samedi 17 septembre 2016

Défense de l'amillénarisme Réformé (9): Une interprétation spirituelle d'Esaïe 65: 17, ss



Dans les articles précédents, le Professeur ENGELSMA a fait valoir l'importance de comprendre l'Ancien Testament à la lumière du Nouveau.

Dans une telle perspective, il n'est pas possible d'invoquer des idées ou des prophéties de l'Ancien Testament, qui échapperaient à la lumière du Nouveau Testament. C'est pourtant ce que font les chiliastes, ou partisans de l'idée d'un âge d'or terrestre, en se référant principalement à des textes de l'Ancien Testament, qu'ils ne soumettent pas à l'éclairage du Nouveau Testament.

C'est ainsi qu'un chiliaste comme GARY NORTH , soutient que "le passage d’Ésaïe 65 annonce l'avènement sur terre, et avant le Jugement final (puisque des pécheurs existeront encore) d'un âge durant lequel il y aura de grandes bénédictions extérieures, incluant une très grande espérance de vie" ("Foreword", in Kenneth L. GENTRY, Jr, He shall have dominion, Institute for Christian Economics, 1992, p. xxvii).
Selon NORTH les amillénaristes sont contraints de "spiritualiser" ou de rendre allégoriques de tels passages.

Or, l'interprétation chiliaste du texte d’Ésaïe 65, constitue une rupture dans la tradition Réformée (1) et s'avère d'ailleurs insoutenable (2).


1. Rupture dans la tradition Réformée

Exiger une interprétation littérale et auto-suffisante, pour ce genre de prophétie, n'est pas une attitude traditionnellement Réformée.
Par exemple, Jean CALVIN interprète ce passage en notant que les prophètes font des métaphores à partir de choses de la vie présente, dans la but, néanmoins, de nous élever à la vie éternelle et spirituelle -- si bien qu'il ne convient pas de fixer notre attention sur la description de bénédictions transitoires mais il faut s'en servir comme d'une échelle dressée vers le ciel afin d'y attirer l'attention (cf. Commentaire sur le livre du Prophète Ésaïe, vol. 4)

Semblablement, Herman BAVINCK affire que "ce Royaume est esquissé par les prophètes avec des teintes et des couleurs, sous des figures et des formes, qui ont toutes été tirées des circonstances dans lesquelles ils vivaient... mais sous ces formes terrestres et sensibles les prophéties ont un contenu éternel... La prophétie présente à nos yeux une seule image du futur. Et cette image est à prendre, ou bien littéralement (mais alors, on rompt avec le Christianisme et on retombe dans le Judaïsme) ou bien avec une interprétation très différente que celle dont procèdent les espérances des chiliastes."

Les chiliastes postmillénaristes comme Gary NORTH ignorent-ils que cette grille d'interprétation est ce qui distingue et oppose la foi Réformée de l'erreur dispensationaliste?

Ne voient-ils pas que le Nouveau Testament établit une lecture spirituelle de l'Ancien? (Amos 9. 11/ Actes 15. 16-19)

Ne voient-ils pas que "mon peuple", ici, ne peut pas être l'Israël charnel (ce qu'imposerait une lecture littérale) mais qu'il s'agit, selon les apôtres, de l'assemblée spirituelle des Juifs et des Gentils (Osée 1. 2/Romains 9. 24-26)?

Ne voient-ils pas, par exemple, que le temple d’Ézéchiel ne consiste pas dans un bâtiment de pierre, mais le corps spirituel de Jésus-Christ (Ezechiel 40-48/ Jean 2. 18-22 ; 1Pierre 2. 1-10)?

Ce n'est pas donc sans raison que le très irénique Herman BAVINCK soutenait que l'interprétation littérale de l'Ancien Testament revenait à rompre avec le Christianisme et à retomber dans le Judaïsme. 
Quant au "Reconstructionisme Chrétien", avec sa volonté de lier les Chrétiens du Nouveau Testament aux lois civiles de l'Ancien Testament et sa volonté d'en imposer les cérémonies, à déjà succombé, dit le Professeur ENGELSMA, à ce péril mortel.



2. Impossibilité d'une interprétation littérale


Mais les chiliastes font-ils au moins vraiment cette lecture littérale (et judaïque!) dont ils se targuent?
Certes, nous estimons que toutes les prophéties vétérotestamentaires trouvent leur accomplissement, spirituellement, en Jésus-Christ. Se trouvent donc interdites les interprétations littérales de textes comme Ésaïe 65.

Mais voyons les inepties auxquelles devraient se ranger les chiliastes, s'ils appliquaient leurs principes jusqu'au bout:

a) C'est la Jérusalem terrestre et et les Juifs selon la chair qui seraient le délice de Dieu, dans le règne messianique (verset 18).

b) Personne ne devrait plus verser une seule larme pendant le fameux "âge d'or" terrestre: ni la mère lors d'une naissance, ni l'enfant qui reçoit une fessée, ni le pécheur pénitent à cause de son péché (verset 19).

c) Les bêtes carnivores devraient devenir végétariennes: le lion dans la savane, le crocodile dans le marécage, etc (verset 25).

Les Chrétiens Reconstructionistes s'attendent-ils réellement à de telles choses? 
Les araignées cesseront-elles de capturer et manger les mouches?
Deviendrons-nous tous végétariens?

Quid aussi des premiers mots, au verset 17?
Une interprétation littérale ne doit pas y voir une vague "transformation fondamentale de la façon dont le monde fonctionne présentement", comme le dit monsieur NORTH.
Littéralement, il ne faut pas attendre un changement profond de ce monde, mais un autre monde.
Non pas surtout un changement graduel, résultant d'un changement moral, mais d'une création nouvelle (Bara, en hébreux) de Dieu.

Il est donc clair comme le jour que les chiliastes (postmillénaristes, notamment) échouent à donner une interprétation littérale de cette prophétie.
Et pour cause!
Ésaïe 65 ne traite pas de ce monde, de Jérusalem, des Juifs, d'une espérance de vie prolongée, de belles maisons, de bonnes fermes, d'une abondance d'argent, de loups apprivoisés, etc. mais il s'agit d'un texte se référant à Jésus-Christ et son Église, du Salut, de la Vie éternelle et d'un monde nouveau et totalement différent.

C'est un texte sur un Christ spirituel, son peuple spirituel, d'un Salut spirituel, de bénédictions spirituelles, d'une vie spirituelle et d'un monde spirituel.

A suivre...


Bucerian  

1 commentaire:

Méta Phrase a dit…

Il est de la relation entre l'Ancien Testament et le Nouveau, comme celle existant entre l'opération "2+2" et le résultat "4" en une addition. C'est le résultat qui explique l'opération, pas l'inverse. "4" = "2+2", de même le Nouveau Testament explique l'Ancien. Sinon, il serait impossible de réconcilier l'unicité du Dieu de l'Ancien Testament avec l'affirmation de la Trinité divine néo-testamentaire, alors que la très sainte TRINITÉ postule l'unité de Dieu. C'est pourquoi, il faut, à tout prix, écarter toute exégèse judaïsante d'une lecture chrétienne de la Bible.