dimanche 12 octobre 2014

Protestantisme cinq points

On parle souvent de "calvinisme cinq points" en référence aux conclusions du synode de Dordrecht (1618-1619) sur la question de la prédestination.

Loin de désapprouver les conclusions du synode, je constate cependant qu'en réduisant l'orthodoxie à ce seul critère, on arrive à une curieuse conséquence: tandis que le monde Luthérien est laissé de côté, des groupes qui n'ont pas grand chose d'orthodoxes sont étiquetés "réformés" ou "calvinistes" (ainsi, les "Réformés Baptistes", etc.)

Pour décrire l'orthodoxie de l’Église, je parlerai donc plutôt ici de Protestantisme cinq points. Les critères seront plus larges, mais aussi plus complets.
Plus larges, ils incluront le Luthéranisme.
Plus complets, ils permettront de distinguer plus nettement le Protestantisme traditionnel de certains mouvements Anabaptistes, malgré ce qu'ils ont repris de la pensée Réformée.

L'acronyme du Calvinisme cinq point est T-U-L-I-P: Total depravity, Unconditional election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints.
L'acronyme que j'utiliserai pour décrire le Protestantisme cinq points, sera, naturellement, B-I-B-L-E:
Balise doctrinale, Invocation du Seigneur, Baptême, Loi divine, Eucharistie.


1) Balise doctrinale

Il s'agit, d'abord, du Credo de l’Église fidèle à l’Écriture.
La raison d'être du Credo n'est pas de réduire le mystère sacré, de l'épuiser dans nos limites.
La raison d'être de la confession de foi de l’Église n'est pas non plus d'exclure un maximum de monde, d'exiger que ses membres soient incollables sur la dogmatique des docteurs de l’Église.
La raison d'être du Credo, outre de proclamer le Kerygme, de proclamer la bonne nouvelle du salut par la foi seule en Christ, est de signaler la frontière entre ce que confesse l’Église et ce qui en est la négation, ce qui est faux.
Il s'agit donc de témoigner de la Foi du salut et, simultanément, de désavouer ce qui s'attaque à ce salut, ce qui le rend impossible.

L’Église, à la suite des saints Apôtres, a toujours résumé ainsi sa foi (cf. 1 Corinthiens 15. 1-11). Le Credo de 381 (Symbole de Nicée-Constantinople), qui est fidèle aux Écritures et qui a fait l'unanimité, doit ainsi être considéré comme la frontière fondamentale entre ce qui est Chrétien et ce qui ne l'est pas.
Cela doit être maintenu contre l’athéisme, le paganisme, le gnosticisme, le talmudisme, le mahométanisme, le modernisme (ou néo-gnosticisme), etc.


2) Invocation du Seigneur

Invoquer Dieu: le prier, l'adorer (ad orare: s'adresser à), voilà ce que fait la foi!
Prier ce que l'on croit, croire ce que l'on prie: ce vieux principe, articulé avec les assertions du Credo (Nous croyons en un seul Dieu: le Père... en un seul Seigneur, Jésus-Christ... en l'Esprit saint) marque l'orthodoxie évangélique.
Le pape de Rome, Pie V, apprenant la victoire de Lépante, s'était exclamé:
"courons (...) rendre grâce à Dieu, notre armée est victorieuse !"  
Et cela s'est traduit, depuis, par une célébration annuelle de... Notre Dame du Saint rosaire (!) (source)
L’Église véritable, au contraire, ne tourne pas sa foi dans un panthéon de saints, mais en Dieu. En Dieu seul.
Cette frontière entre le christianisme orthodoxe et les christianismes paganisés, doit aussi servir à nous mettre en garde contre un certain œcuménisme. 
La question se pose en effet de savoir s'il convient ou non de prier avec des hérétiques et des hétérodoxes. On sait que des communions, comme l’Église Luthérienne du Synode du Wisconsin, aux États-Unis, refusent de mener tout acte spirituel en commun avec de telles gens.

Et de fait, il est vrai que si les membres de l’Église peuvent sans doute prier, à titre individuel, avec des hétérodoxes dont ils savent qu'ils admettent malgré tout le sola fide (doctrine du salut par la foi seule), il ne semble en revanche ni convenable ni cohérent de voir des réunions publiques où des ministres de l’Église orthodoxe prient avec des faux bergers. Loin s'en faut qu'ils puissent participer à des cérémonies diaboliques comme la réunion d'Assise, c'est-à-dire avec des païens.


3) Baptême



Évangéliser, baptiser, instruire. Le Christ nous a donné cette mission et son Église ne saurait en annuler une partie (Matthieu 28. 19).
Si donc tout le monde (ou presque) admet la nécessité du baptême (Actes 10 :47), une question divise Protestants et Anabaptistes: doit-on baptiser les seules personnes qui font profession de croire en Jésus-Christ, ou est-il également scripturaire de baptiser les enfants des membres de l’Église?

