samedi 11 janvier 2014

4 récits sur le matin de Pâques?








Certains font remarquer d'apparentes contradictions dans les Évangiles, notamment sur des sujets graves (le témoignage de la Résurrection). Faut-il conclure de cela que le texte biblique n'est pas tout à fait inspiré, ou même que ce qu'il rapporte est faux?...
Évidemment, ces conclusions simplistes ne sont pas les nôtres. 

Remarques générales:


   Comme tout évènement réel, la Résurrection foisonne de détails qu'il est impossible à un auteur de rapporter exhaustivement --sinon à rédiger des rapports de milliers de pages (Jn 21: 25).

De plus, comme tous les véritables témoins humains, les hommes qui ont rapporté ces évènements ont prêté attention à des choses et ont retenu des détails différents, selon leur place dans l'histoire.

Les évangiles synoptiques:

Marc et Luc ont tenu des informations de diverses personnes et ont donc été amenés à limiter leur propos aux lignes générales et à ce dont ils pouvaient être rendus certains par leur enquête, plutôt que de se disperser.
Matthieu était un des onze, mais apparemment non présent à ce moment (Jean 20: 2): lui aussi s'est appuyé sur les explications des autres (surtout les femmes), mais a peut-être pu savoir (et être certain de) davantage de faits.

L'évangile johannique:

Jean développe une parenthèse sur l'épisode de Marie Madeleine faisant un aller-retour tombeau/Apôtres.
Il le fait (et pas les autres) en raison de son implication personnelle dans cet épisode: il y avait là un souvenir trop personnel pour pouvoir être tu de lui (là où Matthieu ou Marc n'en disent rien, et où Luc n'en fait qu'un écho fragmentaire Luc 24: 12).


Résultat: 

Les synoptiques traitent le sujet en une dizaine de versets alors que Jean s'approche de la vingtaine de versets, en raison des détails particuliers qu'il donne pour les avoir vécu.

Ce sont donc des souvenirs et des détails personnels mais authentiques, d'un évènement réel, qui s'entrecroisent dans les différents récits et qui sont souvent résumés pour ne pas se disperser.

En définitive, il paraît quasi-impossible de reconstituer avec une certitude de 100% l'ordre précis des évènements de ce jour (sinon dans leur globalité: les femmes, menées par Marie Madeleine, ont trouvé le sépulcre ouvert, des anges leur ont annoncé la résurrection et le Seigneur est finalement apparu lui-même). 

Toutefois, il est possible de montrer que les récits des évangiles, compris comme des résumés plus ou moins détaillés (surtout dans le cas des synoptiques) et non comme des rapports développés minute par minute, ne présentent aucune contradiction factuelle et se recoupent au contraire entièrement.

Ci-dessous, un scénario probable (basé sur des explications déjà existantes, principalement celles de st Augustin) avec des variantes, de ce qui s'est manifestement passé (des variantes sont  possibles).





Etape 1:
Mt 28: 1-4 // Mc 16: 1-4 // Luc 24: 1-2 (3?) // Jn 20: 1-2

La pierre du sépulcre est roulée par un ange qui apparaît aux gardes et les rend morts de peur.
Sur ce, les femmes arrivent et aperçoivent la pierre roulée. 

On ne sait pas si les femmes voient aussi les gardes ou si elles ne font pas attention à ces silhouettes figées plusieurs mètres plus loin; par conséquent, on ne sait pas non plus si les femmes ont osé s'approcher et entrer tout de suite dans le sépulcre ou si elles sont restées dans les abords. En tout cas,  après une courte concertation, Marie Madeleine repart prévenir les apôtres. Les autres restent là, au cas où il y aurait du nouveau.

N.B.: Jean désigne le groupe par Marie,  parce qu'elle est revenue seule chez lui et Pierre. C'est son visage qu'il a encore en mémoire quand il repense à cette matinée. Cela dit, il ne nie pas qu'elle était auparavant avec les autres, car il rapporte sa phrase au pluriel: Nous ne savons où ils l'ont mis. (Jn 20: 2)
D'une même manière, Luc parle d'abord de Pierre comme s'il était allé seul au tombeau, mais l'on découvre plus bas qu'il a connaissance du fait que Pierre n'était pas seul (Luc 24: 12 // 24:24), de sorte à être en accord avec Jean (Jn 20.1, ss)



Etape 2:
Mt 28: 5-7 // Mc 16: 5-7 // Luc 24: 4-8


Les femmes restées au sépulcre ne cessent pas d'exister quand Marie Madeleine s'en va. Elles ne sont pas mises en mode "stand by". Par conséquent, on doit concevoir qu'elles continuent d'agir normalement après le départ de leur amie.
Donc, selon qu'elles ont ou non déjà vu les gardes:

Ou bien Les femmes décident d'avancer malgré les gardes et découvrent qu'ils sont comme pétrifiés. Elles entrent alors et un ange leur apparaît pour leur annoncer la bonne nouvelle. Elles sortent effrayées et voient le second ange, juste à l'entrée, sur la pierre, qui proclame ces mêmes choses en leur disant de ne pas avoir peur mais elles s'éloignent.

Ou bien Elles sont déjà entrées dans le sépulcre plus tôt, mais elles font subitement attention qu'il y a des gardes qui sont figés par la peur; elles se tournent et en découvrent alors subitement la raison: l'ange assis sur la pierre. L'ange leur proclame l’Évangile et les invite à regarder dans la tombe; interloquées, elles y entrent à nouveau et un second ange apparaît (bientôt rejoint par le premier?), répétant les paroles du premier. Elles sortent de là effrayées.
N.B.: Il est difficile de savoir quel ange elles voient en premier et même si les anges en question sont toujours au même endroit ou si ils bougent. C'est pour cela que l'on doit imaginer ici, indifféremment, plusieurs ordres possibles.

