dimanche 31 mars 2013

Présentation



En ce dimanche de Pâques, les lecteurs de ce blog remarqueront la modification apportée dans notre rubrique présentation.



Présentation de notre "Accord":

La scène ecclésiastique, aujourd’hui illisible ou presque, n’est pas dans un état idoine à l’édification des fidèles. Entre le libéralisme qui mine les « anciennes » dénominations et l’enthousiasme irréfléchi de mouvements  « évangéliques », il ne semble plus y avoir beaucoup de place pour une orthodoxie saine et irénique.

C’est donc en des temps bien troubles que nous avons repris et affiné les termes d’un « Accord » signé il y a 7 ans, déjà, et qui se trouve à l’origine de ce blog.


Avant d’en examiner et commenter le contenu, quelques mots pour ôter tout malentendu à son sujet :


1)      Ce document n'est pas une simple suggestion, une requête, pour ne pas dire un vœu pieux. Il n'est pas la proposition d'un nouveau livre Symbolique, qui aurait encore besoin de l'approbation d'une "autorité ecclésiastique" quelconque avant de devenir applicable.

2)     A proprement parler, il ne s'agit pas non plus d'un acte décisoire, signé de nos jours par des chrétiens s'arrogeant le droit de constituer une liste "canonique" de façon discrétionnaire et unilatérale (fondant ainsi quelque nouveau schisme).

Ce document est simplement un acte déclaratif, c'est-à-dire qu'il ne fait que constater le fait qu'il existe des livres Symboliques qui, dès le XVIe siècle, ont été reçus et ont été jugés suffisants, par l'ensemble des Eglises protestantes (ou évangéliques) pour permettre une pleine communion de chaire et d'autel (I).

Puis, invoquant des précédents tout à fait connus et incontestés de Symboles locaux employés à côté de ces textes universels, notre texte en déduit la légitimité, pour les Protestants Français (comme pour ceux de toute autre Nation) de faire également usage de leur confession traditionnelle et historique (celle à laquelle étaient attachés leurs pères et martyrs), savoir la confession de La Rochelle (II).

Ce faisant, ici encore, notre formule ne pose pas un nouveau principe mais constate un principe déjà existant et accepté, et ne fait que l'appliquer, en l'espèce, pour la confession des Français.

Maintenant que nous avons éclairci ces quelques points, nous pouvons voir plus en détails en quoi consiste le contenu de l'accord, et à quoi il se réfère.

Introduction:

a) Les saintes Ecritures sont reconnues comme norme suprême de notre foi et de toute notre vie: ainsi, aucun aspect de notre vie personnelle ou ecclésiale ne saurait contrevenir à la volonté de Dieu exprimée dans ses Ecritures saintes.

Cette notion de norme suprême implique la suffisance (et la suffisante clarté) des Ecritures, sans quoi elles ne pourraient être seules en ce degré suprême (sola scriptura).


Outre que l’existence d’un Canon (Liste & Norme) prouve par lui seul ce point et outre le fait (pourtant décisif) que l'Ecriture témoigne d’elle-même de sa suffisance ou autorité ultime (2Tim 3. 16, ss), les Pères de l'Eglise ont affirmé ce même article:


« Cette Ecriture, étant inspirée de Dieu, est utile. Qui peut en douter? « Elle est utile pour instruire, pour reprendre, pour corriger, afin que, l'homme de Dieu soit parfait et parfaitement disposé à  toutes sortes de bonnes œuvres ». — « Utile pour instruire ». L'Écriture nous apprendra ce que nous devons savoir, et nous laissera ignorer ce que nous devons ignorer. Si nous avons des erreurs à réfuter, des désordres à redresser, l'Ecriture nous fournira les principes nécessaires. Elle sera bonne aussi pour consoler et pour encourager. « Pour corriger », c'est-à-dire que nous y trouvons de quoi suppléer à ce qui nous manque. — « Afin que l'homme de Dieu soit parfait ». Ainsi les Ecritures sont un encouragement au bien, destiné à conduire l'homme à la perfection. Sans elles, on n'est point parfait. Au lieu de moi, dit saint Paul, vous aurez la sainte Ecriture qui vous apprendra ce que vous voudrez savoir. S'il écrivait ces choses à Timothée qui était cependant rempli du Saint-Esprit, combien plus les écrivait-il pour nous! — « Parfaitement disposé à toutes sortes de bonnes œuvres »: Il ne doit pas se contenter d'y prendre part, il doit s'y exercer à la perfection. »

(St Jean Chrysostome, sur 2Timothée, Homélie IX. 1)


Au Moyen Âge encore, Thomas d’Aquin écrivait :


