Semaine de l'unité. Mais laquelle ?

La semaine de prière pour l'unité des chrétiens s'est terminée hier. C'est l'occasion de partager quelques réflexions sur le mouvement œcuménique.


Les rouages de la démarche œcuménique moderne ressemblent étonnamment à ceux de la construction européenne:

 "L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait." 
Déclaration Schuman 9 mai 1950.

Pour savoir à quoi ressemblera l'unité des Églises (si elle aboutit un jour), il convient donc de considérer les "réalisations concrètes" qui font aujourd'hui sa fierté.

1) Création d'un parlement des Églises, le C.O.E., que Rome accompagne sans s'abaisser à y adhérer. Le décors est donc planté: il y a la multitude des communautés ecclésiales et il y a l’Église.

2) Multiplication des "déclarations" (principalement celle de 1999 sur la Justification) suggérant que l’Évangile n'est plus altéré à Rome et que le Salut n'y est donc pas gravement compromis. Tout cela malgré le fait que, par exemple, Rome ne cesse de dispenser publiquement des Indulgences.

3) Multiplication de réunions de prières et de travaux communs dans lesquels se tissent des liens personnels généralement douteux (affaire Max Thurian, communauté Taizé, etc.)

4) Dans le sillage de ces rencontres, multiplication des mariages mixtes. Les époux sont souvent désireux de communier ensemble, Rome ne reconnait pas la validité des eucharisties protestantes, donc la partie protestante implore de pouvoir communier à Rome (le point n°2 le justifie).

5) Multiplication d'évènements festifs et médiatiques (type JMJ) où Rome joue un rôle fédérateur certain. Incroyable mais vrai: même l'élection de chaque nouveau pape est accompagnée des bénédictions et des prières des adeptes de l’œcuménisme: le pape est désormais celui de tous les chrétiens.

6) Enfin, multiplication des luttes pour les valeurs traditionnelles; appel à un engagement chrétien dans la Cité; efforts où Rome joue le rôle de vaisseau amiral.

Inutile d'être devin pour comprendre que Rome ne peut que sortir gagnante d'une telle entreprise.

Ajoutons à cela que la ressemblance entre les deux projets ne s'arrête pas à ces moyens; elle s'étend à la mentalité de ses artisans. Au sortir de la guerre froide, l'Europe s'est généralement persuadée de la validité de la de thèse de  la "fin de l'Histoire", ou la fin du tragique. L'heure était au partage des "dividendes de la paix", dans un esprit de fraternité universelle et irréversible. 
D'une manière analogue, depuis le concile Vatican II au moins, le monde protestant-œcuménique s'est persuadé que Rome n'était plus le féroce ennemi de l’Évangile. Cependant, si Rome a bien changé en 1965, ce n'est pas pour le mieux. Elle semble avoir adopté un projet syncrétiste (rencontres d'Assise, etc.) qui "colle" parfaitement avec la préoccupation du siècle d'une paix universelle. Il faut donc noter ici cette dernière analogie: de même que la construction européenne a commencé par abolir les frontières en son sein et a peu à peu étendu cette abolition aux pays du reste du monde (Europe moulin à vent), de même, il y a un continuum manifeste entre le l’œcuménisme et le "dialogue interreligieux". Ce sont les deux étages d'une même fusée. Une fois encore, par ses moyens diplomatiques et institutionnels, Rome est le seul gagnant possible d'un tel jeu.
Toute cette entreprise porte donc le sceau (et les fruits) d'un siècle marqué par l'indifférentisme et par une complaisante naïveté. Cela n'apparaît-il pas dans ces rencontres ? Le pasteur libéral y rencontre le missotier du lieu. Ensemble, ils prennent des airs graves et spirituels, et se réjouissent de la charité du pape. Ensuite, chacun repart célébrer dans son coin. Le pasteur, ses mariages. Le prêtre, pour le salut des mariés...

Est-ce à dire que l'unité chrétienne ne nous intéresse pas ?
Elle nous intéresse, au contraire! Cependant, la vie sacramentelle de l’Église pose l'unité dans la vérité. L'unité, parce qu'il n'y a pas de baptêmes - et encore moins de communions - solitaires. La vérité, parce que les sacrements initient, font goûter à, dépeignent la vérité qui unit d'emblée ses récipiendaires.
C'est cette vérité que le mouvement œcuménique enterre et défigure pour asseoir son unité bancale. C'est cette vérité qu'il est coupable de rendre indiscernable d'avec l'erreur, par des tractations impies.
Le clergé romain ne cesse de faire savoir que la mort et la Résurrection du Fils de Dieu, proclamées dans l’Évangile baptismal, ne suffit pas à sauver celui qui s'y accroche avec foi. Il faut encore puiser dans le trésor des saints, dont le mérite est imputé aux dévots per sola fide in Papam. Dont acte ! En répudiant ainsi la vérité (leur baptême qu'ils désavouent témoignera contre eux à leur jugement), ils sortent ipso facto de l'unité. Nous n'avons pas vocation à les y ramener par les artifices de la diplomatie, mais par un appel au repentir et par un témoignage sans concession.

Reste une question: qui est ce "nous"?
Car il est vrai qu'il existe un scandale de la division protestante. Pour reprendre une analogie européenne, ou au moins nationale, la fragmentation du protestantisme fait penser à celle des principautés allemandes avant l'unification, sous Bismarck.
C'est un scandale d'autant plus grand que la Providence n'a pas privé le protestantisme de cette bénédiction qu'est l'unité confessionnelle. D'abord parce que les sacrements, qui concrétisent l'unité de l’Église, doivent fournir le sommaire et le contenu de sa foi; ensuite, parce que l'ensemble du protestantisme a témoigné de sa pleine unité dans la proclamation de cette foi (Concorde de Wittenberg, mai 1536). Que faut-il de plus pour que les fidèles de Jésus-Christ se contentent de former en chaque ville des assemblées non plus sectaires ou schismatiques mais simplement chrétiennes ?

Bucerian


Commentaires

Alain Rioux a dit…
Pourtant, le tableau est simple: l'Église dispose de la trame de sa Foi, le Symbole originel de Nicée-Constantinople (381 A.D), dont l'article pascal établit le protocole d'usage, soit la normativité du Canon scripturaire. A partir de ce schéma, il n'a resté qu'à tisser le portrait de Jésus-Christ, à partir des quatre ancrages du Credo: la Trinité (UN Dieu/origine: Mt.28/19), l'Incarnation (UN Seigneur/être: Jn.1/14), la Justification (UN Baptême/membre: Mc.16/16) et la Tradition (UNE Église/corps: II Pie.1/20). De sorte que, forte des six premiers Conciles Œcuméniques (325-681), de la Confession d'Augsbourg inaltérée (1530) et de la Concorde de Wittenberg (1536), la communion des fidèles est solidement assurée. A ce titre, il n'est donc pas difficile de réaliser qui continue de provoquer la division (diable = "dia": à travers/"ballô": jeter), depuis le Paradis...

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