L'Anabaptisme n'admet pas le baptême des enfants.
Pour notre part, à moins de penser que les enfants n'ont pas d'âme et que le salut ne les concerne pas, ou qu'on les pense innocents et purs de tout péché (pélagianisme); à moins aussi de penser que Christ ne reçoit pas à Lui des petits, ou des êtres incapables de parler "librement" (retour au pélagianisme) il est évident que, comme le veut l'unanimité du Protestantisme, les enfants des fidèles soient baptisés.

Il y a ici un article distinctif d'une Église authentique et qui ne doit assurément pas être négligé. Il y a ici une question dont dépend la cohérence et donc, la croissance et fermeté de l’Église, tout comme il y a là un article dont dépend le salut de nombreux enfants que l'on aurait tort d'imaginer comme capables de plaire à Dieu en dehors du Christ, ou comme étant appelés à être en Christ sans lui être unis, comme tout Chrétien, par une nouvelle naissance dont le baptême est la célébration (Jean 3: 5).


4) Loi divine


Le Chrétien n'a pas été baptisé et il n'invoque pas Dieu pour demeurer esclave du péché! Le Protestantisme s'accorde à reconnaître un triple usage de la Loi:
Disciplinaire, ou extérieur: la Loi sert à assurer le bon ordre, à freiner le mal, à expulser du peuple les pécheurs notoires et impénitents.
Pédagogique, intérieur: par la Loi, tout le monde est reconnu pécheur (Romains 3: 19); l'homme doit constater qu'il ne peut plaire à Dieu car il demeure incapable d'accomplir le Bien qui lui est demandé (aimer Dieu et son prochain de tout son cœur). Ce faisant, la Loi pousse le pécheur au soin de l’Évangile où est annoncé le Pardon de Dieu en Jésus-Christ.
Et après?
Il existe ce fameux troisième usage. En effet, le Chrétien est une personne en qui le péché ne règne plus mais en qui il continue cependant d'exister (Confession de La Rochelle, article 11). Certes, la conscience du Chrétien régénéré le pousse instinctivement au bien. Mais le Chrétien reste aussi faible, sujet aux tentations, même intellectuelles et morales; aussi la Loi demeure-t-elle un critère objectif par l'instrument duquel l'Esprit le guide dans sa sanctification.

La conséquence de tout cela est que l’Église ne saurait être un club de libertins: le Chrétien n'est plus soumis à la Loi, au sens où il n'est plus esclave ni soumis à la colère de Dieu. Pour autant, le Chrétien n'est pas sans Loi.
Une Église orthodoxe doit donc nommer le péché, condamner les mauvaises pensées, paroles et actions; reprendre avec douceur le fautif, lui annoncer le pardon du Christ (un pardon qui n'aurait plus aucun sens sans la rigueur de la Loi divine!) mais aussi, exercer l'excommunication des impénitents, des blasphémateurs, etc. contrairement à la pratique des clubs modernistes.


5) Eucharistie



C'est ici que culmine notre propos. Sacrement de l'unité souvent devenu sacrement de la division et des discordes, comme on le dit souvent, la célébration de ce second sacrement est la marque de l’Église.
Célébré avec les deux éléments (du pain et du vin) administrés à toute l'assemblée confessante, ce repas n'est pas une simple illustration d'un mystère qui en serait absent. Ce n'est pas une pièce de théâtre, un mime. Ce n'est pas seulement une cérémonie didactique. Ici, comme dans le baptême, le mystère du salut est exprimé, manifesté. Ici s'opère réellement l'union au Christ.

La doctrine calvinienne de l'eucharistie a souvent été infléchie vers le zwinglianisme, voire trahie et reniée par des théologiens "calvinistes" (n'adhéraient-ils pas aux cinq points de TULIP?), comme CH. Hodge, R. Dabney, etc.
En réalité, LA doctrine Protestante de la Cène est (et ne peut être) que la doctrine énoncée dans la Concorde de Wittenberg (1536). Concorde hélas très souvent ignorée, alors qu'elle est le sceau canonique d'une unité de cœurs, tout comme la poignée de main des apôtres fut le sceau de leur entente dans la foi et l'amour (cf. Galates 2).
C'est donc à cette Concorde qu'il convient que chaque "école" conforme ses enseignements.

En conclusion, comme je l'ai développé dans un premier ouvrage, l’Église doit remettre à l'honneur ces paramètres, selon la Parole de Dieu. Autrement, le risque est simplement de s'épuiser dans un morcellement et dans des confusions sans fin.

Bucer

 

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Au sein des "Propos de table", Luther aurait eu ce mot éclairant: "la Loi a été donnée par le Père, l'Oraison dominicale, par le Fils, et le Symbole, par le Saint-Esprit". Voilà, la base commune et inaltérable de toute la chrétienté!