« Au contraire, c’est un usage propre qu’elle fait des autorités de l’Ecriture canonique. Quant aux autorités des autres docteurs de l’Eglise, elle en use aussi comme arguments propres, mais d’une manière seulement probable. Cela tient au fait que notre foi repose sur la révélation faite aux Apôtres et aux Prophètes, non sur d’autres révélations, s’il en existe, faites à d’autres docteurs. C’est pourquoi, écrivant à st. Jérôme, st. Augustin déclare : « Les livres des Ecritures canoniques sont les seuls auxquels j’accorde l’honneur de croire très fermement leurs auteurs incapables d’errer en ce qu’ils écrivent. Les autres, si je les lis, ce n’est point parce qu’ils ont pensé une chose ou l’ont écrite que je l’estime vraie, quelque éminents qu’ils puissent être en sainteté et en doctrine ».
(Somme théologique, I Q. 1 a8)



Nous en trouvons la formulation la plus exacte et la plus prudente, sans doute, dans les XXXIX Articles de l'Eglise d'Angleterre:


(article 6, sur la suffisance des Ecritures) :

"L’ÉCRITURE Sainte contient tout ce qui est nécessaire pour le salut: de sorte qu’on ne doit point exiger d’un homme qu’il croie comme article de Foi, ou qu’il considère comme essentiel ou nécessaire au salut, la moindre chose de ce qui ne s’y lit pas, ou qui ne peut pas se prouver par elle. Sous le Nom d’Écriture Sainte, nous comprenons les Livres canoniques de l’Ancien et du Nouveau Testament, sur l’autorité desquels, il n’y a jamais eu de doute dans l'Église. "


Cette notion de norme ultime, ou suprême, implique aussi que cette norme, si elle est seule au sommet de la pyramide des normes, n'exclue cependant pas des normes subordonnées ou secondaires, selon les principes reconnus de norma normans et norma normata.


b) Nous indiquons ensuite  notre continuité avec l'Eglise ancienne. Cette continuité est triple:

1) Scripturaire: comme l'Eglise ancienne, nous regardons à l'Ecriture comme à la norme suprême de la foi.

2) Confessionnelle: De cette norme nous tirons le même enseignement et nous avons avec elle les mêmes dogmes.

3) Sacramentelle: Existe entre nous et l'Eglise ancienne une continuité baptismale (par opposition aux anabaptistes qui ont rompu ce lien fondamental (Ephésiens 4) qui nous place, non pas dans la situation de "voleurs" ou "plagiaires" du travail précédemment cité, mais en légitimes continuateurs.


Et puisque les dogmes de l'ancienne Eglise sont (jugés) orthodoxes, ou conformes à l’Ecriture, nous les conservons dans les termes où les conciles les ont formulés (Proverbes 22. 28) étant bien conscients que toute nouvelle formulation ou tout nouveau Symbole visant à remplacer ou supprimer les anciens, outre son caractère inutile et redondant, n'engendrerait que des querelles, des mauvais soupçons et des schismes.



I. Les Symboles universels ou généraux:



Notre adhésion s'étend aux décisions et conclusions dogmatiques des anciens conciles.

Les canons, ou décisions disciplinaires, sont en effet parfois caducs et si nous ne les méprisons pas (ils peuvent être utiles), il apparaît qu'il n'est pas délictueux ou impie de les ignorer.

En effet, l'Eglise de Rome n'a jadis pas été rejetée de la communion de l'Eglise par le fait qu'elle n'a pas homologuée le 28e canon du concile de Chalcédoine (quoique dans ce cas, le rejet ait abouti plus tard à une ambition criminelle et impie (la papauté), mais cela, les pères conciliaires suivant Chalcédoine, c'est-à-dire de Constantinople II et III, ne le savaient pas).

C'est pourquoi nous disons croire et confesser la Foi (fides quae creditur) des conciles anciens, en mentionnant d'abord les six premiers.


Il ne semble pas nécessaire de passer beaucoup de temps à prouver que la doctrine de ces six conciles, voire ces six conciles nommément, ont été reçus par les Chrétiens Protestants.

A notre époque, le professeur et pasteur réformé confessant Pierre Courthial, a témoigné sans difficulté du fait que:


« Il faut, d’abord, insister sur le fait que la Reformation (Reformateurs et Confession de Foi) a pleinement reconnu les deux dogmes trinitaire et christique affirmés par les Six Conciles catholiques de l’Eglise ancienne selon le Texte sacré. »

(De Bible en Bible, l’Âge d’Homme/Kerygma, 2002, Lausanne).


Ensuite, la Confession d'Augsbourg de 1530 (Invariata) est reconnue 7e oecuménique, considérant la Concorde de 1536 qui permet d'y rallier tous les protestants (luthériens & réformés).


N.B.: si la Confession d'Augsbourg doit être gardée dans sa forme originale, ou Invariata (alors que pourtant, aucun de ses signataires n'a eu de mal à approuver la Variata, même pour des discussions officielles!), sans doute y a-t-il plus de raisons de conserver le Symbole de 381 dans sa forme Invariata (i.e.: sans le filioque) plutôt que d'être en scandale à certains, en violant la formule consacrée par le concile oecuménique de Constantinople et scellée depuis.


Que la C.A. soit approuvée des ''Réformés'' est hors de doute:

Non seulement Bucer, Capito, Myconnius, ou Calvin y ont apporté leur soutien et accord, mais, encore après la résurgence de querelles, les Réformés ont continué de faire mention de cette Confession :

Ainsi, Salvard, ministre de Castres, dans son Harmonie des confessions de foi de 1581, qui fut salué par le Synode;

Ainsi, aussi, Gaspar Laurentius, en 1612, dans son Corpus et Syntagma Confessionum fidei , etc.

De même, pour notre époque, Pierre Courthial reconnaissait encore que la C. A. est le document sur lequel s’est entendue toute la Réforme.



Tout ce témoignage de la foi des Pères doit donc continuer à être approuvé universellement, principalement parce que ces articles de foi sont orthodoxes, et, accessoirement, parce qu'il serait illusoire et irréaliste de penser refaire ou remplacer ce qui a été formulé durant l’Histoire chrétienne.



II. Des Symboles locaux, ou particuliers:


En nous appuyant sur au moins deux témoins dont l'orthodoxie est indiscutée (le Symbole des Apôtres pour l'Eglise d'Occident, le petit catéchisme d'avril 1529 pour l'Eglise germanique), nous démontrons que les Symboles universels priment sur tout autre Symbole, mais ne les suppriment pas nécessairement.


Et ce principe se vérifie même pour le cas de Symboles d'abord concurrents, puisque la Confession Tétrapolitaine a continué d'être en usage à Strasbourg, après la signature de la C.A. et de la Concorde (en 1536).


Nous en avons tiré les conclusions les plus logiques et irréfutables, pour le cas de la France, dont la confession historique est celle de La Rochelle (on pourrait le faire pour la Suisse avec la première confession helvétique, en Angleterre avec les 39 articles, ou pour les autres Nations ou Régions, pourvu que la Confession de foi ne comporte pas de développements trop longs ou rigides, comme c'est le cas de certains textes connus qui ressemblent davantage à des petites dogmatiques qu'à des Symboles de foi…).


Enfin, souvent, les confessions réformées ne sont pas pareillement normatives en chacune de leur partie:

A la Faculté Jean Calvin, en France, par exemple, les enseignants sont obligés de signer la confession de La Rochelle, mais une réserve est faite pour ses deux derniers articles.

Dans l'Eglise réformée du Québec, qui utilise la Confession de Westminster, on accorde une liberté de conscience aux membres sur bon nombre d'articles, etc.

Par conséquent, nous avons agi sans trahir ni heurter personne en affirmant un droit d'user publiquement des articles de ladite confession sans contraindre tous les fidèles à la recevoir aussi strictement dans son absolue totalité.

Et l'usage de ces articles doit être conforme à ceux des textes universels, de sorte à n’être pas une entrave à ce que dit l’Eglise universelle.



Légitimité des modalités de l’Accord:


Ce double usage se conforme donc à la tradition, qui exige (comme y tiennent les "luthériens") un texte universellement reconnu et qui permet (comme y sont enclins les "réformés") des Symboles locaux.

Cela s'accorde d'autant mieux à chacun que les réformés, d'une part, n'ont jamais prétendu écrire de texte à prétention universelle (voir l'article consacré à ce sujet dans la Première Confession Helvétique). On respectera donc pleinement leur œuvre en leur reconnaissant, seulement, une dimension locale.

Or, il y a toujours eu des difficultés pour ces Eglises de dire leur foi à toutes, car cela passait par des compilations énormes et il existait parfois de fortes nuances entre les différentes confessions. La référence unique et principale à la C. A. résout cette difficulté.


D'autre part, les luthériens, malgré l'uniformité de leurs Symboles, n'ont jamais condamné les textes locaux (et comment le pourraient-ils, après que leur "petit catéchisme" expose la foi sur la base du Symbole des Apôtres, soit un Symbole local?).

Cela ressort, non seulement du précédent de la Tétrapolitaine, admise à côté de la C. A., mais aussi du fait que Luther a approuvé la Confession Bohémienne de 1535, etc.
Enfin, aussi, une Église n'est pas tenue d'adhérer publiquement au Livre de Concorde de 1580 pour que ses membres puissent se dire "luthériens", comme en témoignent l’Église luthérienne du Danemark et celle de Norvège (qui se limitent à la Confession d'Augsbourg et au petit catéchisme --dont notre accord reconnaît le caractère pieux et chrétien).


Bref, comme il a été dit en introduction, cet « Accord » ne pose aucun nouveau principe ni aucune nouvelle reconnaissance de tel ou tel Symbole de foi, mais, prenant acte des principes et des Symboles constamment reconnus, il affirme ce contenu, et se trouve être, de ce fait, d’application directe.



Bucer

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Très surpris que Bucer rédige un blog, qui donc est derrière ce nom? la lecture de la Bible ne doit-elle pas être éclairée par le St Esprit?

Blog Chrétien Protestant a dit…

Et c'est "anonyme" qui pose la question. Il fallait oser, bravo!