Une question se pose: pourquoi ne voient-elles pas immédiatement l'ange qui, pourtant, est vu par les gardes?
La réponse à ce problème est très simple: la présence d'un ange peut ne pas toujours être discernée au même moment par tous ceux qui sont pourtant en sa présence (Nombres 22).



Etape 3:
Marc 16: 8 // Jean 20: 3 - 10// Luc 24: 12

Les femmes ont peur d'être prises pour des hallucinées (ce qui va d'ailleurs se produire...) et sont terrifiées par ces apparitions.
Alors qu'elles font demi-tour, et aperçoivent peut-être, de loin (ou croisent?)  sur leur route Pierre et Jean, qui courent, suivis de Marie Madeleine. Elles ne disent rien de ce qui est arrivé.
Car, pourquoi le texte de Marc insiste sur leur silence, comme si elles n'avaient absolument jamais parlé de ces évènements, alors que très vite, ceux-ci furent connus et crus d'un grand nombre?...
Donc, c'est dans l'immédiat qu'elles sont restées silencieuses. Or, dans l'immédiat, c'est envers Pierre et Jean, et Marie Madeleine qu'il y a lieu de souligner leur silence.

Les Apôtres inspectent les lieux et constatent l'absence de cadavre et rentrent chez eux, circonspects.

N.B.: Le texte de Jean indique seulement que Pierre et Jean courraient vers la tombe. Pourtant, il est évident que dans l'esprit de l'auteur, Marie suivait, étant donné qu'après leur départ, elle était là et pleurait. Cela montre que, de même, quand Jean (ou un autre) indique seulement Marie (ou Marie Madeleine et Marie mère de Jacques, pour Matthieu) ce n'est pas à l'exclusion d'autres personnes et qu'on ne doit pas chercher anxieusement le nombre de femmes ou des anges sur des descriptions aussi brèves).




Etape 4:
Marc 16: 9 // Jean 20: 11- 17

Les deux anges qui étaient apparus aux femmes apparaissent maintenant à Marie, qui pleure. Ils l'interrogent et, après qu'elle leur ait répondu, Jésus apparaît à Marie qui est restée seule (les autres femmes sont en retrait et gardent encore le silence? Ou bien elles ont déjà pris la route du retour, peu après les Apôtres?)  et Il lui annonce la résurrection. Elle l'adore.



Etape 5:
Matthieu 28: 8-10 // Marc 16: 10 // Luc 24: 9-11 // Jean 20: 18

Marie repart, rejoint le groupe des autres femmes et leur dit ce qui s'est passé.
Jésus leur apparaît à toutes pour renforcer leur foi (pour l'heure, les autres femmes n'ont vu que des anges).
Encouragées, elles vont parler avec joie de leur rencontre avec le Ressuscité.
(Il se peut aussi que le Christ soit apparu aux femmes encore séparées de Marie, peu près être apparu à cette dernière, et que tout le groupe ne se soit rejoint qu'ensuite.)

En tout cas, comme le craignaient les femmes au début, elles sont prises pour des hallucinées.


Conclusion:
Chaque évangéliste a fidèlement rapporté les éléments nous permettant de situer et contextualiser l'évènement de la Résurrection. Les faits secondaires ayant été généralement laissés de côté (tout en laissant ponctuellement des traces permettant de les deviner  dans les récits), certains ont conclu que ces éléments doivent nous mener à crier au mensonge. C'est tout le contraire en fait: le foisonnement de détails et de subtilités sont la marque de l'authenticité plutôt que de l'imagination.

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Note, au sujet des gardes:

    Pendant qu'elles étaient en chemin, quelques hommes de la garde entrèrent dans la ville, et annoncèrent aux principaux sacrificateurs tout ce qui était arrivé.
    Ceux-ci, après s'être assemblés avec les anciens et avoir tenu conseil, donnèrent aux soldats une forte somme d'argent,
    en disant: Dites: Ses disciples sont venus de nuit le dérober, pendant que nous dormions.
    Et si le gouverneur l'apprend, nous l'apaiserons, et nous vous tirerons de peine.
    Les soldats prirent l'argent, et suivirent les instructions qui leur furent données. Et ce bruit s'est répandu parmi les Juifs, jusqu'à ce jour.


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Pendant qu'elles étaient en chemin (lorsque les femmes ont commencé à s'éloigner du sépulcre seules [étape 3] ou quand elles repartent toutes avec Marie Madeleine [Etape 5]?
Dans le premier cas, les apôtres ont arrivés et n'ont pas vu les gardes, ce qui semble plus vraisemblable. 

Élémentaire, mon cher Watson!

Bucer

1 commentaire:

Anonyme a dit…

« Quand un homme me dit qu'il a vu un mort rappelé à la vie, je considère immédiatement en moi-même s'il est plus probable que cet homme me trompe ou qu'il se trompe, ou que le fait s'est réellement produit. Je pèse, l'un en regard de l'autre, les deux miracles [...] Si la fausseté de son témoignage était encore plus miraculeuse que l'événement qu'il rapporte, alors, et alors seulement, il peut prétendre gouverner ma croyance et mon opinion. » ( Hume, Enquête sur l'entendement humain. Paris, Flammarion, 2006.)

Autrement dit, il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre!