession


La célébration de la sainte Cène est une partie importante du culte chrétien; il convient donc de méditer sur le sens des paroles que nous y entendons (elles viennent de la bouche du Fils de Dieu, qu'il nous faut écouter!), et d'écarter certaines interprétations erronées.
De nos jours, une grande partie du monde évangélique approuve l'opinion émise, en son temps, par Zwingli, selon qui "ceci est mon corps" voudrait dire "ceci signifie mon corps" et, par conséquent: "ceci n'est pas mon corps". Curieux et audacieux tour de passe-passe, dont on entend pourtant dire qu'il s'impose en considération des nombreuses métaphores que l'on trouve dans les Écritures.
Jésus ne dit-il pas qu'il est la porte?
Jésus ne dit-il pas qu'il est le chemin?
N'est-il pas écrit qu'il est l'Agneau de Dieu? etc.
Pourtant, Jésus n'est ni la pièce de bois séparant ma cuisine de mon salon, ni un sentier de terre reliant ma maison à mon champ; et il n'est pas non plus un ovin, bêlant dans une ferme.
Il serait donc logique de conclure que Jésus est l'Agneau de Dieu et que cela veut dire qu'il signifie l'Agneau de Dieu, Agneau qu'en réalité, il ne serait pas...
La démonstration peut séduire, mais résiste-t'elle à l'examen?
Nous ne croyons pas.

D'abord, parce que (comme le fit remarquer Luther) si Jésus, au lieu d'être,  signifiait seulement l'Agneau de Dieu, alors, comme signe, Jésus aurait moins de valeur que l'Agneau de Dieu Lui-même.
Ensuite, logiquement, parce qu'on serait en doit de se demander: où est donc le véritable Agneau de Dieu dont Jésus n'est censé être qu'un signe?
Enfin, parce que dans tous ces exemples, le verbe "être" veut dire "être" et que c'est arbitrairement qu'on voudrait se servir d'éventuelles traductions erronées de ces passages, pour appuyer une compréhension erronée d'autres passages!

Comment comprendre, donc, ces passages (et leur différence avec la Cène du Seigneur)?
Bon pédagogue, Luther, commence par nous rappeler ce qu'est une métaphore, en citant un extrait d'Horace: "Tu auras parlé avec élégance", dit le poète, "si tu peux habilement faire d'un mot courant un mot nouveau".

Jésus est donc, sans nul doute,  la porte; et c'est ce mot "porte" qui a un sens nouveau, ne désignant plus un panneau de bois, mais une autre sorte de porte, tout à fait nouvelle, vivante et vivifiante.
Jésus est aussi le chemin; et c'est ce mot "chemin" qui a un sens nouveau, ne désignant plus un vulgaire passage dans la boue, mais le chemin du Ciel: oui, assurément, Jésus est ce chemin, cet unique chemin!
Incontestablement, Jésus est l'Agneau de Dieu; non pas un agneau couramment désigné par ce terme, mais un Agneau unique, tout différent, dans un sens particulier.


Dans chacun de ces cas, il serait faux et même blasphématoire de dire que Jésus signifie la porte, qu'il signifie le chemin, qu'il signifie l'agneau! Loin s'en faut qu'on puisse employer une telle lecture pour couvrir, de son ombre, le sens des paroles eucharistiques!
Dans le domaine profane, même, Luther fait remarquer que nul n'approuverait de tels sens; si nous disons:  "cet avare est un chien!" cela ne peut pas se traduire par "cet avare signifie un chien!"; car l'avare ne signifie aucun chien, mais il est, lui, un vrai chien; non pas un canidé poilu qui aboie dans la rue, mais un chien en un sens tout nouveau et particulier.

Or, dans la Cène, Jésus ne nous dit pas: "mon corps est un pain" (aucun pain en particulier, qu'il nous désignerait, et qui aurait un sens métaphorique, comme on l'a vu des précédents exemples) mais il prend un pain réel, concret, celui que vont manger les disciples. Et de ce  pain-là, il dit: ceci est mon corps.


Conclusion:

Le verbe "être" ne peut pas être réduit au verbe "signifier" et les chrétiens devraient élever leur esprit dans le mystère eucharistique, plutôt que de le rabougrir en réduisant l’œuvre divine à ce que la chair peut en concevoir.


Bucerian


1 commentaire:

Méta Phrase a dit…

La présence réelle ne se manifeste que lors du mémorial eucharistique, ni avant ni après. Or, comme un mémorial est, par essence, subjectif, alors, si nous devons affirmer la communion au corps et au sang du Christ, lors de la manducation sacramentelle du pain et du vin, nous ne pouvons pas spéculer sur la transformation des éléments eucharistiques, étant donné le manque d'une donnée objective essentielle: la quantité, sous le mode de a temporalité. Car, le temps est mesure du mouvement, du changement. Or, ce changement est surnaturel et ne se révèle que sous un horizon subjectif: la synaxe eucharistique. Donc, ne pouvant le mesurer, nous ne pouvons le définir. De sorte qu'en dehors de la sainte-Cène, il n'y a pas de présence sacramentelle dans les éléments eucharistiques.